Contes et histoires de Sorciers et de Sorcières de Cornouailles 

 

 

 

Dans la Grotte d' Arthur

 

            Il était une fois un Gallois qui déambulait sur le pont de Londres, ébahi par la circulation qui s'y faisait, et s'émerveillant du nombre de cerfs-volants qui le survolaient. Il était arrivé à Londres après quelques mésaventures avec des voleurs et autres bandits de grand chemin que je ne raconterai pas ici, y amenant un troupeau de vaches noires du Pays de Galles. Il en avait tiré un confortable bénéfice et les poches tintant de pièces d'or, il se promenait dans les rues de la grande ville en admirant ses curiosités. Il avait à la main un bâton de noisetier. Il s'était arrêté pour regarder quelques bricoles dans une échoppe quand il remarqua qu'un homme fixait son bâton avec une insistance marquée. L'homme enfin se décida à s'approcher et lui demanda d'où il venait.

- Je viens de mon pays, dit le Gallois d'un ton plutôt revêche en se demandant ce que l'homme lui voulait avec des questions pareilles.

- Ne le prenez pas mal, lui dit l'étranger. Si vous acceptez de me répondre et si vous suivez mes conseils, vous en tirerez un bénéfice beaucoup plus grand que vous ne pouvez l'imaginer. Vous souvenez-vous de l'endroit où vous avez coupé ce bâton ?

            Le Gallois qui restait sur ses gardes, répondit :

- Quelle importance cela peut-il avoir de savoir où je l'ai coupé ?

- C'est important, lui dit son interlocuteur, car il y a un trésor caché tout près de l'endroit où vous l'avez coupé. Si vous vous souvenez de cet endroit et si vous acceptez de m'y emmener, je vous garantis que vous entrerez en possession de grandes richesses.

            Le Gallois comprit alors qu'il avait affaire à un sorcier. Sa perplexité s'en trouva accrue ; il ne savait plus ce qu'il devait faire. D'un côté, cette perspective de s'enrichir le tentait ; d'un autre côté, il savait que les sorciers tenaient leur savoir des démons et il redoutait de se trouver confronté aux puissances des ténèbres. Le rusé personnage eut recours à toute sa finesse pour le convaincre. Le Gallois finit par céder et promit de lui montrer l'emplacement où il avait coupé sa branche de noisetier.

            Le Gallois et le magicien se rendirent ensemble au Pays de Galles. Ils allèrent au Craig y Dinas, le rocher de la Forteresse, à l'entrée de la vallée de la Neath, près de Pont Nedd Fechan. Là, le Gallois pointa du doigt la souche d'un vieux noisetier et dit:

- C'est là que j'ai coupé mon bâton.

- Creusons, dit le sorcier.

            Ils creusèrent et atteignirent une large pierre plate. Ils la soulevèrent et découvrirent des escaliers qui descendaient. Ils les empruntèrent et suivirent un étroit goulet qui les mena devant une porte.

- Vous sentez-vous le courage de me suivre ? demanda le sorcier.

- Sûrement, dit le Gallois dont la curiosité prenait le pas sur la peur.

            Ils ouvrirent la porte. Elle donnait sur une immense grotte faiblement éclairée par une lueur rouge qui leur permettait cependant de tout voir. Le premier objet qu'ils virent fut une cloche.

- Ne touchez surtout pas cette cloche, dit le sorcier, ou c'en sera fini de nous deux.

            Ils s'enfoncèrent. Le Gallois découvrit alors que l'endroit était loin d'être désert. Il y avait des soldats, étendus là, endormis, des milliers de soldats, à perte de vue. Chacun d'eux était revêtu d'une brillante armure, et chacun avait son heaume d'acier, son bouclier étincelant à son bras, son épée à portée de main, et sa lance plantée dans le sol près de lui. Et tous dormaient. Au milieu de la grotte se trouvait une grande table ronde autour de laquelle étaient assis des guerriers, dont les visages au port noble et l'armure richement ciselée, indiquaient qu'ils n'appartenaient pas aux gens du commun. Tous étaient endormis, la tête en avant.

