Les procès de Sorciers et de Sorcières en Espagne

 

Les procès basques d’Espagne 

Les procès basques du 17ème siècle représentent la tentative la plus ambitieuse répression contre l'enracinement de la sorcellerie jamais entreprise par l'Inquisition espagnole. Le procès des sorcières basques à Logroño, près de la Navarre, en Espagne du nord, qui commencèrent en janvier 1609 dans un contexte des persécutions comparables à celles conduites à Labourd par Pierre de Lancre, fut certainement le plus grand événement de la sorte dans l'histoire. À la fin environ 7000 affaires furent examinées par l'Inquisition.

Bien que Logroño ne fut pas une ville basque, c’était un tribunal inquisitorial qui était responsable du Royaume de Navarre, d’Alava, de Gipuzkoa, de Biscay, de La Rioja et du Nord de Burgos et de Soria. Parmi les accusés, il y avait non seulement des femmes (prédominance néanmoins), mais aussi des enfants et des hommes, y compris des prêtres coupables de guérison avec des nóminas, des amulettes portant les noms de saints. La première phase aboutit en 1610, avec une déclaration d'autodafé contre 31 accusés, 11 à 12 condamnés au bûcher dont 5 symboliquement (autodafé) parce que morts en prison.

Ensuite les mesures furent suspendues jusqu'à ce que les inquisiteurs aient « la chance » de recueillir une nouvelle preuve, sur ce qu'ils crûrent être un culte de sorcières répandu dans la région basque. Alonso Salazar Frias, l'inquisiteur junior, et un avocat en formation furent délégués pour examiner la question en détail. Armé d'un Décret de Grâce, promettant le pardon à ceux qui se seraient volontairement dénoncés et auraient dénoncé leurs complices, ils voyagèrent à travers la campagne pendant l'année 1611, principalement aux alentours de Zugarramurdi, près en ce temps-là de la frontière franco-espagnole, où une caverne et une cascade (Olabidea ou Infernuko erreka, " le flot de l'Enfer") seraient le lieu de rencontre des sorcières.

Comme habituellement dans les affaires de cette sorte, les dénonciations affluèrent. Frías finalement retourna à Logroño avec "les confessions" de 2000 personnes, dont 1384 d’enfants âgés de sept et quatorze, impliquant 5000 individus. La plupart des 1802 témoins se rétractèrent devant Salazar, attribuant leurs confessions à la torture. Les preuves recueillies couvrir 11,000 pages en tout. Seulement 6 personnes sur les 1802 maintinrent leurs confessions et avouèrent avoir été au Sabbat.

Dans l'agitation des événements, les mesures commencèrent à Hondarribia  en 1611, environ à 10 km de distance de Zugarramurdi et 5 km de St-Jean-de-Luz, les principaux points chauds d'allégations de sorcellerie, contre de présumées sorcières accusées de lancer des charmes sur des créatures vivantes et se rencontrant à Jaizkibel dans l’akelarres menées par un Diable à forme de bouc. Il est à noter que les hommes dans la région de Bidasoa allant en masse à la pêche à la baleine basque, seules restaient leurs femmes et pendant de longues périodes. Selon une preuve donnée par un témoin et comme certifiée dans un document légal, "le Diable appelait dans la langue gasconne ceux de San Sebastian et Pasaia et en Basque ceux d'Irun et Hendaye, adressant quelques mots à eux ..."

Bien que la croyance en l’existence de sorcières basques fusse répandue parmi la population espagnole, l'Inquisition espagnole de la Région basque était plus encline à persécuter les Protestants, les Conversos (baptisés descendants des Juifs et des Landes) et ceux qui faisaient illégalement la contrebande de livres interdits en Espagne. Dès 1538 le Conseil de l’Inquisition avait conseillé aux juges de ne pas croire tout ce qu'ils lisaient dans le Malleus Maleficarum (le marteau des sorcières), ouvrage désignant la sorcière comme infâme. En mars 1610, Antonio Venegas de Figueroa, l'Évêque de Pampelune, envoya une lettre à l'Inquisiteur dans laquelle il prétendit que la chasse aux sorcières était basée "sur le mensonge et l'aveuglement" et qu'il y avait peu de connaissance en sorcellerie dans la région avant le début des procès.

