Bestiaire médiéval M à U 

 

Manticore

La Manticore est une créature légendaire issue de la mythologie perse, dont la première description fut rapportée par Ctésias. Décrite comme un terrible mangeur d'homme qui dévore ses proies en entier pour n'en rien laisser, elle a été mentionnée plusieurs fois dans les bestiaires médiévaux et représentée dans les arts sous les traits d'un lion à visage humain, avec trois rangées de dents et une queue de scorpion, suivant les descriptions des premiers auteurs gréco-romains. La Manticore est aujourd'hui assez populaire dans le bestiaire des jeux de rôle.

Selon Édouard Brasey, le nom de « Manticore » est issu du persan mardkhoran, qui signifie « mangeur d'hommes », ou mordehkhoran, qui signifie « mangeur de morts ». Son nom peut aussi provenir du persan martya, « homme », et xvar, « manger », ce qui signifie aussi « mangeur d'hommes ».

On trouve l'orthographe Manticore, au féminin comme au masculin.

La Manticore est le plus souvent décrite comme un monstre ayant le corps d'un lion, généralement à fourrure rouge ou brun rougeâtre, la tête d'un humain couleur de sang, souvent avec des cornes, des yeux bleus ou jaunes et trois rangées de dents allant d'une oreille à l'autre, ainsi qu'une queue de scorpion1 ou de dragon. Elle est parfois dotée d'ailes de chauve-souris, mais sa principale caractéristique est sa capacité à projeter des dards venimeux pour immobiliser sa proie (le poison est incurable). Son venin peut servir à différentes fins, comme endormir, rendre malade, contrôler, maudire… ou même tuer. Sa taille varie entre celle d'un lion et celle d'un cheval.

Origine et mentions

La Manticore est d'origine perse, elle est décrite comme une bête mangeuse d'hommes. Sa présence dans différentes légendes européennes serait due au médecin grec Ctésias, qui séjourna à la cour d'Artaxerxès II, au IVe siècle av. J.-C., et qui en parla dans Indika, son ouvrage sur l'Inde connu de plusieurs auteurs grecs, mais perdu depuis. Évoquant les animaux qu'il a vus à Rome, Pausanias écrit dans ses Descriptions de la Grèce :

« Quant à la bête décrite par Ctésias dans son Histoire indienne et qu'il dit être appelée martichoras par les Indiens et "mangeuse d'hommes" par les Grecs, je suis amené à penser qu'il s'agit du tigre. Mais du fait qu'elle a trois rangées de dents dans chacune de ses mâchoires, et des pointes au bout de sa queue avec lesquelles elle se défend en combat rapproché et qu'elle tire comme les flèches d'un archer sur ses ennemis lointains, je pense qu'il s'agit d'une fable que se transmettent les Indiens à cause de leur crainte excessive de la bête. »

Pline l'Ancien ne partage pas le scepticisme de Pausanias car, comme Aristote dans son Histoire naturelle, il inclut le martichoras (qu'il retranscrit par erreur en manticorus en copiant Aristote, d'où le terme actuel) parmi les animaux qu'il décrit dans son Naturalis Historia :

« Il y a parmi les Éthiopiens un animal appelé manticorus ; il a trois rangées de dents qui s'enchevêtrent comme celles d'un peigne, visage et oreilles d'homme, yeux bleus, corps cramoisi de lion et queue qui finit en aiguillon, comme celle des scorpions. Il court avec une grande rapidité et il est très amateur de chair humaine ; sa voix ressemble aux sons mêlés de la flûte et de la trompette. » — Pline l'Ancien, Histoire naturelle.

La Manticore devint assez populaire dans les bestiaires médiévaux qui reprirent pour la plupart les descriptions de Pline.

Bruno Latini donne quelques précisions sur la créature qui « plus que tout, aime manger de la chair humaine. Elle s'accouple de façon à ce que tantôt l'une se trouve dessous, tantôt l'autre ».

Flaubert mentionne une Manticore dans les dernières pages de La Tentation de saint Antoine :

« La Manticore, gigantesque lion rouge, à figure humaine avec trois rangées de dents : les moires de mon pelage écarlate se mêlent au miroitement des grands sables ; Je souffle par mes narines l'épouvante des solitudes. Je crache la peste. Je mange les armées, quand elles s'aventurent dans le désert. Mes ongles sont tordue en vrille, les dents sont taillées en scie ; et ma queue, qui se contourne, est hérissée de dards que je lance à droite, à gauche, en avant, en arrière, Tiens ! Tiens ! La Manticore jette les épines de sa queue, qui s'irradient comme des flèches dans toutes les directions. Des gouttes de sang pleuvent, en claquant sur le feuillage. » — Flaubert, La Tentation de saint Antoine.

