Les procès de Sorciers et de Sorcières en France

 

Les Possessions d'Aix-en-Provence

Les possessions d'Aix-en-Provence sont une affaire d'hystérie collective qui se déroula en Provence au début du XVIIe siècle où elles furent qualifiées de séduction diabolique. Les acteurs en sont Louis Gaufridi, moine bénédictin de Saint-Victor de Marseille et curé des Accoules, ainsi que des religieuses ursulines d'Aix-en-Provence, dont les sœurs Madeleine de Demandolx de la Palud et Louise Capeau qui se déclarèrent ensorcelées par sa faute. En dépit de puissants soutiens, dont celui des archevêques d'Avignon et d'Aix-en-Provence, le prêtre fut décrété coupable, après avoir été convaincu de sorcellerie et de magie. Il fut brûlé vif sur la place de Prêcheurs, à Aix, le 30 avril 1611.

Louis-Jean-Baptiste Gaufridi, fils d'un berger du village de Beauvezer, près de Colmars,dans la haute vallée du Verdon, naquit en 1572. Son oncle Cristol Gaufridi, curé de Pourrières, le trouva fort vif d’esprit et avide de savoir. Il convainquit ses parents de le faire entrer dans les ordres. Il fut installé à Pourrières, dans le presbytère, où il apprit la lecture, l’écriture, un peu de latin, le rituel liturgique et l’administration des sacrements. C'est là qu'il découvrit un vieux traité de Kabbale qui devint un de ses sujets favori d’étude. À 18 ans, il partit à Arles poursuivre des études de théologie jusqu’à la prêtrise.

Il choisit de prendre la robe dans l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Ordonné prêtre il célébra sa première messe à Beauvezer. Il se fixa à Marseille en 1595. Desservant plusieurs paroisses, il devint curé des Accoules. Cette charge fort lucrative fut obtenue grâce à l’appui de la famille Demandolx de la Palud, originaire de Beauvezer. La règle des victorins s'étant très relâchée, il déserta son monastère pour loger en ville, où il se révéla être un homme fort enjoué, aimant la bonne chère et n'hésitant pas à pimenter les repas de ses saillies. Son enjouement plut aux Demandolx de la Palud dont il devint le familier.

Devenu le directeur spirituel de la mère et de ses trois filles, il fut chargé de l'éducation religieuse de la plus jeune, Madeleine, qu’il avait vu naître. Il lui fit faire sa première communion, puis influença sa famille pour qu'elle fut placée chez les Ursulines. Le curé s'enticha de Madeleine, qu'il suivit tout au long de son noviciat. Elle fit partie de ses filles spirituelles qui le rejoignaient chaque soir. Elles étaient censées entretenir avec leur confesseur des conversations édifiantes mais pas toujours innocentes.

Âgée de 17 ans, émotive et instable, elle fut plusieurs fois renvoyée chez ses parents pour dépression. Les signes de la présence de démons furent censés apparaître chez Madeleine au cours de l'année 1609. Cette rumeur parvint aux oreilles de Catherine de Gaumer, mère supérieure des Ursulines de Marseille. Elle en avertit la mère de Madeleine, et firent savoir au prêtre que ses assiduités devraient cesser immédiatement. Madeleine fut cloîtrée sous la surveillance directe de la mère Gaumer. Sur les insistances de sa supérieure, elle révéla l'histoire complète de ses relations avec Gaufridi. Afin de prévenir d'autres dommages et de stopper toute association avec le prêtre, la novice fut transférée au couvent d'Aix.

Tout un couvent ensorcelé

Le mal de Madeleine s'aggrava aux Ursulines d'Aix. Elle eut des visions, des crises au milieu des offices. Ses supérieures et le confesseur du couvent en recherchèrent les causes. Elle avoua alors qu'on lui avait ravi sa virginité et voué au diable.

Face à l'incrédulité de son entourage, Madeleine fut en proie de ce que l'on considéra comme une incontestable possession démoniaque, son corps devint tordu, et dans un accès de rage, elle détruisit un crucifix. Il fut prescrit un exorcisme pour faire sortir les démons de son corps. Le père J.-B. Bomillon, supérieur des prêtres de la Doctrine chrétienne, l'exorcisa pendant plus d'une année.

Non seulement les premières tentatives se révélèrent inopérantes, mais lors des suivantes la jeune fille affirma qu'un prêtre l'avait ensorcelée, qu'il était un adorateur du diable et qu'il avait copulé avec elle depuis qu'elle avait 17 ans.

L'ambiance était telle que trois autres religieuses se déclarèrent bientôt possédées par des démons, et à la fin de l'année, ce nombre passa à huit. Louise Capeau, née de parents hérétiques, fut considéré comme la plus possédée se laissant aller à des délires et des contorsions corporelles pires que ceux de Madeleine.

La situation au couvent des Ursulines devint telle, que Bomillon, complètement dépassé, conduisit Madeleine et Louise à la Sainte-Baume6. Sébastien Michaélis, Grand Inquisiteur et prieur de Saint-Maximin, prit l'affaire en mains aidés de l’inquisiteur Domptius, un exorciste flamand, et Billet. Les moines firent rapidement leur bilan : Madeleine était possédée d'une foule de démons sous la gouverne de Belzébuth et Astaroth, quant à Louise elle n'était possédée que par trois subalternes : Verrine, Sonneillon et Grésille.

Le 19 décembre 1610, un des démons de Louise, après avoir beuglé plusieurs fois, apostropha Madeleine en disant : « Louise est possédée, elle subit ce malheur pour toi. Louise est ton pleige (ta caution) ». Verrine, démon très loquace, appela Madeleine à faire pénitence puis il invectiva Gaufridi en l'accusant d'être un magicien ce qui surprit, car nul encore ne le soupçonnait.

Après que le démon Vérinne eut accusé Gaufridi d'être la cause de la possession de Madeleine, l'exorciste Domptius comptabilisa que 666 démons était en possession de son corps. Il somma Gaufridi de quitter sa paroisse pour exorciser. Louise Capeau, dès qu'elle le vit, l'accusa d'être un sorcier et un cannibale. Elle révéla qu'il avait séduit Madeleine, qu'il la conduisit dans une grotte sur les propriétés de son père, où elle ne trouva que des diables que Gaufridi appelait ses bons amis. Elle fut marquée à l'annulaire avec un poinçon, puis montée par l'un d'eux qui la déflora, dut signer des cédules et devint princesse du sabbat. Son séducteur, pour l'empêcher de s'échapper, lui souffla des charmes afin de renforcer sa possession.

Les inquisiteurs de la Sainte-Baume

Prenant trop à la légère cette dangereuse accusation, Gaufridi répliqua : « Si j'étais un sorcier, j'aurai certainement donné mon âme à un millier de diables ». Cette boutade, prise par les inquisiteurs comme un aveu de culpabilité, conduit immédiatement le prêtre en prison. Il fut mis dans une geôle située dans un souterrain derrière le maître-autel du couvent des dominicains et qui était dite « grotte de la Pénitence ».

Quatre dominicains furent chargés de la garder jour et nuit. Le 24 janvier 1611, les inquisiteurs ne pouvaient fermer l'œil, tous entendirent une musique infernale au-dessus des bois de la Sainte-Baume, le curé des Accoules ayant, selon eux, traîné ses démons derrière lui. Il y avait bien là plus de cent voix de femmes et d'enfants chantant à tue-tête : « Les sabbats se célébraient de plus belle, autour de la grotte surtout, parmi les fourrés et les rochers, par les sentiers et la montagne. C'était la nuit principalement. Dans les ténèbres montaient des voix d'hommes et de femmes, au-dessus de la Sainte-Baume, sans que l'on ne pût distinguer ce qu'ils disaient. On voyait plusieurs lumières en la plaine qui est au-dessous. Les lumières étaient comme des torches, ces hurlements et ces voix duraient environ deux heures ».

Tout ce grand vacarme provenait, affirmèrent les inquisiteurs, de la synagogue des sorciers qui faisaient leur sabbat. De plus, ils ne pouvaient se contenter de baisers, d'attouchements et autres privautés. Ils mirent le curé des Accoules à la question et lui firent avouer qu'il « lui mit la main sur la bouche et sur le front et puis où logeait sa virginité ». Et là lui souffla dessus pour qu'elle le désira, compléta le curé, expliquant qu'il provoquait un maléfice amatoire par son souffle. Il crut bon d'ajouter : « Elle me venoit chercher aux champs, à l'église et vouloit que je fusse trois jours chez son père. Aussi, l'ai-je cognüe comme je voulois ».

Quant à Verrine, il continuait à disserter par la bouche de Louise sur les dogmes du christianisme, et comme la possédée comprenait et parlait le latin, il remarqua ironiquement : « Les parents de Louise, qui étaient hérétiques, auront sans doute appris à leur fille, qui ne sait que depuis fort peu de temps son Confiteor, le latin des exorcismes ».

Les doutes sur la possession de Louise, considérée comme une fille ignorante et naïve, firent place à la certitude tant elle disait « de choses admirables dont ne saurait ici donner une idée ». Le père Billet, un des inquisiteurs, dans une lettre aux prêtres de la Doctrine, les engagea à venir rapidement pour entendre « des choses vraiment inouïes et si belles, qu'on les croirait difficilement si on ne les voyait. Venez donc, vous autres, me direz que je suis trop facile à croire, mais venez et verrez, je ne suis pas seul ; si je me suis trompé, il y en a bien d'autres, que je dois croire plus capables que moi ».

Toujours par la bouche de Louise, Verrine affirma que Gaufridi avait commis toutes les formes imaginables de perversion sexuelle. Les inquisiteurs ordonnèrent alors de fouiller dans sa maison pour trouver des livres magiques ou des objets l'incriminant. La fouille ne donna rien, mais l'enquête révéla que le curé dans sa paroisse était un homme fort bien considéré. Car beaucoup refusait de croire Gaufridi coupable, tant il jouissait d'une bonne réputation.