Contrairement à l'image habituelle de l'Inquisition prête à croire tout et chaque confession de méfaits, Salazar, le juge le plus jeune du jury, restait sceptique sur tout cela, disant qu'il n'avait trouvé aucune preuve substantielle de sorcellerie durant ses voyages, malgré les confessions diverses et variées recueillies. Plus que cela, il mit en doute la base entière des procès. À cause de ce désaccord sur la façon de procéder, le problème fut relaté à l’Inquisiteur Général à Madrid. Les juges seniors, Alonso Becerra y Holquin et Juan del Valle Alvarado, allèrent même jusqu’à accuser leur collègue d'être "en coalition avec le Diable". Certaines des objections de Salazar sont remarquables, considérant l'atmosphère de l’époque et valent donc la peine de citer :

La question réelle est : devons-nous croire que la sorcellerie est arrivée dans une situation donnée simplement à cause de ce que les sorcières la revendiquent ? Non : c'est clair que les sorcières ne doivent pas être crues et les juges ne devraient pas juger quelqu'un, à moins que le cas ne puisse être prouvé avec une preuve externe et objective suffisante pour convaincre chacun qui l'entend. Et qui peut accepter la chose suivante : qu'une personne puisse fréquemment voler dans les airs et voyager cent lieues en une heure ; qu'une femme puisse passer par un espace pas assez grand pour une mouche ; qu'une personne puisse se rendre invisible ; qu'elle puisse être dans une rivière ou dans la haute mer et ne pas se mouiller ; ou être dans le lit et au Sabbat en même temps ... et qu'une sorcière puisse se transformer en une forme qu’elle adore, être une mouche domestique ou un corbeau ? En effet, ces revendications vont au-delà de toute la raison humaine et peuvent même dépasser les limites permises par le Diable.

L’Inquisiteur Général partagea son avis que la confession et l'accusation n'étaient pas seules suffisantes. Pendant quelque temps le bureau central de l'Inquisition resta sceptique envers les revendications de magie et de sorcellerie et sanctionna les combustions précédentes avec une répugnance considérable et conséquentes à la panique de Logroño. En août 1614 il fut jugé que tous les procès dépendants de Logroño devaient être écartés. En même temps il fut publié de nouvelles règles plus rigoureuses en matière de preuve pour conduire à la combustion de sorcière en Espagne et ce bien longtemps avant l’Europe protestante.

Le contexte et les circonstances menant aux événements ne nous sont pas inconnus, écartant les approches pour la plupart ésotériques et magiques. Dans un contexte plus large de persécution religieuse et de conflit dans toute l'Europe, l'Église catholique visa à supprimer les vieilles coutumes populaires et les voies qui pouvaient lutter contre l'idéologie officielle. Dans le Pays basque, la langue fournit un abri plus fort pour les croyances païennes et contre l'autorité de l'Église et le contrôle. Les sages-femmes et les herboristes jouèrent un rôle important, en plus de perpétuer un statut social et une sagesse populaire, qui fut aussi mal reçu par les autorités.

Source : Wikipedia (en)

 

Le procès de Zugarramurdi

 

En 1610 a eu lieu à Logroño un procès lors duquel l'Inquisition accusa de sorcellerie quarante habitants de Zugarramurdi et en condamna douze au bûcher. Les condamnations se basèrent pour la majeure partie des cas sur des témoignages empreints de superstition et peu fiables :

« Les 18 personnes restantes furent toutes réconciliées (pour avoir été toute leur vie de la secte des sorcières), bonnes confidentes et qu'avec des larmes elles avaient demandé miséricorde et qu'elles voulaient retrouver la foi des chrétiens. Ayant lu dans ces sentences des choses tellement horribles et effrayantes que personnes n'avait vu : il y avait tant de choses à raconter qu'il fallait toute une journée, depuis l'aube jusqu'à la nuit que les messieurs de l'inquisition furent mandatés pour rogner beaucoup de faits car ils ne pouvaient pas finir ce jour-là. Avec toutes ces personnes on usa de beaucoup de miséricorde, apportant beaucoup plus de considérations au repentir de leurs fautes qu'a la gravité des délits : Au moment où on commença à se confesser, aggravant les punitions à ceux qui le faisaient plus tardivement selon la rébellion que chacun avait tenu dans ses confessions. »

À la fin du procès, des hommes et des femmes ont été brûlés vifs, d'autres condamnés à l'exil perpétuel avec confiscation de leurs biens. On a même été jusqu'à brûler en effigie des personnes mortes en prison en attente du procès.