Selon Édouard Brasey, la créature est originaire d'Inde, et se trouvait autrefois dans toutes les régions semi-désertiques de Perse et de mésopotamie, jusqu'en Grèce et à la chaîne de l'Atlas en Afrique du nord. Il mentionne également les légendes selon lesquelles la Manticore est censée tuer sa victime d'un seul coup de dents, de queue ou de griffes avant de l'avaler tout entière et de n'en rien laisser. C'est pourquoi, lorsqu'un homme disparaît sans laisser de trace, cela ne peut être que l'œuvre d'une Manticore.

Cryptozoologie

La Manticore a retenu l'attention de la société royale de cryptozoologie de Londres, qui situait les derniers représentants de l'espèce dans des montagnes inaccessibles au centre de l'Iran. On dit de nos jours que la Manticore habite les forêts tropicales d'Afrique et d'Asie, surtout en Indonésie.

 

Mermecolion

Le Mermecolion, également appelé Fourmi myrmidon, Formicoleon ou Myrmécoléo est une créature chimérique possédant la tête d’un lion et le corps d’une fourmi. Évoqué d'après une interprétation de la Septante, traduction latine de la Bible, il a donné naissance à une série de descriptions dans les bestiaires médiévaux où la partie lion de son corps mange de la viande que la fourmi ne peut digérer, et condamne cet étrange hybride à mourir de faim.

Description

Le mot « Mermecolion » et ses différentes variations viendraient d'une mauvaise traduction de la Septante : le mot lajisch signifiant lion en hébreu aurait été retranscrit en un autre mot suggérant une fourmi-lion. Ce mot inhabituel et anormal forgea le mot « myrmécoléo », sans doute en s'appuyant sur les écrits d'Élien et Strabon, qui évoquent un lion arabique sous le nom de myrmex, signifiant « fourmi » en grec ancien.

« Le fourmi-lion meurt par manque de proies » — Septante, Livre de Job IV, II

D'autres traductions postérieures de la Bible traduisent ce passage par « Le vieux lion meurt par manque de proies. »

Différentes versions de l'animal existent, en effet, l'interprétation du mot fourmi-lion peut laisser suggérer que le Mermecolion est un hybride de lion et de fourmi ou un prédateur des fourmis. Le Mermecolion est décrit dans les premières versions du Physiologus comme un être hybride possédant la tête d’un lion et le corps d’une fourmi, et serait issu d’un croisement entre ces deux animaux.

Gervais de Tilbury ajoute que le Mermecolion naît sur une île de la mer Rouge. Ces fourmis myrmidons sont de la taille d’un petit chien, elles ont le corps et les dents noires, six pattes avec le milieu du corps comme celui d’une langouste. Chercheuses d’or, elles dévorent quiconque s’approche à leur portée et « sont si rapides qu’elles semblent voler ».

Présence dans les bestiaires

Le Mahābhārata, texte écrit en sanskrit, est le premier texte faisant référence au Mermecolion. Hérodote, puis Pline l’ancien reprennent la description de cette créature. Enfin, un manuscrit du Xe siècle, le récit des voyages de Gervais de Tilbury puis le Bestiaire divin de Guillaume le Clerc de Normandie viennent s’ajouter aux rares écrits décrivant le mermecolion.

« Le physiologue traite du fourmi-lion; le père a la forme de lion, la mère de fourmi; le père se nourrit de viande, et la mère d'herbes; Et ceux-ci engendrent le fourmi-lion, qui est mélange des deux et qui ressemble aux deux, car la partie antérieure est de lion, la postérieure de fourmi. Ainsi constitué, il ne peut pas manger de viande, comme le père, ni d'herbe, comme la mère; par conséquent, il meurt. »

Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle, relate ses observations :

« En traversant une zone clairsemée de bois et de prairies, nous rencontrâmes le mermecolion, créature hybride merveilleuse, mi-lion, mi-fourmi. Cette espèce naquit de la semence du lion tombée à terre et ayant imprégné les œufs de fourmis. »

 

Onocentaure

L'Onocentaure est un animal médiéval mythologique ayant le buste, la tête et les bras humains (mâles ou femelles) sur le corps d'un âne sans tête. On peut le rapprocher des créatures grecques mi-hommes mi-animales comme le centaure ou le bucentaure. La créature est considérée comme un génie malfaisant, en qui les juifs et les premiers chrétiens voyaient un démon.

 

Phénix

Le Phénix, ou Phœnix (du grec ancien  phoînix, « pourpre »), est un oiseau légendaire, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.

Des oiseaux fabuleux semblables au Phénix se trouvent dans les mythologies persane (sous l'appellation de Simurgh ou Rokh), chinoise (sous le nom de Fenghuang), amérindienne (Oiseau-tonnerre) ou aborigène en Australie (Oiseau Minka).