Nombre de personnes bien placées éprouvaient pour lui pitié et estime. Elles traitaient ouvertement les accusations dont il était l'objet « de fausseté, d'ineptie et de folie ». Il fut même proposé que toute cette affaire fût cassée lors d'un synode, après avoir été déclarée vaine et mensongère. L'inquisiteur Domptius fut même incarcéré pendant quelques heures et les soutiens de Gaufridi réussirent même à le faire élargir. Il fut libéré le 8 janvier 1611. Fort de ces appuis, Gaufridi demanda alors que son nom fut rayé du procès-verbal et que ses accusatrices fussent punies. Puis il s'en fut à Avignon solliciter Philippe Philonardi, le vice-légat, pour obtenir du pape Paul V la déclaration de son innocence. Ce qui lui fut refusée. Du coup Jacques Turricella, l'évêque de Marseille, chargea quatre chanoines de lui faire rejoindre une cellule.

Domptius, persuadé de la possession et de la magie de Gaufridi, fut convoqué par le théologal d'Étienne Dulci, l'archevêque d'Avignon et le vicaire général de Paul Hurault de L'Hôpital, l'archevêque d'Aix. Tous deux lui firent savoir que les archevêques n'étaient pas d'avis qu'on poursuivît l'accusé.

Le parlement de Provence se saisit de l'affaire

Le Grand Inquisiteur Michaélis restait déterminé à prouver sa culpabilité. Le 5 février 1611, il se rendit à Aix pour être reçu en audience par le premier président Guillaume du Vair du Parlement. Il lui fit le récit des évènements qui s'étaient déroulés depuis le 1er janvier. Il conclut que tout prouvait les filles étaient possédées et que Gaufridi en était le responsable.

Le Parlement de Provence se saisit de l'affaire et le 17 février, Madeleine fut présentée au président du Vair. Elle lui raconta ses déboires et, à sa demande, lui montra ses marques sataniques. Le 19, un conseiller fut chargé d'informer sur le crime de magie.

Le 20 février, Gaufridi fut mis au cachot et n'en sortit que pour aller en prison. Cette fois il fut incarcéré à Aix, dans le palais des comtes de Provence. Un nouveau charivari nocturne fut déclenché en cours de nuit par les hululements d'un chat-huant qui vola près de la prison et les aboiements des chiens qui lui répondirent.

À Aix, Madeleine fut livrée, encore une fois, aux mains des inquisiteurs qui cherchèrent à nouveau sur tout son corps les marques diaboliques. Puis, ils la menèrent à la Cathédrale Saint-Sauveur où elle fut dirigée au sous-sol vers l'ossuaire. Sébastien Michaélis, prétextant qu'il lui fallait connaître la contenance de ses démons mis en contact avec les saintes reliques, lui fit passer deux nuits au milieu des ossements. Le 24 février, Antoine Mérindol, un docteur en médecine, examina la religieuse et attesta qu'elle était possédée.

Les tortures qu'on lui fit subir, lors de ses interrogatoires, étaient telles qu'elles nécessitaient la présence de plusieurs hommes pour la contraindre. Le 26 février 1611, les inquisiteurs inquiets firent venir deux médecins et un chirurgien pour observer des réactions étranges dans la tête de Madeleine. Sa peau remuait sur son crâne à la façon de celle des grenouilles. Il fallut l'exorciser pour faire cesser cette réaction. Puis Madeleine se mit à faire ce qui fut qualifié de « mouvements deshonnêtes ». Les médecins ne purent les réprimer, quant à la religieuse, elle répondit que de son côté, « elle ne le pouvait en nulle façon ». Les hommes de l'art reconnurent que ces choses étaient vraiment surnaturelles. Le 27, ces professeurs de l'université d'Aix, à la demande de Michaélis, rédigèrent un rapport sur la défloration de Madeleine. Il y était aussi affirmé que des marques avaient été trouvées et que des épingles y pénétraient sans qu'elle les sentît.

Le 5 mars, Madeleine et Gaufridi furent confrontés. Elle l'apostropha en lui disant que : « Il y a quatre points principaux que vous ne pouvez nier. Premièrement vous m'avez déflorée chez mon père, puis vous m'avez conduite au sabbat, là vous m'avez fait marquer. Enfin vous avez envoyé des diables pour me posséder lorsque j'ai voulu entrer aux Ursulines ».

L'ancien curé des Accoules nia fermement en s'exclamant « Par Dieu le Père, par Dieu le Fils, la Vierge, saint Jean... ». Ce qui lui valut cette réplique : « Je connais ce jurement, par Dieu le Père, vous entendez Lucifer, par le Fils, Belzébuth, par le Saint-Esprit, Léviathan, par la Vierge, la mère de l'Antechrist, et par saint Jean, le précurseur de l'Antechrist. C'est le serment de la synagogue ».

Le soir du même jour, les médecins et chirurgiens dépouillèrent Gaufridi pour rechercher sur son corps des marques diaboliques. Après lui avoir bandé les yeux, ils le piquèrent en divers points et dressèrent leur procès-verbal. Quand il fut rendu public, il y était certifié qu'ils avaient repéré trois marques insensibles. Le prêtre fit observer que le démon pouvait marquer un innocent. Il fut soutenu par des jurisconsultes et des théologiens. Mais cette thèse fut battue en brèche par Michaélis qui tenait son coupable.

Dès l'ouverture du procès, Madeleine, tout en se balançant machinalement, dénonça Gaufridi comme un adorateur du diable et sorcier. Elle l'accusa aussi de cannibalisme puis, se tournant vers lui, le supplia de lui adresser un mot doux. Face à son mutisme, elle fit savoir que, tous les soirs, des sorciers venaient la frotter et l'enduire. Tout comme le faisait le curé des Accoules quand il l'amenait dans les garrigues de Marseilleveyre. C'est là qu'elle avait été « ointe, baptisée, du baptême des sorciers, marquée aux reins, au cœur, sur la tête » puis le prêtre lui avait fait signer une cédule avec son sang. Le curé lui donna alors Asmodée, un démon, chargé de « l'assister, la servir et la conserver et pour de plus fort l'eschaufer en amour ». Après que les juges eurent trouvé sur son corps la marque du Diable, par deux fois, elle tenta de se suicider en se jetant par la fenêtre, puis en se frappant de coups de couteau.

Gaufridi fut amené dans le prétoire, après avoir subi des tortures lors de son séjour en prison. Un pacte avec le Diable fut produit en justice, prétendument signé par le propre sang du prêtre. Et il lui fut reproché d'avoir voulu se confesser, le 11 mars, tout en étant fort peu contrit.

Quand Madeleine fut questionnée sur le sabbat, elle déclara : « qu'il se tenait tous les jours depuis sa conversion ; avant, c'était seulement trois fois dans la semaine, de onze heures du soir à trois heures du matin ». Pressée d'entrer dans les détails, elle raconta comment elle s'y rendait par les airs, les gens qu'elle y rencontrait, en particulier ceux chargés de tuer ou de déterrés les enfants morts. Puis elle s'appesantit sur les fonctions de son amant, prince de la synagogue et lieutenant de Lucifer.

Gaufridi, à son tour, avoua aussi avoir participé au Sabbat en compagnie de sorcières. Les inquisiteurs le contraignirent à l'écrire. Il y indiqua notamment qu'il avait participé aux synagogues des sorciers deux fois à la Baume Roland, près de Marseille, trois fois à la Baume Loubière, à Château-Gombert et une fois à la Sainte-Baume.

Il fut même produit un aveu signé de sa main disant qu'il avait célébré une messe noire, afin d'asseoir sa possession sur les femmes : « Plus d'un millier de personnes ont été empoisonnées par l'irrésistible attrait de mon souffle qui les remplit de passion. La Dame de la Palud, la mère de Madeleine, a été fasciné comme tant d'autres. Mais Madeleine a été prise avec un amour irraisonnée et se livra à moi à la fois dans le sabbat et l'extérieur du sabbat ... J'ai été marqué lors du sabbat de mon plein gré et j'ai fait marqué Madeleine sur sa tête, sur son ventre, sur ses jambes, sur ses cuisses, sur ses pieds ». Après une telle description, même extorquée sous la torture, pour le Parlement d'Aix-en-Provence il n'y avait plus à tergiverser.

Le 26, il revint sur ses aveux en affirmant devant tous les Parlementaires qu'il se donnerait à tous les diables s'il n'était pas innocent. La rétractation des aveux, aux yeux de la cour était inutile, la confession signée et le pacte d'allégeance étaient des preuves suffisantes pour condamner le prêtre à être brûlé comme coupable de magie, sorcellerie, impiété, et abominable luxure.

Le 1er avril, jour du vendredi saint, le prêtre touché de la grâce se repentit, selon Michaélis. Il lui avait imposé, durant tout le carême, la présence de deux capucins qui l'avaient exhorté à reconnaître ses crimes. Il céda en disant : « Le démon m'accuse du crime de magie, c'est vrai, car je suis magicien ».

Le 22 avril, Gaufridi fut présenté à Joseph Pelicot, prévôt de la cathédrale d'Aix et vicaire général, ainsi qu'à plusieurs exorcistes. Ils lui imposèrent un ultime exorcisme pour chasser Belzébuth de son corps et sauver son âme. Ils se retirèrent satisfait expliquant avoir accompli leur mission. Gaufridi parut alors devant l'archevêque en compagnie de Louise, toujours habitée par ses démons. Il abjura solennellement et demanda pardon à Madeleine. À la demande du prélat, il s'engagea à coucher par écrit ses aveux.