 

Sentence pour « délit de foi »

 

·        Miguel de Goiburu, 66 ans, Roi de l'Akelarre, Réconcilié en effigie

·        Graciana de Berrenechea, 80 / 90 ans, Reine de l'Akelarre, Réconciliée en effigie

·        Estevania de Navarcorena, plus de 80 ans, La seconde dans le rang, Réconciliée en effigie

·        Maria Pèrez de Barrenechea, 46 ans,  La 3ème dans le rang, Réconciliée en effigie

·        Juana deTelechea, 38  ans, Réconcilié et 1 an de prison

·        Maria de Jaureteguia, 22 ans, Réconciliée et 6 mois d'exil

·        Maria de Arburu, 70ans, Reine de l'Akelarre, succéda à Graciana, Réconciliée et prison perpétuité

·        Maria de Yriarte, 40 ans, Réconciliée en effigie

·        Estevania de Yriarte, 36 ans,   Réconciliée en effigie

·        Juanes de Goiburu, 37 ans, Tambour de l'Akelarre, Réconcilié et prison perpétuité

·        Juanes de Sansin, 20 ans, Atabalero de l'Akelarre, Réconcilié et prison perpétuité

·        Maria Prenosa, plus de 70 ans, Réconcilié et prison perpétuité

·        Maria Baztân de La Borda, 68 ans, Brûlée vive

·        Graciana Xarra, 66 ans, Brûlée vive

·        Maria de Echachute, 54 ans, Brûlée vive

·        Maria Chipia de Barrenechea, 52 ans, Réconciliée et prison perpétuité

·        Maria de Echegui, 40   ans, Réconciliée et prison perpétuité

·        Maria de Echalecu, 40 ans, Brûlée en effigie

·        Estevania de Petrisancena, 57 ans, Brûlée en effigie

·        Martin Vizcar, plus de 80 ans, Caudatario du démon, maire des enfants dans l'Akelarre, Réconcilié en effigie

·        Juanes de Echegui. 68 ans, Brûlé en effigie

·        Domingo de Subildegui, 50 ans, Brûlé vif

·        Fray (frère) Pedro de Arburu, 43 ans, Abjuration de Levi et 10 ans

·        Petri de Juangorena, 36 ans, Brûlé vif

·        Don Juan de la Borda y Arburu, 34 ans, Abjuration de Levi et 10 ans

·        Juanes de Odia y Berechea, 60 ans, Brûlé en effigie

·        Maria de Zozaya y Arramendi, 80 ans, Endoctrineuse de la secte des sorcières, Brûlée en effigie

·        Juanes de Lambert, 27 ans, Réconcilié et exil perpétuel

·        Mari Juanito, 60 ans, Réconcilié en effigie

·        Beltrana de la Fargua, 40 ans, Réconciliée et 6 mois de prison

·        Juanes de Yribarren, 40 ans, Bourreau de l'Akelarre, Réconcilié, 1 an et exil perpétuel

 

Types de sentences

Réconcilié

Personnes qui ont reconnu leurs actes de sorcellerie mais à qui on a laissé la vie sauve pour s'être « repenties » de ces actes ; mais condamnées à d'autres peines : prison, confiscation des biens, exil, etc.

Abjuration de Levi

Reniement du diable et conversion au christianisme avec communion.

Brûlé en effigie (autodafé)

Personnes déjà mortes en prison et pour lesquelles on a fait des effigies en carton-pâte les jours du procès.

 

On dit que le mot Akelarre (lande du bouc) vient du pré qui se trouve à côté d'une des petites cavernes de Zugarramurdi où se célébraient les réunions des sorcières. Les participants appelaient ainsi ce pré où paissait un bouc qui se transformait en une personne lorsque les sorcières s'y réunissaient. Il était en fait le diable.

 

Source : Wikipedia

 
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