Il s'agit d'un oiseau fabuleux, originaire d'Éthiopie (Afrique de l'est), et rattaché au culte du Soleil, en particulier dans l'ancienne Égypte et dans l'Antiquité classique. D'après la légende, sa résurrection avait lieu en Arabie et dans les pays alentour, comme l'Égypte, où il était vénéré. Le Phénix était une sorte d'aigle, de taille considérable ; son plumage se paraît de rouge, de bleu et d'or éclatant, et son aspect était splendide. Caius Julius Solinus nous parle de son aspect dans son livre Polyhistor au chapitre 34.

« Là aussi naît le Phénix, qui a la grandeur de l'aigle, la tête ornée d'une touffe de plumes, la mandibule inférieure parée de caroncules, le cou rayonnant d'or, le reste du corps de couleur pourpre, si ce n'est la queue, qui est azurée et semée de plumes incarnates. »

Il n'existait jamais qu'un seul Phénix à la fois ; il vivait très longtemps : aucune tradition ne mentionne une existence inférieure à cinq cents ans.

N'ayant pu se reproduire, le Phénix, quand il sentait sa fin venir, construisait un nid de branches aromatiques et d'encens, y mettait le feu et se consumait dans les flammes.

Des cendres de ce bûcher, surgissait un nouveau Phénix, qui contrôlait le feu de mieux en mieux à chaque résurrection ; c'est aussi pour cela qu'on le nomme oiseau de feu (ses ailes se teintaient d'un rouge flamme et se réchauffaient jusqu'à ce qu'un feu ardent en sorte, tandis que son bec pouvait, s'il le voulait, embraser une forêt avec un feu presque aussi puissant que les flammes du Soleil).

L'oiseau mythique évoque donc également le feu créateur et destructeur. Comme le Soleil, le Feu symbolise l'action fécondante. En consumant, il purifie et permet la régénération. Lucifer, le « porteur de lumière », précipité dans les flammes de l'enfer, incarne le feu qui ne consume pas et exclut de la régénération. Dans certaines crémations rituelles, le feu est aussi considéré comme véhicule ou messager du monde des vivants vers celui des morts.

Le Moyen Âge païen a vu en lui, à la suite au prosélytisme chrétien, le symbole de la résurrection du Christ. Malgré tout cette interprétation chrétienne s'est largement inspirée du paganisme où le Phénix correspond depuis toujours à une notion cyclique immanente, à l'inverse de la transcendance chrétienne.

Clément de Rome, troisième évêque de Rome après saint Pierre, parle de cet oiseau au chapitre XXV de la Lettre aux Corinthiens qui lui est attribuée.

Entre mythologie et classification naturaliste naissante, C. von Linné dans son entreprise de classification des êtres vivants définit un taxon assez vaste Homo anthropomorpha désignant une variété de créatures mythologiques et proches de l'homme, comme le troglodyte, le satyre, l'hydre, le Phénix dans Amoenitates academicae (1763). Il ajoute que ces créatures n'existèrent pas vraiment mais qu'elles étaient des descriptions inexactes de créatures ressemblant notamment aux grands singes.

Dans l'Antiquité, parmi de nombreux autres auteurs, Tacite en parle dans ses Annales (6,28) et Solin le mentionne (38, 1). Le Carmen de ave phœnice, attribué à Lactance est l'un des textes antiques les plus riches sur cet oiseau fabuleux. À la Renaissance, Rabelais le mentionne dans Le Cinquième Livre (V, 29, Comment nous visitâmes le pays de Satin) :

« J’y vy quatorze Phœnix. J’avois leu en divers autheurs qui n’en estoit qu’un en tout le monde, pour un age ; mais, selon mon petit jugement, ceux qui en ont escrit n’en veirent onques ailleurs qu’au pays de tapisserie, voire fut-ce Lactance Firmian. »

Guillaume du Bartas lui consacre un long développement dans le Cinquième Jour de La Sepmaine ou la Création du monde (v. 551-598) :

« Le celeste Phœnix commença son ouvrage

Par le Phœnix terrestre, ornant d'un tel plumage

Ses membres revivans que l'annuel flambeau

De Cairan jusqu'en Fez ne void rien de plus beau. »

Au XVIIIe siècle, le Phénix alimente l'imaginaire de plusieurs auteurs de récits fantastiques ou merveilleux. On le trouve par exemple dans le conte philosophique de Voltaire, La Princesse de Babylone.

 

Poisson-évêque

Le Poisson-évêque, l’évêque de mer ou l’évêque marin, est un monstre marin mentionné au XVIe siècle, mi-homme, mi-poisson. Son nom viendrait du fait que les écailles de sa tête auraient la forme d'une mitre, alors que ses nageoires mimeraient la robe (mosette et rochet sur la soutane) que portent les évêques durant l'office. Selon les légendes de l'époque, il remplissait comme son homologue humain des fonctions ecclésiastiques auprès des populations de sirènes et de tritons qu'on pensait alors habiter l'océan.

