Contes et histoires des Créatures légendaires de Bretagne

 

La Morganès

            Deux jeunes filles de l'île d'Ouessant, cherchant un jour des coquillages, au bord de la mer, aperçurent une Morganès qui séchait ses trésors au soleil, étalés sur deux belles nappes blanches. Les deux curieuses, se baissant et se glissant tout doucement derrière les rochers, arrivèrent jusqu'à elle, sans s'en être aperçues. La Morganès, surprise et voyant que les jeunes filles étaient gentilles et paraissaient être douces et sages, au lieu de se jeter à l'eau, en emportant ses trésors, replia ses deux nappes sur toutes les belles choses qui étaient dessus et leur en donna à chacune une, en leur recommandant de ne regarder ce qu'il y avait dedans que lorsqu'elles seraient rendues à la maison, devant leurs parents.

            Voilà nos deux jeunes Ouessantines de courir vers leurs demeures, portant leur précieux fardeau sur l'épaule. Mais, l'une d'elles, impatiente de contempler et de toucher de ses mains les diamants et les belles parures qu'elle croyait tenir pour tout de bon, ne put résister à la tentation. Elle déposa sa nappe sur le gazon, quand elle fut à quelque distance de sa compagne qui allait dans une autre direction, la déplia avec émotion, le cœur tout palpitant et … n'y trouva que du crottin de cheval. Elle en pleura de chagrin et de dépit !

L'autre alla jusqu'à la maison, tout d'une traite, et ce ne fut que sous les yeux de ses parents, dans leur pauvre chaumière, qu'elle ouvrit sa nappe. Leurs yeux furent éblouis à la vue des trésors qu'elle contenait : pierres précieuses, perles fines et de l'or, et de riches tissus ! La famille devint riche, tout d'un coup ; elle bâtit une belle maison, acheta des terres et on prétend qu'il existe encore, parmi les descendants, qui habitent toujours l'île, des restes du trésor de la Morganès…

 

Lutins en conflit avec des Géants

            Suivant un récit qui figure dans une relation de voyage écrite par deux poètes, et qui se ressent de l'influence romantique mise à la mode par Souvestre, les Nains qui habitaient la grotte des Korrigans, dans l'anse de Dinant, auraient été des génies bienveillants, luttant pour protéger les hommes, avec d'affreux Géants du voisinage, qui représentent en quelque sorte l'esprit du mal. Voici, avec de légères suppressions, le récit du Tro-Breiz.

            Ces Korrigans formaient une peuplade de Nains velus, et à la même époque d'énormes Géants résidaient au Château de Dinant. Ceux-ci, méchants et féroces, faisaient de grands ravages sur la côte. Ils s'emparaient pour leur repas des bœufs et des moutons d'alentour, ils ravissaient les vaisseaux qui s'aventuraient près de leur repaire, les écrasaient entre le pouce et l'index, comme on casse une noisette, et ne faisaient qu'une bouchée des matelots.

            Les Nains, au contraire, étaient aussi bons que leurs voisins étaient mauvais et ils rendaient service aux hommes en toute occasion. Ils jouèrent plus d'un tour aux Géants pour soustraire les paysans à leur férocité ; aussi les hôtes du château conçurent-ils contre eux une haine profonde.

            Les Korrigans étant toujours sur leurs gardes, les Géants creusèrent secrètement une sorte de tunnel pour pénétrer dans la grotte et surprendre leurs ennemis pendant leur sommeil. Ils donnèrent les derniers coups de pioche comme deux heures sonnaient à l'église du bourg, et ils se ruèrent dans la caverne ; mais ils la trouvèrent déserte et virent seulement un grand feu allumé à l'entrée. Ils voulurent rebrousser chemin ; mais les Lutins avaient bouché l'unique issue en provoquant un éboulement de pierres.

            Les Géants moururent asphyxiés, et les larges roches aujourd'hui couchées sur les sables sont les Géants pétrifiés dans leur dernier sommeil.

            Plus tard, les Korrigans, voyant que les hommes payaient par de l'ingratitude les services qu'ils leur rendaient, quittèrent le pays.

 

Yvon et Finette

            Dans la Bretagne, il y avait autrefois la noble famille des barons Kerver. Le baron, qui était aussi brave que bon, avait douze enfants, six fils, grands et forts comme lui, et six filles, belles comme le jour, et vraiment adorables. Avec une telle famille vous pouvez comprendre que le baron Kerver était fier et heureux, et quand un autre enfant arriva, il dit :

- Vraiment je ne sais pas où je trouverai la place pour ce garçon, le château est déjà plein !

            Le nouveau venu fut appelé Yvon et bientôt il gagna tous les cœurs par sa franchise, sa bonne humeur et surtout par son courage, car il n'avait peur de rien.

            Quand Yvon eut atteint l'âge d'homme il dit à son père :

- Mon père, vous avez tant d'enfants qu'il n'y a pas de place dans le château pour moi. Permettez-moi d'aller chercher fortune.