Condamnation au bûcher

Après que la sentence de mort eut été proclamée, les inquisiteurs le mirent à nouveau à la question ordinaire et extraordinaire pour tenter d'obtenir les noms de ses complices. Le 30 avril 1611, eut lieu l'exécution de l'arrêt du Parlement de Provence. L'évêque de Marseille se chargea préalablement de le dégrader, puis après avoir officiellement demandé pardon à Dieu, Gaufridi, tête et pieds nus, une corde autour du cou, fut livré à ses bourreaux pour être exécuté. Escorté par des archers, il fut traîné dans les rues d'Aix pendant cinq heures avant d'arriver sur la place des Pêcheurs, le lieu d'exécution. Il lui fut accordé la grâce d'être étranglé au moment où il montait sur le bûcher.

Cette affaire a donné lieu à une aventure grandguignolesque. Un des greffiers de l'instruction, Antoine de Thoron rapporte : « Or, il arriva, pendant qu'on travaillait à visite du procès, une histoire plaisante. Plusieurs témoins de l'information avoient déposé que Gaufridi se transportoit au sabbat, après s'être frotté d'une certaine huile magique, et qu'il revenoit ensuite dans sa chambre par le tuyau de la cheminée. Dans le temps qu'on lisoit ces dépositions, on entendit un grand bruit dans la cheminée, et à l'instant tous les juges en virent sortir un grand homme noir qui secouoit sa tête. Les juges s'enfuirent presque tous. Pour moi, qui restoi au bureau, je lui demandoi qui il étoit, et il me répondit fort effrayé, qu'il étoit un ramoneur qui, après avoir ramoné la cheminée de MM. des comptes, dont le tuyau joignoit celle de la chambre Tournelle, s'étoit mépris en descendant, et avoit passé par la cheminée du parlement ».

La bravoure de Thoron a été tempérée par d'autres témoignages qui indiquent que c'est sa robe de magistrat coincée qui l'empêcha de s'enfuir. Mort de peur, il implora le ciel et se signa maintes fois avant de pouvoir converser avec le ramoneur.

Aussitôt après la mort du magicien, Marguerite de Burlefut, une autre ursuline, se déclara délivrée de ses démons. Les jours suivants, ce fut le tour des autres possédées qui se considérèrent comme guéries. Chez Louise, Sonneillon et de Gresille disparurent seul resta Verrine. La mort de son amant priva Madeleine Demandolx de la Palud de la vue et de l'ouïe. Elle refusa même de s'alimenter. Mais le jour de la Pentecôte, Asmodée la quitta et elle se rétablit. Le jour de Pâques ses marques diaboliques disparurent. Seul resta en elle Belzébuth par permission divine.

Madeleine et Louise Capeau furent exclues du couvent, mais la maîtresse du curé des Accoules resta sous la surveillance de l'Inquisition. Madeleine fut exilée loin de Marseille et assignée à résidence à Châteauvieux, près de Castellane. Elle y vécut d'abord comme une sainte. Mais pourtant des décennies après le supplice de Gaufridi, elle fut à nouveau accusée de sorcellerie en 1642 puis en 1652. Elle se défendit énergiquement, mais au cours de son second procès, sur son corps fut à nouveau trouvée la marque du Diable ce qui lui valut d'être condamnée à la prison perpétuelle. À un âge avancé, elle fut libérée, confiée à la garde d'un parent et mourut à Châteauvieux en 1670 à l'âge de 77 ans.

Après avoir été supplicié, les cendres du curé des Accoules avaient été jetées au vent. Ce fut une « semence admirable » puisque la folie des ursulines d'Aix fut contagieuse et gagna nombre de couvents de filles en Provence. Les nonnes s'y livrèrent à d'étranges convulsions jurant qu'elles étaient pleines de diables. Quelques bûchers eurent raison de ce déferlement d'érotisme conventuel dont celui des sorcières de Cassis en 1614.

Source : Wikipedia 

 

Procès d’Anne Bertrand à Villiers-Ste-Gertrude

Nous sommes le 23 octobre 1586, Jehenne, dit la châtelaine, veuve d’Henri Mosseit, fait sa confession devant la cour de Filot. Elle affirme avoir vu aux danses nocturnes avec les diables à Werbomont, Anne Bertrand D'izier, teinturière de toile.

Le 6 novembre 1586, Henri de Harre, mayeur et les échevins Emile Bredar de Fermine, Gérard Sarter, Guillaume Houver, Hubert Lecharlier, Lambert Pasquier, Emile de Harson, Jean Lebros et Emile Sarter lancent contre Anne Bertrand, un mandat d'arrêt appuyé sur l'accusation de la châtelaine, brûlée vive comme vaudoise.

Le lendemain, ses biens sont saisis par la cour d'Izier : une vache et une génisse valant 35 florins l'une comme l'autre, deux chèvres ou gaddes, qui furent mises en mains de Jean le Brasseur pour en rendre compte après. Son mobilier consiste en un grand chaudron d'airain noir pour la teinture avec huit autres plus petits; sept plats et sept écuelles d'étain pesant sept livres ; cinq cuillères d'airain et quatre d'étain; trois couvercles de pots, un d'étain et deux de fer; un frasseux d'airain ; un chandelier; deux petites anses de pots ; des fers à gaufres et un heugnet (bague) de femme, de petite valeur. On a trouvé aussi chez elle, seize pièces d'asse ou de filez avec une pièce de tortaine (deux aunes et demi) qu'on disait appartenir à plusieurs particuliers qui les lui avaient remises pour les faire teindre. Enfin, on saisit douze stiers d'avoine sans passer le zaig, trois paires de linceul dans un écrin avec deux cotillons noirs, quatre serviettes, deux nappes, deux ticques d'oreiller, un cheffesar de plumes et un oreiller, un corselet de femme, un coverton de lit, une paire de manchettes rouges, objets qu'Anne avait cachés dans la maison de feu Englebert de My. Toutes ces pièces, enfermées dans l'écrin ou malle, sont confiées à Jean le Brasseur.

Des témoins déposent et Guillaume Sarter, greffier de la Cour d'Izier, consigne au registre.

Elle est accusée d'avoir fait mourir l'enfant de Jacques Adam, d'avoir été la cause de la perte de bœufs, vaches, veaux, cochons chez Jean Polet, d'avoir voulu empoisonner Marguerite le Corbisier, laquelle fut guérie en mangeant du pain venant de la dite sorcière. Catherine Le Charlier l'accuse d'avoir rendu sa fille malade.

Anne se défend d'être sorcière et macralle.

Le 19 novembre, arrive une lettre de la Cour de Hamoir, disant que deux sorcières, condamnées par celle-ci à la peine du feu, ont déclaré qu'Anne Bertrand était leur complice.

La Cour ordonne la torture de « la pesanteur du corps » (suspendue par les bras).

Les 2 et 15 décembre, nouvelles comparutions devant Guillaume Bredar mayeur, remplaçant le Seigneur Evrard Sarter.

La pauvre femme torturée avoue avoir promis obéissance au diable, avoir renié Dieu, avoir planté la nuit, près de Filot, des bâtons oints de vert onguent que le diable lui avait donnés pour faire périr les fruits de la terre.

Le 18 décembre, elle est contente de mourir, comme la justice en ordonnera - la suite est toujours la même : « Condamnée à estre estranglée et son corps publiquement bruslé pour l'exemple des autres ».

Que s'est-il passé à Izier à cette époque ? Une malédiction était-elle sur la famille Bertrand ?

Toujours est-il que la Justice d'Izier ouvre une action contre Maroie Bertrand, le 13 octobre 1605.

Maroie est accusée par la voix publique « d'estre sorcière et d'avoir faict malades et mourir gens et bêtes ».

La justice veut savoir « de quelle manière, elle avec Jean de Paradis, avaient confecté la pouldre jectée en aire à l'intention de nuire aux fruicts de la terre... Si la prisonnière at eu la réputation de s'avoir mal gouverné avec Dony de Ville...et comment iceluy disait se nommer..».

Maroie, entre autres réponses, dit que le Malin venait chez elle sous la forme du dit Dony...!

Après la déposition des témoins, Jacques Adam, Martin Le Charlier, etc... La pauvre Maroie Bertrand a été « estranglée à une estache de bois par le maître des haultes oeuvres et son corps bruslé en cendres au lieu accoutumé le 7 janvier 1606 ». Présents, le prévôt et les échevins, excepté Playe.

Source : http://users.skynet.be/maevrard/sorcieresvillers.html  

 

Affaire de Bournel

Au cours de l'année 1824, la haine s'installe entre deux familles de la commune de Bournel.

Les protagonistes

  • Anne Duval, veuve Chauffour, vieille femme décrite comme laide et pauvre, soupçonnée par ses voisins de se livrer à la sorcellerie, habite au lieu-dit Campiac dans la commune de Bournel.
  • Delphine Benet, épouse de Jean Froment, dite Barbançonne mère, vit avec son mari à une centaine de mètres de chez Anne Duval. Elle souffre de paralysie et soupçonne Anne Duval de lui avoir jeté un sort.
  • Anne Froment, veuve de Pierre Petit, fille des précédents, dite Barbançonne fille. Elle vient de perdre quasiment coup sur coup son mari et son fils.
  • Marie Benet, veuve Lespinasse, dite Coustounne mère. Elle est la voisine des précédentes.
  • Marie Lespinnasse, épouse Tounadre, dite Coustounne fille. Elle habite dans la commune de Sainte-Sabine, en Dordogne. Elle se plaint de douleurs internes violentes et accuse Anne Duval d'en être la cause.

L'affaire

Le 12 décembre 1824, vers onze heures du matin, Anne Froment et Marie Benet se rendent chez Ménotte Lavigne, pour lui demander où se trouve Anne Duval. Elle est partie. Marie Benet décide d'attendre Anne Duval chez Lavigne. Pendant ce temps, Anne Froment monte la garde sur la route. Vers une heure de l'après-midi, Anne Froment crie pour signaler l'arrivée d'Anne Duval. Marie Benet et Anne Froment entraînent Anne Duval par la force, cette dernière se débat et crie "Au secours !".