Selon la légende, il fut capturé en 1433 en mer Baltique par des pêcheurs et rapporté au roi de Pologne, qui souhaita le garder. Il fut présenté à un groupe d'évêques catholiques, à qui il demanda par gestes sa libération. Ils la lui accordèrent et, pour les remercier, il fit un signe de croix et disparut dans la mer.

Selon l’Historia Animalium de Conrad Gesner, un autre Poisson-évêque fut capturé près des côtes allemandes en 1531. Il refusa de manger et mourut trois jours plus tard.

La légende du Poisson-évêque provient probablement en partie d'observations déficientes de siréniens (lamantin) ou d'anges de mer (squatiniformes)… justement appelés monkfish (« poisson-moine ») en anglais.

Le Poisson-évêque a été décrit au XVIe siècle par les naturalistes Pierre Belon et Guillaume Rondelet et par le médecin Ambroise Paré.

 

Prester

Serpent à la gueule écumante et béante dont le venin fait enfler jusqu'à éclater. Il attire les hommes en provoquant chez eux la soif de l'or et ils deviennent alors capables de tuer par ambition et concupiscence.

 

Salamandre

La Salamandre, baffie ou lebraude est un amphibien légendaire qui était réputé pour vivre dans le feu et s'y baigner, et ne mourir que lorsque celui-ci s'éteignait. Mentionnée pour la première fois par Pline l'Ancien, la Salamandre devint une créature importante des bestiaires médiévaux ainsi qu'un symbole alchimique et héraldique auquel une profonde symbolique est attachée. Ainsi, Paracelse en faisait l'esprit élémentaire du feu, sous l'apparence d'une belle jeune femme vivant dans les brasiers. D'autres légendes plus tardives en font un animal extrêmement venimeux, capable d'empoisonner l'eau des puits et les fruits des arbres par sa seule présence.

La Salamandre semble être mentionnée pour la première fois par Pline l'Ancien dans le livre X de son Histoire naturelle, où il déclare que « la Salamandre est si froide qu'elle éteint le feu lorsqu'elle le touche ». Un peu plus loin, au livre XXI, il s'étonne de cette propriété et analyse que si l'animal avait réellement cette vertu, il serait utilisé pour éteindre les incendies.

Pline mentionne un autre animal au livre XI, la Pyrallis, sorte de reptile ailé et quadrupède qui vit dans le feu des forges de Chypre. Si elle en émerge et vole sur une courte distance, elle tombe morte car elle ne peut vivre que dans le feu. D'après Jorge Luis Borges, la symbolique de cet animal oublié des bestiaires aurait été englobée dans celle de la Salamandre.

Le philosophe et théologien Saint Augustin reprit la symbolique de la Salamandre dans La cité de Dieu, dans un chapitre qui s'intitule Si les corps peuvent être éternels dans le feu :

« Pourquoi devrais-je démontrer sinon pour convaincre les incrédules qu'il est non seulement possible que les corps humains, animés et vivants ne se défassent jamais et ne se dissolvent pas avec la mort, mais encore durent dans les tourments du feu éternel ? Car il ne leur plait pas que nous attribuions ce prodige à l'omnipotence du Tout-Puissant, il prie que nous le démontrions au moyen de quelque exemple. Nous répondons à ceux-là qu'effectivement, certains animaux, corruptibles parce que mortels, vivent, pourtant, au milieu du feu » — Saint Augustin, La cité de Dieu : Si les corps peuvent être éternels dans le feu

À l'instar du phénix symbolisant la résurrection, la Salamandre fut mentionnée par les poètes pour enrichir leurs textes d'une dimension symbolique. Quevedo cite la Salamandre dans les sonnets du quatrième livre du parnasse espagnol :

Je rends vrai le phénix dans l'ardente

Flamme, où en renaissant je me rénove,

Et je prouve la virilité du feu,

Et qu'il est père, et qu'il a descendance.

La froide Salamandre, qui dément

la note docte, j'ose défendre,

Quand les incendies, que le bois assoiffé,

habite mon cœur, et sans les sentir...

Dans sa Vie, Benvenuto Cellini écrivit qu'alors âgé de cinq ans, il vit un petit reptile semblable à un lézard jouer dans le feu et courut en avertir son père. Celui-ci lui révéla qu'il s'agissait d'une Salamandre et lui donna une bonne fessée afin de marquer le jour et la vision dans la mémoire de son fils.