            Le baron Kerver refusa d'abord de se séparer de son cher enfant, mais enfin il consentit au départ d'Yvon. Le jeune homme dit adieu à ses parents, à ses frères et à ses sœurs et partit gaiement en répétant la devise des Kerver :

- En avant.

            Chaque fois qu'un obstacle ou un danger se présentait. Enfin il arriva à la mer et s'embarqua dans un vaisseau prêt à partir, en criant :

- En avant.

            Quelques jours après, quand le vaisseau était en pleine mer, une tempête terrible s'éleva, et bientôt le vaisseau fut englouti par les vagues, et Yvon se trouva seul dans l'eau :

- En avant, répéta-t-il courageusement, et il se mit à nager vigoureusement.

            Il arriva enfin en vue de terre, et après avoir fait beaucoup d'efforts il se trouva sur une plage, où il se reposa quelques heures avant de continuer son chemin.

            Quand il fut un peu reposé, il grimpa sur une montagne, et du haut de cette montagne, il s'aperçut qu'il était sur une île. L'île n'était pas déserte, cependant, car Yvon aperçut une maison immense à quelque distance. Il se dirigea vers cette maison, et fut tout surpris en voyant la grandeur des portes et des fenêtres qui n'avaient pas moins de soixante pieds de haut.

            Yvon ne se déconcerta cependant pas, et s'approcha de la porte. Le marteau était hors de portée. Il prit une grosse pierre et frappa à la porte. Un Géant, qui n'avait pas moins de quarante pieds de haut, ouvrit la porte, et demanda d'une voix terrible :

- Qui êtes-vous, et que voulez-vous ?

- Je suis Yvon, fils du baron Kerver, en Bretagne, et je viens chercher fortune ! dit Yvon, sans trembler.

- Très-bien ! dit le Géant. Votre fortune est faite, j'ai besoin d'un domestique, vous pouvez entrer à mon service. Si vous me servez bien, je vous récompenserai bien ; mais si vous n'êtes pas fidèle et si vous ne faites pas exactement ce que je vous dis, je vous mangerai.

- C'est entendu ! dit Yvon.

            Alors le Géant lui dit :

- Aujourd'hui je suis très occupé. Je vais mener mes troupeaux à la montagne, je serai absent toute la journée. Pendant mon absence vous pouvez nettoyer les écuries. Je ne vous donne rien de plus à faire, mais je vous défends d'entrer dans ma maison.

            Le Géant partit en disant ces mots. Yvon le suivit des yeux, et quand il fut hors de vue, il ouvrit la porte et entra dans la maison, en disant :

- Il est clair qu'il y a quelque chose d'intéressant à voir dans cette maison, sans cela le Géant ne m'aurait pas défendu d'y entrer.

            Yvon entra dans la première chambre, elle était vide, complètement vide. Il n'y avait rien qu'une marmite suspendue dans la cheminée. Yvon s'avança et remarqua avec surprise que la marmiter contenait une soupe étrange qui bouillait. Comme il n'y avait pas de feu sous la marmite, Yvon trouva ceci très extraordinaire.

            Il coupa donc une mèche de ses cheveux, la trempa dans la soupe, et quand il l'en retira, il fut très surpris de voir que les cheveux étaient couverts de cuivre.

- Oh ! dit-il, monsieur le Géant a sans doute un estomac bien solide puisqu'il peut digérer une soupe pareille !

            Yvon alla dans la seconde chambre. Il la trouva exactement pareille à la première, et là aussi il trouva une marmite, mais quand il trempa une mèche de cheveux dans la soupe bouillante qu'elle contenait, il remarqua que la mèche était toute couverte d'une couche d'argent.

- Oh, dit-il, monsieur le Géant a vraiment une digestion admirable, et il faut qu'il soit riche pour pouvoir se payer des soupes pareilles.

            Yvon entra alors dans la troisième chambre, et bien qu'elle fût exactement pareille aux deux premières, il découvrit bientôt que la soupe dans la troisième marmite était une soupe d'or. Sa curiosité était éveillée, et il courut vite ouvrir une quatrième porte, et entra hardiment dans une quatrième chambre.

            Oh, quelle surprise ! Il vit devant, lui une charmante jeune fille, qui s'approcha vivement de lui, et qui lui dit :

- Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Partez vite, malheureux, car si le Géant vous trouve ici, il vous tuera !

            Le jeune homme répondit aussitôt :

- Je suis Yvon, fils du baron Kerver. Je suis venu chercher fortune. Je n'ai pas peur du Géant que j'ai vu et qui m'a engagé comme domestique.

- Que vous a-t-il donné à faire ? demanda la jeune fille en tremblant.

- Il m'a dit de nettoyer l'écurie. C'est bien simple, car je l'ai souvent vu faire aux domestiques de mon père. On prend un balai, on balaie, et voilà tout !