Pour la faire taire, ses deux agresseurs lui donnent des coups de bâton sur la tête et sur le reste du corps, tout en la traitant de vieille sorcière. Elles arrivent à la maison des Froment. Delphine Benet et Marie Lespinasse tourmentent, à leur tour, Anne Duval. Jean Froment se tient hors de la maison pour faire le guet. Les quatre femmes essaient d'obliger Anne Duval à annuler les mauvais sorts dont elles estiment être victimes. Anne Duval se défend de pouvoir le faire. Elle est rouée de coups. On lui attache les mains et on lui met les jambes dans le feu. Elle est grièvement brûlée. Les quatre tortionnaires finissent par se lasser et relâchent Anne Duval, vers trois heures de l'après-midi. Plusieurs témoins la voient rentrer chez elle dans un triste état.

L'action de la justice

Le 13 décembre, Marie Chauffour, fille d'Anne Duval, se présente en larmes à la mairie de Bournel. Dellan, le maire, la reçoit et se rend sur place. Il découvre Anne Duval alitée. Elle porte de nombreuses meurtrissures sur le visage et de graves brûlures aux cuisses.

Il s'indigne et recueille le témoignage de la victime ainsi que celui de plusieurs autres personnes. Le jour même, il écrit au sous-préfet de Villeneuve-sur-Lot pour lui faire part de l'affaire. Le 28 décembre, les gendarmes se livrent aux premières investigations.

Le 2 janvier 1825, une deuxième enquête de gendarmerie est diligentée par la sous-préfecture. Anne Duval est toujours au lit. Plusieurs témoins sont interrogés. Le 8 janvier, le sous-préfet rapporte l'affaire au préfet de Lot-et-Garonne. Delphine Benet et Anne Froment sont mises en prison, à Villeneuve-sur-Lot. Marie Benet et Marie Lespinasse sont en fuite.

Au mois de juin, se déroule le procès en assise des quatre criminelles. Seulement trois d'entre-elles sont présentes. Marie Benet est toujours en fuite. Les plaidoiries des avocats expliquent le geste de leurs clientes par l'ignorance ou la folie passagère. Les deux avocats rejettent la responsabilité du drame sur Marie Benet, absente des débats.

Marie Lespinasse est acquittée. Delphine Benet et Anne Froment sont condamnées à 5 ans de réclusion.

Source : http://www.cg47.org/archives/service-educatif/FilduTemps/sorcellerie/exploiter-texte.htm

 

L’affaire Jeanne de Brigue

Premier procès en sorcellerie en France

Le 29 octobre 1390, au Châtelet à Paris, s'ouvre le premier procès en sorcellerie de France. Sur le banc des accusés, Jeanne de Brigue, dite la Cordière, puis viendra une seconde femme nommée Macète. Jeanne de Brigue, paysanne sans fortune, avait, dans les villages de Brie, la réputation d'avoir un don pour retrouver les objets perdus, d'indiquer les voleurs de ceux qui avaient été dérobés, de guérir les malades et, au besoin, de rendre malades ceux qui se portent bien.

A Villeneuve-Saint-Denis, dans une hôtellerie, elle avait fait retrouver une tasse en argent. L'hôtelier accusait sa femme d'avoir soustrait cette tasse pour la donner à quelqu'un de ses galants. Jeanne fit connaître la voleuse — c'était une chambrière du voisinage — et le lieu où la tasse était cachée : on la retrouva en effet en ce lieu.

A Guérart, on avait dérobé une forte somme d'argent au curé, ainsi qu'une croix à son église. Le curé demande les services de Jeanne qui prétendit qu'un notaire de Meaux avait reçu seize francs pour étouffer l'affaire. Quelque temps après, la croix fut rapportée.

L'autorité ecclésiastique commença à s'inquiéter des succès de "la Cordière". Elle fut alors arrêtée et enfermée dans la prison de l'évêque de Meaux pendant une année. Après l'avoir fait comparaître devant lui et défendu de continuer ses pratiques de divination, l'évêque la fit remettre en liberté.

A Guérart, Hennequin de Ruilly semble avoir été un personnage assez important. Il avait rencontré Macette et decida de l'épouser. Ce mariage fut célébré à Paris, dans l'église Saint Pierre-aux-Boeufs. Mais ce mariage ne fut pas très heureux : Macette avait des tendances à l'infidélité tandis qu'Hennequin la battait. Quatre ou cinq ans après leur mariage, Hennequin tomba gravement malade.

Lucette, mère d'Hennequin, partit alors chercher Jeanne de Brigue pour lui demander de venir voir son fils et, par ses connaissances "spéciales", de lui rendre la santé, ce que "la Cordière" accepta de faire.

Mais Jeanne allait rencontrer chez Hennequin quelqu'un aussi occupé qu'elle par les sortilèges et les enchantements : Macette. Les deux femmes s'entretinrent à part et Macette informa Jeanne de ce qui se passait. Mais elle lui demanda, si Hennequin lui demandait les causes de sa maladie, de dire qu'il avait été envoûté par Gilette la Verrière, une précédente relation de son mari de laquelle il y avait déjà eu deux enfants.

Dans une seconde visite, Jeanne apprit comme Macette avait envoûté son mari : dans une petite poêle, de forme ronde, elle avait mis de la cire vierge et de la poix mélangées. Lorsqu'elle voulait que son mari se sente mal, elle plaçait la poêle sur le feu, remuait la cire et la poix avec une cuiller et aussitôt Hennequin se sentait le corps entier comme traversé d'une foule d'aiguilles.

Mais ce n'était pas tout : elle avait dans sa chambre, dans un pot de terre, un ou deux crapauds qu'elle nourrissait de lait de femme ; le jour où elle voudrait que l'état de son mari se ternisse, elle n'aurait, à l'aide d'une longue pointe, qu'à piquer ces animaux et la chair d'Hennequin ressentirait toutes les douleurs qu'elle aurait infligées aux crapauds.

C'est pendant son adolescence que Macette disait avoir été initiée à la sorcellerie. Elle avait appelé par trois fois le diable pour lui demander de mettre son mari dans un tel état qu'il ne pourrait plus la battre. Pendant qu'elle appelait le diable, elle tenait dans ses mains la cire vierge et la poix, sur lesquelles elle avait récité trois fois l'Evangile de saint Jean, trois fois le Pater et trois fois l'Ave Maria

Elle avait ensuite fait le mélange de la cire et de la poix, appelé de nouveau Lucifer à son aide et redit trois fois l'Évangile, le Pater et l'Ave. Alors, elle avait façonné le mélange en forme de visage humain, tracé à la surface trois croix à l'aide de la pointe d'un couteau, avait mis le visage avec de l'eau dans la poêle et l'avait fait chauffer, le piquant parfois de son couteau, tout cela mélangé d'invocations et de prières. Chaque fois qu'elle voulait mettre à mal son mari, il fallait qu'elle recommençât toutes ces cérémonies.

Quant aux crapauds, elle les avait cherchés dans son jardin, un jour que les piqûres dans le visage de cire avaient été impuissantes à l'empêcher d'être battue... Toujours avec des invocations au diable et des prières, s'étant recouvert la main d'un gant, elle avait saisi les crapauds par le pied, les avait introduits chacun dans un pot, avait placé une tuile sur chaque pot et les avait installés dans sa chambre, au pied du lit conjugal. Par les nourrices du village, elle avait du lait de femme ; le mêlant à du lait de vache et à de la mie de pain, elle faisait vivre de la sorte les deux animaux.

A plusieurs reprises et à plusieurs jours différents, Macette et Jeanne firent ensemble l'expérience de la cire et de la poix. Soit qu'elle craignît les suites de toute cette aventure, soit qu'elle prît au sérieux la mission qui lui avait été confiée de guérir Hennequin, Jeanne conseilla à Macette de renoncer à ses enchantements, ce que Macette fit en détruisant le visage de cire et jeté les crapauds.

Alors qu'Hennequin commençait à se sentir mieux, Jeanne s'émerveilla de la puissance de Macette. Dans une relation de confiance analogue, Jeanne avoua à Macette qu'elle avait plusieurs enfants d'un homme qui refusait absolument de l'épouser. Macette n'avait pas seulement le moyen de rendre les gens malades : elle savait les décider au mariage, également par la poix, la cire et les crapauds.

"Puisque tu aimes tant ton ami, répondit Macette, je t'apprendrai et te montrerai la manière comment, avant qu'il soit quinze jours, qu'il le veuille ou non, il t'épousera". Pour cela, il fallait que Jeanne fasse fondre de la cire dans une poêle et, quand son ami dormirait, lui en frotter doucement entre les épaules. Cette opération était à répéter pendant neuf jours.

Si, après ces neuf jours, elle n'était pas épousée, Macette lui fournirait un crapaud : elle piquerait ce crapaud, recueillerait son venin, mettrait ce venin dans la poêle et le ferait frire avec la cire et la poix ; elle ferait enfin discrètement manger le mélange à son ami.

Mais Jeanne n'eut pas le temps de tester ce sortilège. Deux nuits après avoir commencé à répandre de la cire entre les épaules de son ami, la guérison d'Hennequin avait attiré l'attention. "La Cordière" fut arrêtée et conduite à la prison du Châtelet. Le premier interrogatoire de Jeanne de Brigue a lieu le 29 octobre 1390.

Le procès est long. Jeanne, par le serment qu'elle a prêté, ne trahit pas Macette. Tout ce qu'on lui reproche, des objets retrouvés à la guerison d'Hennequin, elle prétent l'avoir fait avec l'aide d'un diable, appelé Haussibut qui, à son appel et moyennant diverses cérémonies, se met à son service. Sa marraine lui a appris, dit-elle, à évoquer ce personnage de l'autre monde.