            Sur un trône en or, à l'endroit le plus éloigné de la table ronde, se tenait un roi d'une stature gigantesque et d'un auguste maintien. Dans la main, il tenait dessous la garde une puissante épée. Son fourreau et sa poignée d'or étaient incrustés de diamants qui scintillaient. Sur la tête, il portait une couronne incrustée, elle aussi, de pierres précieuses qui reflétaient la lumière et brillaient comme des milliers d'étincelles. Le sommeil scellait également ses paupières.

- Est-ce qu'ils dorment ? demanda le Gallois, ayant du mal à en croire ses yeux.

- Oui, ils dorment tous, répondit le sorcier. Mais si vous touchez la cloche qui est là-bas, vous les réveillerez.

- Depuis combien de temps dorment-ils ?

- Depuis plus de mille ans !

- Qui sont-ils ?

- Les guerriers d'Arthur. Ils attendent le moment où ils reviendront anéantir tous les ennemis du Cymry et reprendre possession de l'île de Bretagne afin d'y rétablir leur roi à Caer Lleon.

- Qui sont ceux qui sont assis autour de la table ronde?

- Ce sont les Chevaliers d'Arthur. Owain, fils d'Urien ; Cai, fils de Cynyr ; Gwalchmai (Gauvain), fils de Gwyar ; Peredur (Perceval), fils de Efrawc ; Geraint, fils d'Erbin ; Trystan, fils de March ; Bedwyr, fils de Bedrawd ; Cilhwch, fils de Celyddon ; Edeyrn, fils de Nudd ; Cynon, fils de Clydno.

- Et sur le trône d'or ? coupa le Gallois.

- C'est Arthur lui-même qui s'appuie sur son épée Excalibur, expliqua le sorcier.

            Impatienté par les questions du Gallois, le sorcier se précipita vers un amoncellement d'or sur le sol de la grotte. Il en ramassa autant qu'il pouvait et invita son compagnon à faire de même.

- C'est le moment de partir, dit-il ensuite et il se dirigea vers la porte par laquelle ils étaient entrés.

            Mais le Gallois demeurait fasciné par le spectacle de ses innombrables soldats endormis avec leurs armes scintillantes.

- J'aimerais les voir éveillés, se dit-il. Il faut que je touche cette cloche. Je dois les voir se réveiller.

            Quand ils furent à hauteur de la cloche, il la frappa jusqu'à ce qu'elle résonnât dans la pièce entière. Dès qu'il l'eut fait sonner, oh !, les milliers de guerriers sautèrent sur leurs pieds et le sol se mit à vibrer sous le bruit des armes d'acier. Une puissante voix s'éleva au milieu d'eux :

- Qui a fait sonner la cloche ? Le jour est-il arrivé ?

            Le sorcier était si effrayé qu'il se mit à trembler comme une feuille. Il répondit en criant :

- Non ! Ce n'est pas encore le jour ! Rendormez vous !

            La puissante armée s'ébranla. Les yeux du Gallois ébloui s'écarquillèrent au spectacle de ses armes d'acier tellement brillantes qu'elles en éclairaient la grotte comme des myriades de flammes.

- Arthur, dit à nouveau la voix. Réveille-toi ! La cloche a retenti, le jour est arrivé. Réveille-toi, Arthur le Grand !

- Non, s'écria le sorcier. C'est encore la nuit. Rendors-toi, Arthur le Grand !

            Un bruit provînt du trône. Arthur s'était levé. Les joyaux de sa couronne brillaient comme des étoiles au-dessus de cette foule innombrable. Sa voix claire et sonore comme une cascade retentit. - Mes guerriers, le jour où l'Aigle Noir et l'Aigle d'Or reprendront la guerre n'est point encore arrivé. Ce n'est qu'un pillard cherchant de l'or qui a sonné la cloche. Rendormez-vous, mes guerriers, l'aube du grand jour ne s'est pas encore levée sur le Pays de Galles.

            Un murmure paisible comme le soupir lointain de la mer s'abattit sur la grotte. Un instant plus tard, tous les soldats s'étaient à nouveau assoupis. Le sorcier poussa précipitamment le Gallois hors de la grotte, remit la pierre en place et disparut. A maintes reprises, le Gallois essaya d'en retrouver l'entrée, mais bien qu'il ait creusé chaque pouce de terrain de la colline, jamais il ne la retrouva.

 
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