- Oh ! dit la jeune fille, c'est très facile dans une écurie ordinaire, mais dans une écurie magique comme celle du Géant, ce n'est pas si simple, car toutes les fois que vous jetterez du fumier par la porte il en entrera plus par la fenêtre. Mais si vous tournez le balai, et si vous commencez à balayer avec le manche, l'écurie se nettoiera toute seule.

- Très-bien ! dit Yvon, je suivrai votre conseil, et maintenant asseyons-nous là, côte à côte, et causons.

            Le temps passa vite, bien vite et avant la fin de la journée Yvon avait, non seulement raconté toute sa vie à la jeune fille, mais il avait aussi appris qu'elle s'appelait Finette, qu'elle était un peu Fée, mais qu'elle était la captive et la servante du Géant, qui était un homme cruel. Leur conversation était si intéressante qu'elle dura jusqu'à tard dans l'après-midi. Enfin Finette dit :

- Mon ami, allez vite nettoyer l'écurie, sans cela le Géant arrivera avant que votre tâche ne soit finie.

            Yvon la quitta donc et alla à l'écurie. Il prit un balai et jeta du fumier par la porte comme il l'avait vu faire aux domestiques de son père, mais au même instant une quantité de fumier entra par la fenêtre. Alors il se rappela ce que Finette lui avait dit. Il saisit le balai et commença à balayer avec le manche. A l'instant même l'écurie se trouva toute propre comme par enchantement.

            Yvon mit le balai dans un coin, puis il alla s'asseoir sur le banc devant la porte de la maison du Géant. Quand il vit arriver son maître, il se croisa les jambes, renversa la tête en arrière, ferma les yeux et commença à siffler nonchalamment.

            Le Géant arriva, et demanda avec colère :

- Eh bien, paresseux, pourquoi ne travaillez-vous pas ?

            Yvon ouvrit les yeux lentement, et dit :

- Je n'ai rien à faire !

- Comment, cria le Géant, je vous ai dit de nettoyer mon écurie.

- C'est fait ! dit Yvon tranquillement.

            Le Géant courut à l'écurie, et revint en disant :

- Misérable ! vous n'avez pas fait ceci tout seul. Vous avez vu ma Finette.

- Ma finette, dit Yvon, ma finette ! Qu'est-ce que c'est que cela ? Est-ce un animal, une personne, ou une chose ? Mon maître, montrez-moi ça !

            Le Géant dit :

- Imbécile, vous ne saurez que trop tôt ce que c'est. Allez vous coucher dans la grange, et je vous dirai ce que vous aurez à faire demain.

            Le lendemain avant de partir de nouveau pour toute la journée le Géant dit à Yvon :

- Allez à la montagne, attrapez mon cheval noir et mettez-le à l'écurie. Je veux m'en servir demain. Mais n'allez pas dans ma maison, et ne cherchez pas à découvrir ma Finette.

- Ah, mon maître, dit Yvon, vous parlez toujours de ma finette. Qu'est-ce que c'est que ma finette ?

            Le Géant ne répondit pas et partit, mais aussitôt qu'il fut hors de vue Yvon courut joyeusement dans la maison pour voir Finette, qu'il aimait déjà beaucoup. Finette lui demanda ce que le Géant lui avait donné à faire.

- Oh ! dit Yvon négligemment, c'est quelque chose de très facile. Il m'a dit d'aller à la montagne attraper son cheval, de le ramener et de le mettre à l'écurie. Il veut s'en servir demain.

- Oh ! dit Finette, ce n'est pas aussi facile que vous pensez, mon cher Yvon, car le cheval du Géant est immense, et de sa bouche et de ses narines jaillit un feu dévorant qui tue toutes les personnes qui l'approchent.

- Très-bien ! dit le jeune homme, je n'irai pas à la montagne, car je n'ai nulle envie de mourir !

- Oh ! dit Finette, si vous prenez la bride magique suspendue derrière la porte de l'écurie, le cheval sera docile comme un agneau, et vous pourrez le brider et le monter sans danger.

            Yvon remercia la jeune fille de ses bons conseils, et après avoir causé avec elle presque toute la journée, il alla chercher la bride magique, et partit pour la montagne. Arrivé là, il entendit bientôt un bruit, comme le tonnerre, et il vit venir au grand galop un cheval monstre, de la bouche et des narines duquel jaillissait un feu dévorant.

            Yvon, qui n'avait peur de rien, secoua la bride, et le coursier vint s'agenouiller devant lui, doux comme un agneau. Yvon brida le cheval sans peine, monta sur son dos, retourna à la maison et le mit à l'écurie.

            Cela fait, il alla s'asseoir sur le banc, devant la porte, et quand il vit venir le Géant, il se croisa les jambes, ferma les yeux et commença à siffler.

            Le Géant s'approcha, et lui dit avec colère :

- Eh bien, paresseux, pourquoi n'avez-vous pas fait ce que je vous ai commandé ?

- C'est fait, mon maître, votre cheval est à l'écurie, et c'est une bien gentille bête, allez !

- Mon cheval une gentille bête ! s'écria le Géant avec surprise, et il courut à l'écurie pour voir si c'était vraiment son cheval que le jeune homme avait ramené de la montagne.