Le 9 février 1391, Jeanne de Brigue est condamnée à périr par le feu. Mais les juges ne se contentent pas de l'histoire d'Haussibut. Après avoir soumis Jeanne à la question, ils réussissent à obtenir le nom de Macette.

Le premier interrogatoire de Macette a lieu le 4 août 1391. Celle-ci réfute alors toutes les accusations qu'on lui porte et affirme n'avoir jamais fait la moindre invocation ou n'avoir jamais ensorcelé son mari. Soumise elle aussi à la question, elle avoue tout. Le 5 août, elle est condamnée à mort dans les mêmes conditions que Jeanne.

Jeanne et Macette sont conduites le 19 août 1391 de la prison du Châtelet aux Halles, la tête couverte d'une mitre, où elles sont mises au pilori. Puis on les conduit au marché aux pourceaux (aujourd'hui disparu, mais proche des rues Saint-Honoré, Saint-Roch et des Petits-Champs) pour être brûlées vives. Pendant près de trois siècles, la conclusion de ce procès fait jurisprudence auprès des tribunaux pour les affaires de sorcellerie.

Comme Jeanne de Brigue allait être brûlée, elle ajouta cette dernière confession : pendant la durée de son emprisonnement au Châtelet, une tasse d'argent fut volée au geôlier. Connaissant pourquoi elle avait été arrêtée, tout le monde s'adressa aussitôt à elle pour la retrouver. Voyant cela, le voleur, un petit valet de la geôle, vint la supplier de ne pas révéler son méfait dont, pensait-il, elle le savait assurément l'auteur, grâce à sa science de toutes choses...

Source : http://www.forum.roi-president.com/topic2180.html

  

Les Possessions de Loudun

Les Possessions de Loudun eurent lieu en 1634. Ce cas impliqua une communauté de nonnes ursulines qui furent visitées et possédées par des démons. Quand les démons furent exorcisés, ils prirent possession de l'exorciste, le Père Jean-Joseph Surin, qui fit une tentative de suicide. L'esprit fut identifié comme un ecclésiastique, le Père Urbain Grandier, qui était en conflit avec la hiérarchie cléricale locale ; Urbain Grandier fut reconnu coupable des crimes de sorcellerie, des mauvais sorts et des possessions sur les nonnes, basés sur les témoignages des nonnes possédées qui, jusqu'aux possessions d’Aix-en-Provence en 1611, n'étaient pas considérés comme preuve valable.

Histoire

Dans la nuit du 21 septembre 1632 dans un couvent d'Ursulines à Loudun, la supérieure mère Jeanne des Anges, la sous-prieure sœur de Colombiers et la sœur Marthe de Sainte Monique reconnaissent la voix et aperçoivent l'ombre du prieur Moussaut, leur confesseur mort quelques mois plus tôt. Les nuits suivantes, les autres religieuses du couvent affirment voir le même fantôme puis le 7 octobre, elles affirment reconnaître dans ce fantôme le curé de la ville Urbain Grandier qu'elles accusent de les avoir ensorcelées.

Premiers procès et conspiration

Urbain Grandier fut nommé prêtre de paroisse de St-Pierre-du-Marche à Loudun, une ville près de Poitiers en 1617. Urbain Grandier était considéré comme un très bel homme, riche et instruit. Cette combinaison fit du prêtre la cible de l'attention des filles de Loudun, dont Philippa Trincant, la fille du notaire du roi de Loudun. La population de Loudun croyait que l'enfant de Philippa Trincant avait pour père Urbain Grandier. En plus de Philippa Trincant, Urbain Grandier faisait ouvertement la cour à Madeline de Brou, la fille du conseiller du roi de Loudun ; c’est sans doute pour cela qu'il écrivit un traité contre le célibat de prêtres. Par ailleurs ce dernier avait publié un pamphlet violent contre Richelieu. En outre, il s'opposait fermement à la destruction des murailles de la ville. En effet, la ville abritait un grand nombre de protestants. Henri IV leur avait permis d'avoir des places fortifiées, mais les murailles de certaines de ces villes furent détruites. Richelieu à l'époque faisait construire sa ville, toute proche. La tolérance d'Urbain Grandier envers les protestants et ses critiques jouèrent en sa défaveur. Enfin, la ville de Loudun fut frappée par une épidémie de peste début 1632.

Urbain Grandier était aussi un homme très bien introduit dans les cercles politiques. Quand il fut arrêté et reconnu coupable d'immoralité le 2 juin 1630, ce fut ces relations qui le rétablirent dans ces pleins devoirs cléricaux la même année. Le président du procès était Chasteigner de La Roche Posay, l'Évêque de Poitiers, un homme que l'on connaissait pour ne pas aimer Urbain Grandier et désirant le voir quitter la paroisse.

Deux histoires existent sur ce qui est arrivé par la ensuite :

- L'Évêque de Poitiers se rapprocha du Père Mignon, le confesseur des nonnes et un plan fut établi pour persuader quelques-unes des sœurs de simuler la possession et d’accuser Urbain Grandier, ou

- La Mère Supérieure Jeanne des Anges se rapprocha du Père Mignon pour l'aider.

Selon la première histoire, le Père Mignon persuada aisément la Mère Supérieure Jeanne des Anges et une autre nonne de se soumettre. Elles prétendraient que le Père Urbain Grandier les avait ensorcelées, tombant malades et souffrant de convulsions, retenant souvent leur souffle et parlant dans des langues inconnues d’elles.

La deuxième histoire prétend que la Mère Supérieure Jeanne des Anges faisait des rêves illicites sur le Père Urbain Grandier, qui lui apparaissait comme un ange radieux. Il l’incitait alors à des actes sexuels, provoquant de forts délires pendant la nuit. La Mère Supérieure Jeanne des Anges subit la flagellation et fit pénitence pour ces perturbations nocturnes, ce qui n’apporta aucune amélioration et bientôt il y eut d'autres nonnes qui furent hantées par des hallucinations et des rêves de mauvais goût. C'est alors, que la Mère Jeanne Supérieure des Anges appela le Père Mignon pour entendre sa confession et purger le couvent des démons.

Le Père Mignon et son aide, le Père Pierre Barre, virent là une occasion de se débarrasser d’Urbain Grandier.

Les Pères Mignons et Barre continuèrent à exécuter des exorcismes sur les nonnes possédées. Plusieurs d’entre elles, y compris la Mère Supérieure Jeanne des Anges, souffrirent de convulsions violentes pendant la procédure, criant et faisant des mouvements sexuels vers les prêtres. Suivant l’exemple de la Mère Supérieure Jeanne des Anges, beaucoup de nonnes avouèrent des rêves illicites. Les accusatrices aboyaient soudainement, criaient, injuriaient et tordaient leurs corps. Pendant les exorcismes, la Mère Supérieure Jeanne des Anges jura que deux démons la possédaient et les autres nonnes nommèrent Asmodeus et Zabulon. Ces démons auraient été envoyés aux nonnes quand le Père Urbain Grandier jeta un bouquet de roses sur les murs de couvent.

Ayant comprit le danger, le Père Urbain Grandier supplia le bailli de Loudun d’isoler les nonnes ; les ordres du bailli furent ignorés et les exorcismes et les dénonciations continuèrent. Désespéré, Urbain Grandier écrivit à l'Archevêque de Bordeaux, qui envoya son docteur personnel pour examiner les nonnes. Aucune preuve de vraie possession ne fut trouvée et l'Archevêque ordonna aux exorcistes de cesser le 21 mars 1633. On isola les nonnes dans leurs cellules.

N’étant pas parvenus à faire tomber Urbain Grandier, ses détracteurs continuèrent leurs efforts. Un d'entre eux fut Jean de Laubardemont, un parent de Jeanne des Anges et favori du puissant Cardinal de Richelieu. Laubardemont et le moine capucin Tranquille informèrent le Cardinal que les exorcismes avaient échoué et ajoutèrent une nouvelle preuve contre Urbain Grandier en fournissant une copie d'une satire diffamatoire qu’Urbain Grandier avait écrit sur le Cardinal de Richelieu. Conscient qu'une de ses parentes, la Sœur Claire, était dans le couvent Loudun, Richelieu organisa une Commission Royale pour arrêter et examiner Urbain Grandier comme un sorcier. Laubardemont fut nommé chef de cette commission.

Exorcismes publics à Loudun

Quand des exorcismes reprirent à Loudun, ils furent menés par le Père capucin Tranquille expert en exorcisme, le Père franciscain Lactance et le Père Jésuite Jean-Joseph Surin et furent tenus publiquement ; jusqu'à 7000 spectateurs les suivirent. Les prêtres employèrent des commandes spectaculaires, des menaces et des rituels tant pour diriger que pour encourager les nonnes dans leurs accusations contre Urbain Grandier.

Ajoutées à l'hystérie incitée par les exorcismes publics, il y eut les histoires racontées par deux nonnes et d’anciennes maîtresses du Père Urbain Grandier. Les témoignages faits contre lui étaient manifestement sexuels et montraient des preuves physiques visibles. Parce qu'elles étaient publiques et spectaculaires, les citoyens de Loudun et des secteurs environnants se retournèrent contre Urbain Grandier.

En plus des rêves que Jeanne des Anges et d'autres nonnes avaient repprochés, Jeanne des Anges ajouté un troisième démon au tableau de démons affligeant les nonnes : Isacarron, le diable du dérèglement des mœurs. Après la reconnaissance de ce troisième démon, Jeanne des Anges eut une grossesse psychosomatique. En tout, Jeanne des Anges et les autres nonnes avouèrent être possédées par une multitude de démons : Asmodeus, Zabulon, Isacaaron, Astaroth, Gresil, Amand, Leviatom, Behemot, Beherie, Easas, Celsus, Acaos, Cedon, Alex, Naphthalim, Cham, Ureil et Achas.