L'abbé Nicolas Pierre Henri de Montfaucon de Villars, dans un célèbre roman, Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences occultes, en 1670, décrit les Salamandres :

« [...] Quant aux Salamandres, habitants enflammés de la région du feu, ils servent aux philosophes ; mais ils ne recherchent pas avec empressement leur compagnie ; et leurs filles et femmes se font voir rarement » — Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences occultes p. 45-48.

Selon une citation de Cyrano de Bergerac, la Salamandre vit sous les montagnes volcaniques comme l'Etna ou le Vésuve, elle sue de l'huile bouillante et crache de l'eau-forte quand elle s'échauffe ou se bat. Si on pend le corps d'une Salamandre à une crémaillère, il fait bouillir et rôtir tout ce que l'on met devant la cheminée. Ses yeux, qui éclairent la nuit comme des soleils et font l'effet d'une lampe perpétuelle6.

Description et attributs

L'attribut principal de la Salamandre est sa capacité à se baigner dans le feu et l'éteindre, cet animal eut longtemps la réputation d'être totalement insensible aux effets du feu. On lui prêtait aussi le pouvoir de traverser un brasier ou d'être jetée dans les flammes sans subir aucun dommage. Certains affirmaient même que son sang était tellement froid qu'elle pouvait éteindre le feu. Dans le Dictionnaire raisonné et universel des animaux ou le règne animal de 1759, il est expliqué que le hiéroglyphe en forme de Salamandre signifie « homme mort de froid », toutefois, ce dictionnaire est antérieur à la découverte de la pierre de Rosette qui permit à Jean-François Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes.

Selon Édouard Brasey, la Salamandre se présente sous la forme d'un lézard dont le dos est couvert de taches jaunes et noires. Il possède des griffes et sa tête tient du singe et du cochon.

La Salamandre est aussi réputée pour deux attributs principaux : sa peau incorruptible et son venin extrêmement puissant.

Peau incorruptible

Une fausse missive rédigée au XIIe siècle mentionne qu'un pays lointain produit des vers appelés Salamandres : « Les Salamandres vivent dans le feu et font des cocons, que les dames des palais dévident et utilisent pour tisser des etoffes et des habits. Pour laver et nettoyer ces étoffes, elles les jettent au feu. ». Cette thématique se retrouve chez d'autres auteurs, Gossuin de Metz ajoutant qu'un tissu fait en poils de Salamandre ne peut se consumer, et Guillaume de Tilbury qui explique que même la peau de l'animal ne peut brûler. Ce tissu en soie ou en poils de Salamandre pourrait en fait être un textile d'amiante, ils se vendaient comme peaux de Salamandres et formaient ainsi un témoignage irréfutable de l'existence de l'animal légendaire. Pline l'Ancien mentionnait déjà des étoffes incorruptibles qui se nettoient dans le feu, de même que Marco Polo, qui précise que « la Salamandre est une étoffe, non un animal ».

Poison de Salamandre

Certaines légendes ajoutent que la Salamandre sécrète le plus puissant de tous les poisons, celui-ci fonctionnant par simple contact : en tombant dans un puits, elle peut empoisonner toute l'eau qui s'y trouve et en grimpant dans un arbre fruitier, la Salamandre peut aussi empoisonner tous ses fruits. Dans le Rosarius, écrit du XVe siècle, le venin est décrit comme une humeur laiteuse que l'animal répand pour se défendre. La Salamandre est réputée pour la puissance de son venin : dans le folklore français, sa respiration suffit pour faire enfler une personne jusqu'à ce que sa peau éclate. En Auvergne, où elle est connue sous le nom de soufflet, souffle ou enfleboeuf, elle tue les troupeaux de bovins, et dans le Berry, sa présence suffit à les faire enfler. En Auvergne, la lebraude est un lézard noir et jaune dont la symbolique est proche de celle de la Salamandre, réputé pour ne respirer qu'une fois par jour. Son souffle est empoisonné et pour s'en débarrasser, il faut l'enfermer pendant vingt-quatre heures dans un espace confiné afin qu'il soit obligé de respirer et qu'il s'empoisonne lui-même. Selon Paul Sébillot, au XVIIIe, les bretons n'osaient pas nommer la Salamandre par son nom véritable, craignant que, l'entendant, elle ne vienne leur faire du mal.

La Salamandre symbolise la foi qui ne peut être détruite.

Alchimie

L'alchimiste Paracelse comptait sept races de créatures sans âme : les génies des Éléments à forme humaine mais sans âme ni esprit (inanimata), les géants et les nains sur la terre. Il croit aux génies des quatre Éléments. La Terre, par génération spontanée, produit des nains qui gardent les trésors sous la montagne ; l'Eau produit les ondines ; le Feu, les Salamandres ; l'Air, les elfes. Ensuite viennent les géants et les nains issus de l'air, mais qui vivent sur la terre.