            Il revint en quelques minutes en grommelant :

- Misérable, vous n'avez pas fait ceci tout seul. Quelqu'un vous a aidé. Vous avez vu ma Finette.

- Ma finette, ma finette ! dit Yvon. Vous parlez toujours de ma finette, mon maître, qu'est-ce donc que ma finette ?

- Vous ne saurez que trop tôt, dit le Géant, et il alla se coucher.

            Le lendemain, avant de partir, il dit à Yvon :

- Yvon, allez aujourd'hui à l'abîme sans fond, toucher mes revenus !

- Très-bien ! dit Yvon, sans paraître le moins du monde surpris, et le Géant partit.

            Quand il fut hors de vue, Yvon courut rejoindre Finette, qui lui demanda anxieusement ce que le Géant lui avait commandé de faire.

- Oh ! dit Yvon, le Géant m'a dit : Allez à l'abîme sans fond, toucher mes revenus. Je ne sais pas où c'est, ni combien le Géant veut, mais je suis sûr que vous savez tout, ma Finette chérie, et que vous m'aiderez de nouveau.

            Finette rougit, sourit, et dit :

- Oui, Yvon, je sais en effet où est l'abîme sans fond. Prenez cette baguette, allez à la montagne, frappez-en le grand rocher noir trois fois. Le rocher s'ouvrira, et un démon paraîtra ; il vous demandera brusquement : Que voulez-vous ? et vous répondrez, Les revenus du Géant ! Alors il dira : Combien voulez-vous ? Vous répondrez : Pas plus que je ne peux porter. Alors le démon vous fera entrer dans une grotte immense, où vous verrez des diamants, des rubis, des perles, des émeraudes, des topazes, des améthystes, de For et de l'argent en grandes quantités. Vous verrez un sac par terre. Prenez-le et remplissez-le, sans dire un seul mot, et sortez en silence.

- Très-bien, dit Yvon, je ferai exactement tout ce que vous m'avez dit, ma chère Finette.

            Et il s'assit à côté d'elle, et ils causèrent longtemps ensemble. Quand l'après-midi arriva, le jeune homme prit la baguette, et partit pour la montagne. Il trouva le rocher noir sans peine. Il le frappa trois fois de sa baguette. Le rocher s'ouvrit, et un démon parut, qui dit d'une voix terrible :

- Que voulez-vous ?

- Les revenus du Géant, répondit Yvon sans se laisser déconcerter.

- Combien voulez-vous ? demanda brusquement le démon.

- Pas plus que je ne puis porter, dit Yvon.

- Entrez ! fit le démon, et il conduisit Yvon dans une grotte toute étincelante d'or, d'argent, et de pierreries.     Yvon vit un sac à terre ; il le prit et le remplit d'or, d'argent, et de pierreries, et sortit en silence. Il descendit la montagne, et s'assit sur le banc devant la porte. Quelques minutes après le Géant arriva.

- Avez-vous fait ma commission ? dit-il.

- Oui, répondit le jeune homme, je suis allé à l'abîme sans fond, et j'ai touché vos revenus.

- Avez-vous le compte juste ? demanda le Géant.

- Comptez vous-même, et vous verrez ! dit le jeune homme en montrant le sac du doigt.

            Le Géant ouvrit le sac, compta les pierres précieuses, et dit :

- Misérable, vous n'avez pas fait ceci tout seul ; vous avez sans doute vu ma Finette.

- Ah, mon maître, qu'est-ce donc que ma finette ? Vous en parlez sans cesse ; qu'est-ce ?

- Vous ne saurez que trop tôt ! grommela le Géant, et il partit.

            Le lendemain matin il s'en alla à cheval sans dire mot à Yvon. Quand il fut hors de vue le jeune homme alla trouver Finette.

- Qu'avez-vous à faire aujourd'hui, demanda Finette.

- Rien, absolument rien ! J'ai vacance aujourd'hui ! répondit Yvon.

- Oh, dit Finette, c'est un mauvais signe. Allez vite vous asseoir sur le banc, devant la maison, et restez là jusqu'à ce que je vienne.

            Yvon obéit à regret. Quelques minutes après le Géant revint. Il ne dit pas un seul mot à Yvon, mais il entra dans la maison et dit à Finette :

- Prenez un couteau, coupez la gorge au jeune homme que vous trouverez assis devant la porte, et faites-en une bonne soupe. Je vais dormir ; appelez-moi quand la soupe sera prête.

            En disant ces mots, le Géant alla se coucher, et quelques minutes après il était profondément endormi, et on l'entendait ronfler par toute la maison. Finette prit un couteau, alla à la porte, appela Yvon et lui raconta toute l'histoire.

- Finette ! dit Yvon, vous n'allez sûrement pas me couper la gorge.

- Oh non ! dit Finette. Donnez-moi le doigt.

            Elle coupa un peu le doigt d'Yvon, et trois gouttes de sang tombèrent sur le pas de la porte.