Dans un effort de purifier son nom, le Père Urbain Grandier exécuta un exorcisme sur les nonnes lui-même. Il leur parlé en grec, évaluant leur connaissance de langues précédemment inconnues (un signe sûr de possession). Les nonnes avaient été entraînées et répondirent que les démons leur avaient ordonné dans leur pacte de ne jamais utiliser le grec.

Dans un autre exorcisme, exécuté par le Père Gault, le prêtre obtint une promesse du démon Asmodeus pour quitter une des nonnes qu'il possédait. Plus tard, un pacte diabolique prétendument écrit entre le Diable et Urbain Grandier fut présenté à la cour. Ce pacte, volé dans le cabinet de Lucifer par Asmodeus lui-même, était signé par le sang d’Urbain Grandier et de démons divers. Asmodeus avait apparemment rédigé la même promesse qu'il avait donnée au Père Gault sur ce pacte :

Je promets qu'en quittant cette créature, je ferai une fente au-dessous de son cœur de la taille d’une épingle, que cette fente percera sa chemise, son corsage et le tissu qui sera ensanglanté. Et demain samedi, le vingt mai à cinq heures de l'après-midi, je promets que les démons Gresil et Amand feront une entaille de la même manière, mais un peu plus petite - et j'approuve les promesses faites par Leviatam, Behemot, Beherie avec leurs compagnons pour signer en quittant le registre de l'église de Te Croix ! Étant donné le dix-neuf mai 1629.

Des historiens postérieurs prouveront que cette note fut écrite des mains de Jeanne des d'Anges.

Torture à Loudun

Le 7 décembre 1633, le Père Urbain Grandier fut enfermé à la prison du Château de Colères. Son corps fut rasé et une recherche, couronnée de succès, des marques du diable fut faite par des inquisiteurs. Les protestations du docteur Fourneau, le médecin qui avait préparé Urbain Grandier pour la torture et l'apothicaire de Poitiers furent ignorées. Ces protestations prétendaient que l'inspection était une mystification et déclarèrent qu'aucune marque n'avait été trouvée.

D'autres gens parlèrent pour la défense d’Urbain Grandier, comme certaines nonnes possédées qui proclamèrent son innocence. Laubardemont, accomplissant son devoir de condamner Urbain Grandier, expliqua que les réactions des nonnes étaient un stratagème de Satan pour sauver Urbain Grandier. Jeanne des Anges apparut dans la cour avec un nœud lié autour de son cou, déclarant violemment qu'elle se pendrait si elle ne pouvait pas abjurer son mensonge précédent. Tout le potentiel de défense fut ignoré et les quelques témoins de la défense subirent des pressions pour rester silencieux. Laubardemont annonça publiquement que les citoyens qui avaient témoigné en faveur d’Urbain Grandier seraient arrêtés comme des traîtres au roi et verraient leurs biens confisquer. Beaucoup de ces témoins s’enfuirent de France.

Tandis que les témoins de la défense étaient forcés de fuir, 72 témoins témoignèrent contre Urbain Grandier, qui dénonça cette procédure de jugement et réclama une cour séculaire. En étant jugé par une cour séculaire, Urbain Grandier aurait pu faire appel au Parlement de Paris. Au lieu de cela, le Comité de Richelieu prit la charge des poursuites judiciaires.

Le procès d’Urbain Grandier eut lieu à Loudun et il fut emprisonné dans le grenier converti d'une maison pour la durée du procès.

Presqu’une année plus tard, le 18 août 1634, la Commission Royale déclara Urbain Grandier coupable de tous les chefs d’accusation et le condamna à être brûlé vif :

Nous avons ordonné et ordonnons que le susmentionné Urbain Grandier a dûment été jugé et convaincu du crime de magie, maleficia et d’avoir causer la possession diabolique de plusieurs nonnes ursulines de cette ville de Loudun, aussi bien que d'autres femmes laïques, ensemble avec d'autres charges et des crimes résultant de çà. Pour l'expiation desquels, nous avons condamné et condamnons le susmentionné Urbain Grandier à faire amende honorable, sa tête nue, une corde autour de son cou, tenant dans sa main une bougie brûlante pesant deux livres, devant la porte principale de l'église de St-Pierre-du-Marché et auparavant devant l’église de Ste Ursule de cette ville. Là sur ses genoux, pour demander pardon à Dieu, au Roi et à la loi ; ceci fait, il doit être transféré sur la place publique de Ste Croix et être attaché sur le bûcher, qui sera érigé sur la susmentionnée place à cette fin et là sera brûlé vif et ses cendres dispersées au vent. Nous avons ordonné et donc ordonnons que chacun de ses biens soit confisqué pour le Roi ; la somme de 500 livres d'abord sera prise pour acheter une plaque de bronze sur laquelle sera gravé le résumé du présent procès, qui sera disposée dans la susmentionnée l’église des Ursulines, restant là pour toute l'éternité. Et avant de procéder à l'exécution de la présente sentence, nous ordonnons au susmentionné Urbain Grandier d'être soumis aux premiers et derniers degrés de la torture, concernant ses complices.

Toutes les étapes de la sentence furent effectuées.

Urbain Grandier fut soumis à la torture préliminaire presque immédiatement après que l'on ait prononcé la sentence contre lui. Il n’avoua jamais, clamant son innocence même sous les formes les plus sévères de torture. La méthode de torture utilisée fut le Brodequins ou la Botte, qui consistait en seize à dix-huit cales introduites entre des planches fortement attachées à ses jambes, conçues pour lentement casser les os. Il refusa de nommer des complices pendant que le Père Tranquille lui casser les deux jambes.

Combustion à Loudun

On promit au Père Urbain Grandier qu'il pourrait avoir la chance de parler avant qu'il soit exécuté et qu'il serait pendu avant la combustion, un acte de pitié. Au lieu de cela, les frères qui portèrent le corps estropié d’Urbain Grandier au bûcher l’aspergèrent de grandes quantités d'eau sainte pour qu’on ne puisse pas entendre ses derniers mots et le garrot utilisé pour l’étrangler n'avait aucun nœud coulant ; il ne pouvait donc pas se serrer. Urbain Grandier fut brûlé vif.

Les possessions s’arrêtèrent après l'exécution du Père Urbain Grandier. Des exorcismes publics suivirent encore jusqu'à 1637, quand la Duchesse d'Aiguillon, la nièce du Cardinal de Richelieu dénonça la fraude à son oncle. Ayant réalisé son but, Richelieu mit fin aux enquêtes à Loudun.

Plusieurs raisons furent évoquées : la sœur Jeanne des Anges affligée de difformités physiques la rendant inéligible au mariage, aurait-elle accusé par jalousie Urbain Grandier, prêtre séducteur ? Des thèses de psychologie contemporaine la considèrent comme atteinte d'hystérie ou de schizophrénie. Le couvent des Ursulines avait-il intérêt à cette affaire ? Reconnue comme possédée, toute communauté religieuse reçoit en effet une importante pension du Roi pour la dédommager de la mauvaise réputation. Certaines sœurs accusent le chanoine Mignon de les avoir fortement incitées à accuser le prêtre. Le commissaire royal envoyé par Richelieu, Jean Martin de Laubardemont, réalise à la suite de cette affaire, la conversion de nombreux huguenots. La ville de Loudun voit affluer de nombreux voyageurs aussi bien français qu'étrangers, crédules ou incrédules, faisant tourner le commerce de la cité.

Certains prétendent que ce fut en réalité Jeanne des Anges qui fit arrêter les exorcismes publics. Jeanne des Anges avait prétendument eu une vision qu'elle serait libérée du Diable si elle faisait un pèlerinage au tombeau de François Saint d'Assise. Elle alla à Annecy, rendit ensuite visite au Cardinal de Richelieu et au Roi Louis XIII en 1638 ; les démons étaient apparemment partis. Jeanne des Anges mourut en 1665.

Démonologie

Le démon Gressil fut décrit pour la première fois dans les comptes-rendus des possessions de Loudun. Sebastien Michaelis assignerait plus tard à Gressil le statut de démon d'impureté et le fait d'être malpropre, le troisième dans l'ordre de Trônes.

Source : Wikipedia (en)

 

Les possessions de Louviers

Les Possessions du Couvent de Louviers (Normandie) eurent lieu en 1647. La condamnation des prêtres impliqués furent consécutives aux confessions de démoniaques possédés.

La Sœur Madeleine Bavent avait 18 ans en 1625 ; première victime de possession, elle témoigna avoir été ensorcelée par Mathurin Picard, le directeur du couvent et le Père Thomas Boulle, le curé de Louviers. Sa confession aux autorités décrit que les deux hommes l'avaient enlevée et menée au sabbat. Là, on la maria au Diable, qu'elle appelait "Dagon" et elle commit des actes sexuels avec lui sur l'autel. Deux hommes furent prétendument crucifiés et étripés comme ces actes avaient lieu.

La confession de Madeleine Bavent déclencha une enquête, qui permit de constater que d'autres nonnes étaient aussi les victimes de Mathurin Picard et de Thomas Boulle ; elles racontèrent aussi avoir été menées en secret aux sabbats où elles eurent des relations sexuelles avec des démons, particulièrement Dagon. Ces confessions furent accompagnées par ce que les investigateurs crurent être les signes classiques de possession démoniaque : des contorsions, des mouvements de corps artificiels, l’emploi de langues inconnues (glossolalia), des insultes obscènes, des blasphèmes et l'apparition des blessures inexplicables qui disparaissaient sans soin.