La Salamandre était l'être élémentaire associé à l'élément Feu des Anciens. L'animal du même nom n'était en fait qu'une représentation symbolique de l'esprit élémentaire du Feu. La Salamandre est un esprit du feu, comme l'Ondine est un esprit élémentaire de l'Eau, le Gnome un esprit élémentaire de la Terre, et le Sylphe un esprit élémentaire de l'Air.

En 1892, dans le roman d'Anatole France La Rôtisserie de la reine Pédauque, un alchimiste affirme avoir établi une relation avec les Salamandres.

 

Serre

La Serre aussi appelée sarce, sarre, scie ou serta est un animal légendaire probablement issu d'une description de Pline, et généralement décrit dans les bestiaires médiévaux comme étant un poisson ailé, ou parfois un oiseau ou un dragon chimériques, qui s'attaquerait aux bateaux pour les faire naufrager. Elle est l'objet de deux livres d'Amour courtois où elle sert de métaphore mais, contrairement à d'autres créatures issues de légendes médiévales, sa figure est très peu reprise dans les œuvres modernes.

Pline avait cité, sans en donner de description, un animal auquel il donnait le nom de Serre, c'est peut-être ce qui a inspiré les descriptions des bestiaires médiévaux. La serre est décrite dès le VIIIe siècle par Isidore de Séville, mais la description qu'il en fait prouve qu'il n'a pas eu ce monstre sous les yeux. La Serre est ensuite reprise par Vincent de Beauvais dans son Speculum Natural. Au XIIe siècle, Philippe de Thaon la décrit dans son Bestiaire puis au XIIIe siècle, Guillaume le Clerc de Normandie l'inclut dans son Bestiaire divin. La Serre est le plus souvent représentée comme un dragon avec des ailes poursuivant un bateau ou stoppant le vent avec ses ailes.

Le Bestiaire d'Amour de Richard de Fournival en dit ceci :

« La serre est un monstre ailé, qui habite les mers. Quand elle voit un vaisseau cingler à pleines voiles, elle étend ses ailes pour y recueillir tout le vent, et court de toutes ses forces en avant du vaisseau. Mais quand elle est fatiguée de ce travail inutile, elle replie ses ailes comme si elle s'avouait vaincue, et se laisse engloutir par les flots » — Richard de Fournival, Bestiaire d'Amour

Cette description est suivie de La réponse de la dame, un texte anonyme :

« Le monde est une mer, que les hommes de bien traversent sans crainte, et la Serre est l'image d'hommes qui après avoir bien commencé, se découragent et se laissent vaincre par la paresse : ils succombent alors aux tempêtes, c'est-à-dire aux vices et au pêché » — La réponse de la dame

Le bestiaire divin de Guillaume le Clerc de Normandie en offre une description plus détaillée :

« Il existe une bête que l'on nomme Serre, et dont le gîte ne se trouve pas sur la terre, mais au fond de la vaste mer ; cette bête n'est pas de petite taille, mais au contraire son corps est très volumineux ; elle possède de grandes ailes. Quand elle voit des nefs et des dromons faire voile sur la mer, elle déploie ses ailes au vent, et fait voile de toute la vitesse dont elle est capable en direction du navire ; le vent la porte au-dessus des ondes salées et profondes. Elle vole longtemps de cette manière, jusqu'à ce qu'il ne soit pas possible d'aller plus loin ; alors elle retombe et s'avoue vaincue, et la mer l'absorbe et l'engloutit en l'attirant tout au fond. Les marins qui naviguent à travers les mers souhaitent ne jamais la rencontrer, car elle constitue un grand péril de mer, et elle cause souvent la perte des navires qu'elle parvient à rattraper » — Guillaume le Clerc de Normandie, Bestiaire divin

Description et mœurs

Les descriptions de cet animal dans les bestiaires médiévaux offrent des similitudes avec le kraken, et remonteraient peut-être au Léviathan biblique. La description d'Isidore de Séville évoque l'espadon ou la scie. Selon Philippe de Thaon, la Serre est un animal chimérique possédant la queue d'un poisson, la tête d'un lion et des ailes. Les descriptions postérieures ne font plus mention de la tête de lion : la Serre est devenue un poisson ailé qui aime poursuivre les navires.

Dans son Bestiaire d'Amour, Richard de Fournival propose la description suivante de la Serre : « La Serre est un oiseau merveilleusement grand et fort, qui vole plus rapidement que les grues elle-même, dont les ailes sont tranchantes comme des rasoirs. »

Dans les bestiaires médiévaux, elle est aussi présentée comme un poisson-scie pourvu d'ailes et d'une crête denticulée, qui vit au fond de la mer. Dans les récits qui traitent d'elle, cette crête lui permet de scier les coques des navires en nageant au-dessous. Elle poursuit ensuite les naufragés sous la forme d'un chien-ailé ou d'une harpie. Son corps est souvent extrêmement volumineux puisque lorsqu'elle lève les ailes le vent ne souffle plus sur les bateaux. La Serre poursuit les navires, mais au bout d'une trentaine de stades, si elle n'a pas rattrapé le bateau, elle abandonne la poursuite et se laisse couler dans les profondeurs de l'océan.