- Venez avec moi maintenant, dit-elle.

            Yvon l'accompagna dans la maison. Ils firent un grand feu. Ils suspendirent une marmite sur le feu. Yvon remplit la marmite d'eau de la fontaine, et Finette y jeta des oignons, des carottes, des navets, du persil et des pommes de terre. Puis elle y jeta une paire de souliers, une paire de bas, une paire de pantalons, une chemise, une veste, un habit et un chapeau, et quitta la chambre.

            Accompagnée d'Yvon, elle alla dans la chambre où bouillait l'or. Là elle fit trois boulets d'or. Puis elle alla dans la chambre où bouillait l'argent. Là elle fit deux boulets d'argent. Puis elle alla dans la chambre où bouillait le cuivre. Là elle fit un boulet de cuivre. Puis elle prit Yvon par la main, et dit :

- Fuyons, fuyons, avant que le Géant se réveille, et ils s'enfuirent tous deux aussi vite que leurs jambes pouvaient les porter.

            Le Géant dormit longtemps, enfin il se réveilla et cria :

- Finette, la soupe est-elle prête ?

- Non, pas encore, mon maître, dit la première goutte de sang.

            Le Géant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps. Enfin il se réveilla et cria :

- Finette, la soupe est-elle prête ?

- Non, pas encore, mon maître, dit la seconde goutte . de sang.

            Le Géant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps. Enfin il se réveilla et cria :

- Finette, la soupe n'est-elle pas encore prête ?

- Non, mon maître, pas encore, répondit la troisième goutte de sang.

            Le Géant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps. Enfin il se réveilla et cria :

- Finette, la soupe est-elle prête ?

            Pas de réponse. Il cria de nouveau :

- Finette, la soupe est-elle prête ?

            Toujours pas de réponse. Il alla à la cuisine. Finette n'y était pas, mais la marmite était sur le feu. La soupe bouillait fort. Le Géant prit une cuillère, la plongea dans la soupe et retira un soulier.

- Oh ! dit-il avec dégoût.

            Il plongea de nouveau la cuillère dans la soupe, et retira un bas. Il trouva les bas, les souliers, les pantalons, la chemise, la veste, l'habit, le chapeau ; il trouva les navets et tous les autres légumes, mais il ne trouva pas de viande fraîche. Il comprit enfin qu'Yvon et Finette s'étaient échappés, et il se mit à leur poursuite. Il courait si vite avec ses longues jambes que bientôt il vit les fugitifs qui se dirigeaient vers la mer. Finette vit aussi le Géant ; elle jeta le boulet de cuivre à terre, et dit :

- Boulet, sauvez-moi !

            A l’instant la terre s'ouvrit, et un grand précipice parut entre le Géant et les fugitifs, qui fuyaient toujours. Le Géant, furieux de trouver cet obstacle, arracha un grand arbre, le jeta en travers du précipice, et se mit à califourchon pour passer de l'autre côté.

            Il arriva enfin de l'autre côté, et continua la poursuite. Pendant ce temps, Yvon et Finette étaient arrivés au bord de la mer, mais il n'y avait pas de vaisseau en vue. Finette prit un boulet d'argent, le jeta à la mer en disant :

- Boulet, sauvez-moi !

            Et au même instant parut un vaisseau, dans lequel Yvori et Finette s'embarquèrent promptement, et qui fit voile aussitôt. Le Géant arriva à la plage (au bord de la mer) à cet instant, et plongea dans l'eau pour saisir le bateau. Alors Finette jeta le second boulet d'argent en disant :

- Boulet, sauvez-moi.

            Au même instant parut un poisson, un poisson monstre. Le Géant vit le poisson. Il eut peur, et il retourna vite à terre pendant qu'Yvon et Finette s'éloignaient rapidement.

- Nous sommes sauvés, dit Yvon avec joie.

- Ah ! dit Finette, ce n'est pas encore sûr. Le Géant a une tante qui est sorcière ; elle essaiera de nous faire du mal, et je ne serai pas tranquille jusqu'à ce que nous soyons mariés dans l'église du château de Kerver, car jusqu'alors elle peut exercer son pouvoir sur nous.

            Yvon consola Finette. Le voyage fut très agréable, et les jeunes gens débarquèrent enfin près du château de Kerver. Le vaisseau disparut aussitôt, et Yvon dit à Finette :

- Ma chère amie, vous êtes la plus belle et la plus charmante des femmes ; il n'est donc pas convenable que vous entries ; dans la maison de mon père à pied et ainsi vêtue. Attendez-moi ici. J'irai au château chercher une belle robe et un bon cheval, et alors vous pourrez vous présenter d'une façon convenable.