Au-delà des simples symptômes de possession, le corps de Sœur Barbara de St. Michel montra qu’elle fut possédée par un démon spécifique nommé Ancitif.

Comme dans les Possessions de Loudun une décennie auparavant, les exorcismes de Louviers furent un spectacle public. Presque toutes les personnes présentes aux exorcismes furent mises en doute par les enquêteurs et la ville entière de Louviers commença à présenter les symptômes d'hystérie à mesure que les cris des nonnes subissant l'exorcisme et les cris perçants de Père Thomas Boulle subissant la torture montaient ; Mathurin Picard mourut avant l'exposition publique.

Le père Bosroger enregistra les rapports, qu'il publia en 1652. Dans son ouvrage, il dit que des nonnes témoignèrent contre Mathurin Picard et Thomas Boulle. En plus de les tenter par des actes sexuels, Satan (censément sous la forme de Mathurin Picard et Thomas Boulle) avait aussi essayé de mener les nonnes sur le chemin de l'hérésie. En apparaissant aux nonnes comme un bel ange, le Diable les incitait à des conversations théologiques si pertinentes qu'elles commencèrent à douter de leurs propres enseignements. Quand elles dirent que ce n'était pas la même formation qu’elles avaient reçue, Satan répondit qu'il était un messager de ciel qui avait été envoyé pour révéler les erreurs fatales qui existaient dans le dogme actuellement accepté.

Les signes de possession continuèrent pendant les exorcismes. Un témoin écrivit qu'une nonne "avait couru avec des mouvements si brusques qu'il était difficile de l'arrêter. Un des ecclésiastiques présents, l'ayant attrapée par le bras, fut étonné de constater qu'il n'avait pas empêché le reste de son corps de se retourner à plusieurs reprises comme si le bras avait été fixé à l'épaule par une simple cheville."

Comme l'hystérie montait, il sembla inévitable qu'un procès se tint et le destin du Père Thomas Boulle fut scellé. Pendant les exorcismes, le Parlement de Rouen donna la sentence : la Sœur Madeleine Bavent fut condamnée à l’emprisonnement à vie dans le cachot souterrain d'église, le Père Thomas Boulle fut condamné à être brûlé vif et le cadavre de Mathurin Picard fut exhumé et brûlé.

Après que les nonnes de Louviers furent affligées, les autorités entreprirent la tâche de cataloguer les symptômes de possession démoniaque. Le traité qu’ils développèrent inclus quatorze indications de vraie possession :

  1. Penser être possédé.
  2. Mener une mauvaise vie.
  3. Vivre en dehors des règles de société.
  4. Être constamment malade, tomber dans un profond sommeil et vomir des objets peu communs (comme des crapauds, des serpents, des larves, du fer, des pierres, etc. ; ou des objets artificiels comme clous, des épingles, etc.).
  5. Prononcer des obscénités et des blasphèmes.
  6. Être troublé par des esprits ("une possession absolue et intérieure et une prise de possession du corps de la personne").
  7. Montrer une mine effrayante et horrible.
  8. Être fatigué de vivre.
  9. Être incontrôlable et violent.
  10. Faire des sons et des mouvements comme un animal.
  11. Nier la connaissance des faits après que la crise soit finie.
  12. Montrer de la crainte envers des reliques sacrées et des sacrements.
  13. Maudire violemment à n'importe quelle prière.
  14. Faires des actes obscènes ou avoir une force anormale.

Les possessions de Louviers différèrent des autres possessions, notamment en Angleterre et  en Amérique Coloniale par l’implication de thème sexuel constant. Pendant les exorcismes de Louviers, on vit que des nonnes priaient pour des attentions sexuelles, utilisaient une langue de mauvais goût et faisaient des mouvements lascifs. Dans le cas de Loudun, un docteur local nommé Claude Quillet écrivit : "Ces pauvres petits diables de nonnes, se voyant enfermées entre quatre murs, devinrent follement amoureuses, les précipitant dans un délire mélancolique, provoquant des désirs de la chair et en vérité, ce dont elles ont besoin pour parfaitement guérir est le remède de la chair."

La plupart des possessions démoniaques en France pendant cette période portaient sur de jeunes femmes et le plus souvent dans des couvents.

Source : Wikipedia (en) 

 

Procès des sorcières de Mâlain

On retrouve des documents sur le jugement de noyer, six  jeunes femmes, vers la fin du XVe siècle,  accusées d’avoir provoqué un orage ravageant les vignes, dans l’ouche, avec le pouce de la main attaché au pouce du doigt de pied, et lestées d’une pierre au cou.  Celles qui iraient au fond seraient déclarées justement « Condamnées » (innocentes). Celles qui surnageraient reconnues coupables, leur sorcellerie pouvant les tirer de là, étaient assommées de pierres et de coup de bâtons.

Celui de Guillemette et Nicolas qui furent chassés de Mâlain pour avoir, par maléfices, excité un orage à la suite duquel le territoire fut ravagé par la grêle, la sentence fut plus clémente…

Puis  ceux  de Françoise et Thiévenot qui firent périr des vaches et des juments en les touchant avec des baguettes en prononçant des mots abracadabrants.

De la femme Barde qui fut condamnée en 1577 pour avoir fait mourir deux hommes en leur jetant un peu de poudre. 

Et de Jean Humbert qui fut condamné à être brûlé, car il s’était servi de son fouet oint de graisses que le diable donnait aux sorciers.

En 1691, un nommé Pierre et un sieur Médard furent aussi condamnés pour avoir fait périr des bestiaux, par le maléfice plus monstrueux que les autres appelés « gogues » ceux-ci étaient composés de sang, de fientes d’animaux, d’eau bénite, de la sainte hostie, de couleuvres et de crapauds dont la vertu était renouvelée par des aspersion de vinaigre.

Un autre Claude Fribotte fut jugé pour avoir fait périr Claude Perrier par le maléfice du souffle.

Mais si  Mâlain resta dans les esprits, c’est aussi à cause d’un  procès qui mit fin à la toute puissance de la justice locale.

En 1640, 13 sorciers de Mâlain furent acquittés par le parlement de Paris, et leurs dénonciateurs accusés et punis (l’un d’eux étant un procureur De la justice locale). Ce qui fit grand bruit à l’époque dans les chaumières…

Source : http://www.sorcieres-de-malain.com/

 

Procès de sorcellerie à Molsheim

Les procès de sorcellerie à Molsheim ont revêtu au XVIIe siècle une ampleur inégalée, qui culmine en 1630 avec une impressionnante série de procès d'enfants, pour la plupart élèves du collège des Jésuites. Or, en ces temps de lutte contre le protestantisme, l'enseignement de la jeunesse était un élément fondamental de la stratégie de l'Église. Celle-ci se trouve donc être une victime collatérale des procès de sorcellerie, pourtant organisés sous l'égide de l'évêque. Après ce paroxysme de 1630, le nombre de procès de sorcellerie à Molsheim se réduit très nettement, comme ailleurs, sous la pression d'autorités qui commencent à comprendre que le phénomène leur a échappé.

La petite ville de Molsheim, située dans la vallée de la Bruche (rivière) est le centre de la Contre-Réforme. Strasbourg est passé au protestantisme ; elle a bien gardé un évêque catholique à la suite de la Guerre des évêques mais celui-ci a perdu tout pouvoir temporel à Strasbourg même mais pas dans la vallée de la Bruche, dont Molsheim est la ville la plus importante. Un collège de jésuites structure les ambitions de l'Église sur le plan intellectuel : soutenir dignement la controverse théologique, et donner une instruction catholique à la jeunesse. L'évêque, par ailleurs frère de l'Empereur, est le seigneur temporel de Molsheim, et le titulaire du droit de haute justice ; il a donné par lettre des instructions à ses subordonnés pour que la sorcellerie soit totalement éradiquée, et il porte de toute évidence la plus grande part de responsabilité dans la flambée.

Louis Schlaefli a effectué une étude magistrale sur les victimes de Molsheim

Les procès de sorcellerie sont enregistrés au Blutbuch (Livre du sang); le premier volume de ce type n'étant pas parvenu jusqu'à nous, il est impossible de connaître la date des premiers procès ; le second Blutbuch démarre en 1617 et la première affaire de sorcellerie y est enregistrée en 1620.

On y relève 113 victimes adultes pour la décennie 1620-1630, dont 11 hommes adultes seulement, les exécutions d'enfants n'y étant pas enregistrées. Certaines exécutions d'adultes ont également été oubliées. Le chiffre de 113 victimes est donc nettement en dessous de la réalité.

En exploitant d'autres sources d'archives, Louis Schlaefli réussit à couvrir la période 1589-1697, tout en avertissant que son étude n'est probablement pas exhaustive du fait de la perte du premier Blutbuch, et de négligences des greffiers. Il étudie en détail 89 cas individuels, dont 26 seulement figurent dans le Blutbuch.

Les acteurs

- L'instance suprême est l'Empereur germanique Ferdinand II du Saint-Empire (1578-1637), ancien élève et protecteur des Jésuites ; l'Empereur (ou, pour être précis, la Chambre impériale de Spire (ville), qui juge en son nom), est l'instance d'appel, et il est arrivé qu'un(e) inculpé(e) obtienne gain de cause devant lui ; ainsi, la Goldschmittin (épouse d'orfèvre) Aurelia Kieffer née Reiss, riche et combative, soutenue par une mère du même métal (Ursula Reiss) réussit à se faire libérer ; l'énergique Ursula saisit la Chambre impériale de Spire d'une plainte contre l'Archiduc Leopold (voir infra), au point que l'Empereur élu demande un rapport ; Aurelia Kieffer est libérée, mais ne vit pas assez longtemps pour savoir si elle serait acquittée sur le fond ; l'acharnement des chasseurs de sorcières se déplace sur Ursula Reiss, on recherche des "indicia" (accusations informelles de sorcellerie de citoyens ordinaires, bavardages, insultes) jusque dans les villages voisins ; on interroge de vieilles personnes qui se souviennent que, sur le chemin du supplice, les condamnées de la fournée de 1599 traitaient Ursula de sorcière ; elle ne s'en porte pas plus mal : en 1623, probablement réfugiée à Strasbourg, elle répond fort vertement à Bunaeus (voir infra) qui lui réclame des frais de justice ; en substance : "Après tout ce que vous avez fait subir à ma fille, vous osez réclamer de l'argent ! N'y comptez pas !" ; les embryons de procédure (collecte d'indicia) qui démarraient contre ses deux autres filles s'arrêtent en route ; les juristes de l'évêque de Strasbourg ont compris à qui ils avaient affaire ; désormais, ils s'en prendront aux pauvres.