Des rostres de cet animal (vraisemblablement ceux d'un poisson-scie) auraient été offerts en ex-voto dans les temples.

Symbolique

La symbolique et la morale cachés de la légende de la Serre est celle de l'homme qui au départ est dans le droit chemin, mais qui par paresse, n'atteint pas son but : c'est un symbole. La chute dans les profondeurs de l'océan préfigurerait les profondeurs de l'enfer. Enfin, le diable retire l'inspiration sacrée de l'homme comme la Serre retire le vent des voiles des bateaux.

Dans Le Bestiaire d'amour de Richard de Fournival, la Serre représente le rival en amour qui cherche à conquérir la dame : il s'agit d'une mise en garde, car le rival, tout comme la Serre, finit toujours par abandonner la poursuite. Le Bestiaire d'Amour est suivi par un écrit anonyme, La Response de la dame où la dame s'identifie à la Serre. Ces deux livres ont pour thème l'amour courtois.

 

Sirène

Une Sirène (du grec ancien Seirến, du latin : Siren) est une créature mythologique hybride : mi-femme et mi-oiseau (tradition antique gréco-romaine) ou mi-femme et mi-poisson (tradition médiévale scandinave).

Localisation géographique

Dès l’Antiquité, le débat fut vif concernant la localisation des épisodes homériques. Selon les Grecs, les Sirènes vivaient sur une ou plusieurs petites îles vertes situées à l’ouest de la Sicile : Anthemusa et les îles des Sirènes (selon les Siciliens, près du Cap Péloros, aujourd’hui Faros, tandis que les Latins les situent à Capri), se montrant particulièrement redoutables à l’heure de la sieste, par temps calme. Strabon rapporte que le tombeau de la Sirène Parthénope se trouvait à Néapolis. Leucosie aurait donné selon le même auteur son nom à l’île d’où elle s’était jetée dans la mer. Un rocher à triple pointe séparant le golfe de Cumes du golfe de Poséidonie s’appelait alors Sirènes.

Représentation

Les Sirènes étaient représentées, chez les Grecs, avec « un corps d’oiseau et une tête de femme ». Ces démons habitent une île du Ponant près de l’île de la magicienne Circé. Ces filles de la mer traînent une triste réputation de dévoreuses d’homme, attirant leurs victimes par des chants mélodieux ou une apparence séduisante, voire les deux. Ces redoutables séductrices peuvent même être de simples jeunes femmes sans queue de poisson vivant dans la mer.

Pour les Scandinaves, la Sirène est un monstre redoutable appelé Margygr (la « géante de mer »). L’œuvre norvégienne le Konungs skuggsjá (Miroir royal en vieux norrois) la décrit comme une avenante créature ressemblant à « une femme en haut de la ceinture, car ce monstre avait de gros mamelons sur la poitrine, comme une femme, de longs bras et une longue chevelure, et son cou et sa tête étaient en tout formés comme un être humain ». Ce monstre paraissait grand, avec un visage terrible, un front pointu, des yeux larges, une grande bouche et des joues ridées.

Les bestiaires médiévaux les décrivent comme des femmes « de la tête aux cuisses » et poissons de « là jusqu’en bas avec des griffes et des ailes » dans un syncrétisme qui noue les traditions fabuleuses des mythologies grecque et germanique. Elles ont laissé à la postérité leur image gravée dans la pierre des stèles, tombeaux ou des églises romanes où elles personnifient l’âme des morts.

Au VIIIe siècle, le moine anglais Aldhelm de Sherborne les décrit comme des vierges à queue de poisson couverte d’écailles. Ces deux représentations vont cohabiter jusqu’au XVe siècle où les Sirènes volantes laissent définitivement la place à une jolie femme aux longs cheveux et à queue de poisson. À cette époque, le naturaliste allemand Johannes de Cuba les fait vivre dans des gouffres au fond des mers. « On les trouve souvent dans les mers et parfois dans les rivières », dit de son côté l’écrivain flamand Jacob Van Maerlant.

D’illustres navigateurs ont dit avoir rencontré des Sirènes : Christophe Colomb, en 1493, en aurait vu trois près des côtes de Saint-Domingue, « mais elles n’étaient pas aussi belles qu’on les décrit… » Un avis qui n’est pas partagé par les marins d’un navire américain qui ont observé, vers 1850, près des îles Sandwich (Hawaï), une Sirène « d’une grande beauté qui ne cédait en rien aux plus belles femmes ». Ces Sirènes sont certainement des mammifères marins, tels les lamantins et les dugongs, qui vivent dans les eaux peu profondes des archipels, des lagunes et estuaires.