            Finette objecta ; elle dit qu'elle avait peur, mais Yvon insista tant qu'elle consentit enfin à le laisser partir. Elle lui fit promettre cependant qu'il ne s'arrêterait pas en route, qu'il ne mangerait pas et ne boirait pas avant de revenir la chercher. Yvon partit, et Finette resta seule au bord de la mer pour attendre son retour. Le jeune homme arriva bientôt au château de son père. Il y trouva une grande société, car une de ses sœurs se mariait. On le reçut avec joie, mais il refusa de s'arrêter, courut à la chambre de ses sœurs chercher une belle robe, alla à l'écurie, prit deux chevaux, et se prépara à partir. A ce moment-là une belle dame aux cheveux d'or s'avança vers lui, une coupe d'or à la main, et dit :

- Monsieur Yvon, vous ne pouvez pas refuser de boire à ma santé, ce serait trop impoli.

            Yvon, sans penser à la promesse qu'il avait faite à Finette, prit la coupe, salua la belle dame, et but à sa santé. Malheureusement cette coupe était une coupe magique, et dès qu'Yvon eut goûté le vin, il oublia tout le passé. Il oublia entièrement la pauvre Finette, descendit de cheval, donna la main à la belle dame aux cheveux d'or, et entra dans la salle de festin, où il prit place à côté d'elle, et mangea et but de bon appétit.

            La pauvre Finette attendit en vain au bord de la mer jusqu'au soir. Alors elle prit la route du château. Elle arriva bientôt à une pauvre petite cabane, où demeurait une vieille femme. Cette vieille femme était assise devant sa porte. Elle était occupée à traire sa vache. Finette avait bien faim et bien soif. Elle s'approcha donc de la vieille femme, et dit :

- Voulez-vous me donner une tasse de lait, ma bonne femme ?

- Oui ! dit la vieille femme, je vous donnerai une tasse de lait si vous remplissez mon seau d'or.

            Finette prit un boulet d'or, le jeta dans le seau de la vieille femme, et à l'instant le seau fut plein, tout plein de belles pièces d'or. La pauvre femme regarda cet or avec la plus grande surprise. Enfin elle dit avec joie :

- Je suis riche ! Je suis riche ! Ma belle demoiselle, je vous donne ma maison, ma vache, tout ce que je possède, excepté ce seau plein d'or. Je vais à la ville, où je serai une grande dame, car je suis riche à présent, bien riche.

            La vieille femme partit donc pour la ville, toute joyeuse de se trouver si riche. Finette se mit à traire la vache, but du lait et entra dans la maison. La maison était pauvre et sale, et Finette la regarda avec dégoût. Enfin elle prit le second boulet d'or, le jeta dans le feu et dit :

- Boulet, sauvez-moi.

            Le boulet se fondit, l'or se répandit, et en quelques minutes toute la maison se trouva dorée. La maison était dorée, non seulement à l'intérieur, mais à l'extérieur aussi, et tous les meubles et tous les ustensiles étaient d'or. Finette se coucha sur le lit d'or, et quelques minutes après elle s'endormit profondément. Pendant ce temps la vieille femme était arrivée à la ville. Elle rencontra le bailli, qui dit :

- Eh bien, la mère, où allez-vous ?

- Moi, je vais à la ville. Je suis riche maintenant. Regardez mon or ; je vais être une grande dame !

            Le bailli regarda l'or avec surprise et avec une admiration intense. Il fit entrer la vieille femme chez lui, et pendant qu'il comptait les belles pièces d'or elle lui raconta comment elle les avait obtenues. Le bailli réclama plusieurs pièces d'or pour sa peine, recommanda à la vieille femme de ne parler à personne de la belle demoiselle qui lui avait donné tout cet or, et se coucha, décidé à visiter la jeune fille le lendemain et à demander sa main en mariage. Quand Finette ouvrit les yeux, elle vit le bailli au pied de son lit. Il dit :

- Mademoiselle, je suis venu pour vous épouser ; levez- vous et suivez-moi à l'église !

- Oh ! dit Finette, je ne suis pas sûre que vous ferez un bon mari !

- Moi ! Je ferai un mari excellent. Venez, venez tout de suite (immédiatement).

- Ah, dit Finette, un bon mari arrange toujours le feu pour sa femme. Arrangez le feu !

- Très-bien ! dit le bailli, j'arrangerai le feu.

            Le bailli saisit les pincettes. Finette dit :

- Tenez-vous les pincettes, mon ami ?

- Oui, répondit le bailli ; oui, mon amour ; je tiens les pincettes !

- Misérable, que les pincettes vous tiennent, et que vous teniez les pincettes jusqu'au coucher du soleil, dit Finette, en sortant de la maison.

            Au même instant les pincettes commencèrent à danser. Le pauvre bailli dansa aussi, car il ne pouvait se séparer des pincettes. Il dansa toute la journée, malgré sa fatigue, malgré ses cris, malgré ses larmes. Quand le soleil se coucha, il lâcha les pincettes, et les pincettes le lâchèrent. Il ne resta pas dans la maison, il ne chercha pas Finette ; au contraire, il retourna chez lui, et alla se coucher, car il était bien bien fatigué.

            Quand le soir arriva. Finette rentra. Elle soigna sa vache, but un peu de lait et se coucha. Pendant ce temps la vieille femme avait raconté son histoire à une amie seulement, en secret : L'amie l'avait racontée à une autre, en secret aussi. Celle-ci l'avait racontée à une troisième, et avant la nuit, tout le monde parlait de la demoiselle, qui avait donné un seau d'or à la vieille femme. Le maire entendit cette histoire. Il se dit :

- Quelle bonne chose que je ne sois pas encore marié. J'irai demain matin épouser cette demoiselle, et je serai riche, plus riche que cette vieille femme qui cause tant.

            Quand Finette ouvrit les yeux le lendemain matin, elle vit le maire, qui lui dit :

- Mademoiselle, levez-vous tout de suite ; suivez-moi à l'église. Moi, le maire de la ville, je vous fais l'honneur de vous épouser.

- Oh ! dit Finette, je ne suis pas sûre que vous ferez un bon mari.

- Moi ! Je ferai un mari excellent ! dit le maire pompeusement.

- Oh ! dit Finette, un bon mari ferme toujours la porte!

- Très bien, dit le maire, je fermerai la porte.

            Et il alla la fermer.

- Tenez-vous le pommeau de la porte, cher ami ? demanda Finette.

- Oui, mon amour ; je tiens le pommeau de la porte, répondit le maire.

- Misérable, que le pommeau vous tienne, et que vous teniez le pommeau jusqu'au coucher du soleil ! dit la jeune fille, et elle alla au bord de la mer attendre Yvon.

            Le pauvre maire était attaché à la porte, qui s'ouvrait et se fermait violemment. Le maire était lancé contre le mur extérieur, et contre le mur intérieur, et, malgré ses cris, malgré ses larmes, il continua cet exercice violent jusqu'au coucher du soleil. Alors il lâcha la porte, la porte le lâcha, et il rentra chez lui, et se mit au lit,, car il était bien fatigué. La nouvelle de la grande fortune de la vieille femme était arrivée aux oreilles d'un bel officier, qui se dit ;

- Quelle bonne chose que je ne sois pas marié. J'irai demain matin, épouser cette belle demoiselle, et je serai très riche.

            Finette avait vainement attendu Yvon, et quand le soir arriva, elle rentra, soigna sa vache, but un peu de lait et se coucha. Quand elle ouvrit les yeux le lendemain matin, elle vit un bel officier, en uniforme, au pied de son lit.

- Mademoiselle, dît-il, je suis venu pour vous épouser. Levez-vous et suivez-moi à l'église.

- Oh ! dit Finette, je ne suis pas sûre que vous ferez un bon mari.

- Cela n'est d'aucune importance ! dit l'officier.

- Suivez-moi, ou je vous coupe la tête ! et le galant officier tira son sabre.

            La pauvre Finette eut peur. Elle sauta du lit, et courut dans l'étable. La vache recula effrayée, et s'arrêta dans la porte. L'officier ne pouvait pas entrer pour arriver à Finette. Il prit la vache par la queue, et commença à tirer. Finette dit :

- Tenez-vous la queue ?

- Oh oui ! répondit l'officier ; je tiens la queue.

- Misérable ! cria Finette, que la queue vous tienne, et que vous teniez la queue jusqu'au coucher du soleil, et jusqu'à ce que vous ayez fait le tour du monde ensemble.

            Au même moment la vache partit au grand galop, et l'officier, qui ne pouvait pas lâcher la queue, fut obligé de suivre la vache. Ils allèrent comme le vent. Ils traversèrent les montagnes, les vallées, les plaines, les lacs, les rivières, les mers, sans s'arrêter un instant. Ils allèrent si vite, qu'ils firent tout le tour du monde et arrivèrent chez Finette au moment où le soleil se couchait. Alors la queue de la vache lâcha l'officier, l'officier lâcha la queue, et rentra vite chez lui, où il alla se coucher, car il était bien fatigué de son long voyage.

            Pendant ce temps Yvon avait entièrement oublié la pauvre Finette. Il faisait la cour à la belle dame aux cheveux d'or, et il avait demandé sa main en mariage. Le jour de la noce (mariage) arriva. Yvon monta dans une belle voiture, avec la dame aux cheveux d'or et partit pour l'église.

            Le cocher fit claquer son fouet, les six chevaux s'élancèrent en avant, et un trait se cassa. Le cocher arrêta les chevaux. On raccommoda le trait. Le cocher fit claquer son fouet, les six chevaux s'élancèrent en avant. Le trait se cassa de nouveau. On le raccommoda une seconde et une troisième fois.

            Enfin le bailli, qui était à cheval dans la procession, s'approcha de la voiture et dit à Yvon :

- Mon jeune maître, voyez-vous cette petite maison qui brille là entre les arbres. Dans cette maison il y a une dame. Cette dame a une paire de pincettes. Je suis sûr qu'elle vous les prêterait, et je suis certain que les pincettes tiendraient jusqu'au coucher du soleil.