En 1403, près d’Edam en Hollande, un spécimen a été capturé par deux jeunes filles. Il s’agissait d’une femme, trouvée nue dans l’eau et ne parlant aucune langue connue, qui fut surnommée la « Sirène d’Edam ».

Créée en 1835, par l’écrivain danois Hans Christian Andersen, la légende moderne de la Sirène continue de faire des vagues, elle n’est plus la terrible tentatrice mais devient une héroïne romantique, qui cherche l’amour, telle Ondine qui offre son âme à l’homme qui voudra bien l’épouser.

 

Trolual

Trolual est le nom donné à un monstre marin présent dans d'anciens récits de marins et de pêcheurs de la mer de Norvège (Islande et îles Féroé). Apparu dans la littérature européenne au XVIe siècle, il désignerait en réalité une baleine ou un cachalot dont la dangerosité, exagérée, est abusivement attribuée à une nature malfaisante.

Trolual ou trolval est la transcription latine d'un terme norrois, trollwal, formé à partir de troll (esprit malfaisant, quelquefois assimilé au diable par la tradition chrétienne, d'où la germanisation en Teufel) et de wal (baleine). Il désigne ainsi une baleine-troll ou une « baleine diabolique » qui provoquerait des naufrages en renversant des navires (ce qui est possible concernant des cétacés et de petits bateaux de pêche) ou en étant prise pour une île par des marins qui se mettraient en danger en accostant sur son dos (fait improbable relevant davantage de la mythologie et de récits légendaires comme ceux de Saint Brandan et de l'aspidochélon).

Le Trolual est mentionné pour la première fois en 1539 dans le livret explicatif de la Carta Marina du suédois Olaus Magnus : « La baleine susmentionnée est, dans ce pays [l'Islande], appelée Trolual, ce qui signifie, en allemand, baleine diabolique ». Il est à noter que ni la légende latine de la Carta Marina du géographe suédois ni le livre XXI de son Historia de Gentibus Septentrionalibus (1555) n'utilisent ce mot, auquel ils préfèrent des termes latins plus génériques tels que balena ou ceti.

Le Trolual réapparaît dès 1558, dans le quatrième livre du traité de zoologie de Conrad Gessner, Historiae animalium. Sa description reprend les observations et les anecdotes sur les baleines tirées des travaux d'Olaus Magnus.

Le terme est ensuite repris en 1560 par Barthélemy Aneau dans une « histoire fabuleuse » intitulée Alector ou le Coq : le Trolual, décrit comme « un horrible monstre marin [...] aussi grand qu'une petite île en mer », y est vaincu par les deux héros du roman, Franc-Gal et son fils Alector, qui chevauchent un hippopotame volant. Cette scène a lieu dans la contrée asiatique imaginaire de Tangut, donc très loin des mers froides qui ont vu naître le mythe du Trolual.

Les descriptions d'Olaus Magnus et de Gessner, ainsi que leurs illustrations, tenaient encore beaucoup des bestiaires médiévaux et de leur goût pour le merveilleux. Or, à partir du XVIIIe siècle, grâce aux progrès des observations offerts par les échouages et par le développement de la pêche baleinière, les naturalistes cessent d’accréditer les légendes relatives au Trolual puis renoncent à voir dans cet animal une espèce distincte des cétacés déjà connus : Valmont de Bomare le présente en 1775 comme une espèce de baleine qui « culbute » souvent les barques des pêcheurs (et non de grands navires, comme dans les gravures fantaisistes de la Renaissance), tandis que Desmarest estime qu'il « doit appartenir au genre des baleines ou à celui des cachalots » (1828).

Les premières représentations du Trolual dérivent des illustrations de baleines contenues dans les travaux susmentionnés d'Olaus Magnus.

Une vignette de l'ouvrage de Gessner reprend ainsi l'illustration de la Carta Marina représentant des marins ayant jeté l'ancre sur une baleine qu'ils ont confondue avec une île.

Compilant les monstres marins de cette même carte, une planche au monogramme « MHF », insérée dans certaines éditions de la Cosmographie universelle de Sébastien Münster (dont l'édition originale de 1545 ne mentionne pas de tels monstres), représente un Trolual menaçant un navire : un marin tente d'effrayer le monstre en soufflant dans une trompette pendant que ses compagnons jettent des tonneaux par dessus bord en guise de diversion. La créature est affublée d'une gueule et de crocs monstrueux tandis que les deux gerbes d'eau sortant de ses évents évoquent des cornes, allusion à sa prétendue nature diabolique.

 
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