            Yvon fit un signe. Un domestique alla à la maison de Finette et la pria de prêter ses pincettes d'or à son maître. Quelques minutes après le domestique arriva avec les pincettes. On s'en servit pour raccommoder le trait cassé. Le cocher fit claquer son fouet. Les chevaux s'élancèrent en avant, le trait ne se cassa plus, mais le fond de la voiture tomba !

- Halte, halte-là, cria Yvon.

            Le cocher arrêta ses chevaux. Les charpentiers arrivèrent. Ils replacèrent le fond de la voiture, mais hélas, il tomba de nouveau, et de nouveau. Enfin le maire s'approcha de la portière et dit :

- Monsieur Yvon, voyez-vous cette petite maison qui brille là, entre les arbres. Dans cette maison demeure une dame. Elle a une porte merveilleuse. Je suis sûr qu'elle vous prêterait cette porte, et je suis certain que la porte tiendrait jusqu'au coucher du soleil.

            Yvon fit un signe. Deux domestiques partirent. Quelques minutes après ils arrivèrent avec la porte. Elle fut placée au fond de la voiture, et tint ferme. Le cocher fit claquer son fouet. Les chevaux s'élancèrent en avant, mais la voiture ne bougea pas. On attela huit, dix, douze, vingt-quatre chevaux à la voiture, mais malgré tous leurs efforts la voiture ne bougea pas. Enfin Tofificier s'approcha de la portière et dit à Yvon:

- Mon maître, voyez-vous cette petite maison qui brille là, au milieu des arbres. Dans cette maison il y a une dame. Cette dame a une vache vraiment remarquable. Je suis sûr qu'elle vous prêterait sa vache, et je suis certain que la vache ferait le tour du monde s'il le fallait.

            Yvon fit un signe. Deux domestiques partirent. Quelques minutes après ils arrivèrent avec la vache. La vache fut attelée à la voiture. Elle partit au grand galop. Elle arriva à l'église, mais elle ne s'arrêta pas à la porte. Au contraire, elle fit le tour de l'église vingt fois, puis elle ramena la voiture au château.

- Il est trop tard pour le mariage aujourd'hui ! dit le baron Kerver.

- Entrez, mes enfants, entrez. Nous aurons le festin aujourd'hui, et le mariage demain.

            Yvon donna la main à la belle dame aux cheveux d'or ; il la conduisit à table et s'assit à côté d'elle. Le baron dit :

- La dame qui demeure dans la petite maison a été très aimable. Elle nous a prêté ses pincettes, sa porte, et sa vache. Elle mérite une récompense.

            Alors il appela un domestique, et dit :

- Allez à la petite maison qui brille entre les arbres. Dites à la dame qui y demeure que le baron Kerver lui fait ses compliments, et la prie de bien vouloir lui faire l'honneur de venir au festin de noce de son fils Yvon.

            Le domestique partit. Quelques minutes après il était de retour sans la dame.

- Où est la dame ? dit le baron. Pourquoi n'est-elle pas venue ?

- Mon maître, dit le domestique, la dame a dit : Si le baron Kerver a vraiment envie que j'accepte son invitation, dites-lui de venir me chercher.

            Le baron dit :

- Cette dame a raison !

            Il fit venir son cheval, et il alla chercher Finette lui-même, et l'escorta au château avec autant de cérémonie que si elle avait été une princesse. Quand Finette arriva au château, le baron lui donna la place d'honneur. Tout le monde la regarda avec admiration. Tout le monde excepté Yvon, qui n'avait d'yeux et d'oreilles que pour la belle dame aux cheveux d'or.

            Finette regarda tristement Yvon. Enfin elle prit le troisième et dernier boulet d'or, et dit tout bas :

- Boulet, sauvez-moi.

            Un instant après elle avait une belle coupe d'or à la main.

            Elle remplit cette coupe de vin, la donna au domestique, et dit :

- Portez cette coupe à votre jeune maître, et dites-lui que la dame qui demeure dans la petite maison qui brille là entre les arbres, lui donne cette coupe et le prie de boire à sa santé.

            Le domestique fit la commission. Yvon prit la coupe. Il regarda dans la coupe, qui était une coupe magique, et vit comme dans un miroir les différentes scènes de sa vie chez le Géant, et son évasion avec Finette.

- Finette, ma chère Finette, où êtes-vous, cria-t-il.

- Que fait cette femme à côté de moi ? Pourquoi est-elle à la place de ma chère Finette ?

            Il leva les yeux, vit Finette, se précipita dans ses bras, l'embrassa mille fois, et lui demanda mille fois pardon. Finette lui pardonna de bon cœur, et le lendemain ils allèrent à l'église ensemble.

            Le trait ne se cassa pas, le fond de la voiture ne tomba pas, la voiture avança rapidement, sans encombre. Ils arrivèrent à l'église à l'heure, ils furent mariés et ils furent toujours heureux, car la belle dame aux cheveux d'or, qui était la sorcière, la tante du Géant, avait disparu, et ne revint plus jamais en Bretagne.

 
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