- L'évêque de Strasbourg (entre 1607 et 1625) est aussi l'Archiduc Léopold V d'Autriche-Tyrol, frère de l’empereur. Léopold d'Autriche est le seigneur de Molsheim, et le protecteur local des Jésuites ; ses armoiries sont représentées sur la clé de voûte de la chapelle Saint-Ignace (côté Nord). C'est donc le titulaire du droit de Haute Justice, au moins en première instance; Schlaefli a eu en main, une lettre du 10 mars 1623 qu'il a adressée à des subalternes ; il dit apprendre avec chagrin l'extension du vice de sorcellerie et donner contre son gré l'ordre de l'extirper totalement de crainte d'encourir des reproches des localités voisines (certaines protestantes comme Dorlisheim ou le Ban de la Roche)

- Les procès sont organisés matériellement à un niveau moindre du pouvoir ; en 1623 : par le bailli Rodolphe de Neuenstein et par deux docteurs en droit qui présidaient le Malefizgericht (tribunal spécialisé dans les affaires de sorcellerie), nommés Gless et Bunaeus.

- Les juges de niveau moindre sont de simples citoyens, artisans ou commerçants ; ils ne sont pas assurés de ne pas se retrouver eux-mêmes devant le Malefizgericht ; leurs femmes y comparaissent souvent, leurs enfants parfois (voir infra).

- Les Sibener sont une institution spécifique : ils assistent aux aveux de l'accusé et s'assurent qu'ils sont prononcés "librement", c'est-à-dire sans torture à cet instant précis.

- Deux "avocats" complètent les acteurs de la procédure, l'un parle au nom de la seigneurie (il s'agit donc d'un procureur), l'autre au nom des accusés.

- Les bourreaux constituent une caste endogame d'exclus et n'ont pas le droit d'habiter la ville, ils n'en sont pas moins un élément essentiel de la procédure.

- Les Jésuites préparent les accusés à la mort ; cette préparation a lieu avant même le procès, dont l'issue ne fait pas de doute ; ils intercèdent pour que le condamné soit étranglé ou passé par l'épée avant d'être brûlé, et ils obtiennent souvent gain de cause (toujours pour les enfants)

Globalement, la responsabilité de la flambée est à partager entre les gens d'autorité et le petit peuple.

- Gens d'autorité : la grande flambée démarre avec des instructions hiérarchiques données par écrit ; elle cesse aussi brusquement qu'elle a commencé après une affaire dans laquelle l'Église catholique est victime collatérale (sous réserve de dossiers d'archives perdus, il n'y a plus, après 1631, à Molsheim, que des cas sporadiques ; même observation pour les procès de sorcellerie au Ban de la Roche protestant mais voisin).

- Le petit peuple a l'accusation facile et cherche en permanence des responsables à ses nombreux malheurs ; on n'y trouve en principe pas de défenseur des personnes accusées de sorcellerie, sauf chez les victimes (voir Histoire du cheval gris du Comte de Veldenz).

Les grandes flambées

Avant le second Blutbuch :

- 1589/90 : six cas retrouvés, dont celui d'Apolonia Schaeffer, brièvement soupçonnée, sur dénonciation de son beau-fils, de s'être transformée en loup (entre autres accusations); la torture lui fait avouer un commerce sexuel avec le diable, et divers autres méfaits, mais pas la transformation en loup, pour lesquels les juges n'ont sans doute pas vraiment insisté ; on ne retrouve pas non plus, dans les autres dossiers connus à Molsheim, d'assimilation sorcier/ loup-garou ; il ne semble pas que ce thème fasse partie du canevas d'interrogation à l'époque d'Apolonia ; les modes changent ... on trouve bien à l'occasion des récits de transformation en chat pour se rendre plus vite au sabbat, mais sans que cette transformation entraîne en soi des méfaits particuliers

- 1599 : sept victimes, qui ne sont connues que par l'inventaire de leurs biens

Cas enregistrés dans le second Blutbuch :

- 1620 : 27 victimes

- 1621 : 38 victimes

- 1623 : 14 victimes

- 1624 : 11 victimes

- 1625 : 14 victimes

- 1630 : 9 victimes (mais enregistrements incomplets d'après Schlaefli)

Total : 113 victimes adultes dont 11 hommes dans le Blutbuch.

Ce total ne comporte pas les personnes non enregistrées au Blutbuch, c'est-à-dire, en particulier, pas les enfants.

Or, pour les années 1629 et, surtout, 1630, Schlaefli a dénombré 33 petites victimes entre 8 et 16 ans, dont 27 garçonnets et 6 fillettes.

Les faits supposés

Les faits supposés de sorcellerie reviennent d'affaire en affaire, au point qu'on a pu dire que "qui a lu un dossier de sorcellerie les a tous lus". Ce n'est pas surprenant, puisque l'accusé, sous la torture, avoue ce que le juge lui suggère, et que par ailleurs le juge suit un canevas procédural et interroge sur les points figurant dans ce canevas.

Les aveux portent sur des faits supposés qui font grief soit pour l'autorité soit pour la population :

- les griefs de l'autorité peuvent être regroupés sous le vocable d'usurpation d'autorité : allégeance au diable, annulation des baptêmes et mariages prononcés par l'Église, participation au sabbat (où le diable préside), baptême et mariage diabolique remplaçant ceux de l'Église ; ou d'actes de mépris contre des symboles de l'autorité (profanations d'hosties).

- les griefs de la population portent sur la malfaisance : fabrication de substances maléfiques, meurtres et blessures contre des personnes ou des bêtes, provocation d'intempéries.

Cependant, des événements plus "originaux" peuvent se trouver à l'occasion :

- on a noté l'allégation de transformation en loup d'Aurélia Schaeffer, émanant de son beau-fils, sur laquelle le procès n'embraye pas.

- on notera l'affaire du pacte avec le diable au collège des Jésuites (voir section dédiée). Ce chef d'accusation, qui embarrassa fort les Jésuites, n'était peut-être à l'origine pas dicté, et pourrait provenir de l'imagination d'adolescents s'identifiant au héros d'une légende.

La lecture de certains aveux montre que l'empoisonnement par des substances physiques ordinaires n'est pas toujours clairement distingué de l'empoisonnement par maléfice ; même confusion, surtout chez les enfants, entre relations sexuelles ordinaires et mariage diabolique ; de même, le sabbat diabolique, qui se déroule dans un lieu tout matériel (autour d'un tilleul, puis autour de la croix qui le remplace après que l'évêque a ordonné son abattage) ne se distingue guère d'un repas banal accompagné de danses, musique et orgie. Cette conception très large et assez banalisante de ce qu'est la sorcellerie a peut-être contribué à la flambée. Tout ce qui a quelque efficacité tend à être réputé sorcellerie. Dans le même ordre d'idées, un grimoire "magique" comme le Petit Albert donne toute sorte de conseils pratiques et jusqu'à des recettes de cuisine.

Les victimes

Les victimes sont principalement des pauvres et des femmes, avant bien sur l'embrasement du collège des Jésuites. Quelques exemples :

- Die blinde Walpurg (Valentine l'aveugle), brûlée en 1599 ; d'après l'inventaire de succession établi en vue du paiement des frais de justice, elle possède en tout et pour tout un petit lit.

- Sebastien Rauscher, 11 ans, est adressé "à l'hôpital" par son père (en 1630, alors que les exécutions d'enfants se multiplient et que l'hôpital leur sert de prison) ; motif : il n'est pas en état de le garder (on ignore le sort de Sébastien).

- Joannes Koenig, un peu simplet, est lui aussi envoyé "à l'hôpital" en 1630 par son père, qui craint son retour et qui a quatre autres enfants. Pas de trace d'exécution.

Cependant, nul n'est à l'abri, comme le montrent les exemples suivants :

- Melchior Kertz, arrêté sur dénonciation et brûlé en 1620, est "sénator" (membre du magistrat), en 1617 ; la même année, il est cité parmi les donateurs pour la construction de l'église des Jésuites.

- Veltin Munch a lui aussi fait partie du magistrat, mais il a tant et si bien multiplié les affaires de mœurs qu'il est brûlé en 1630.

- François Burger est le neveu de l'organiste de l'église des Jésuites ; il est incarcéré à l'hôpital avec les autres enfants en 1630, mais on ignore son sort.

- Margaretha Stoeckel, brûlée en 1621, est l'épouse de Conrad Stoeckel, forgeron, administrateur de la léproserie et juge au Malefizgericht ; il y siège avant et après l'exécution de son épouse.

- Barttholomeas Pfeiffer, 16 ans, élève des Jésuites, se croyait à l'abri ; d'où son attitude lors de ses premiers interrogatoires en 1630 : il nie tout, ne pleure pas ; il donne ses instructions sur le déroulement souhaitable des procès de sorcellerie : un ange venu de la part de Dieu l'a prié se faire savoir que les procès devaient s'en prendre aux vieilles femmes et non aux jeunes hommes, et qu'il faut les mener énergiquement sans quoi il y aura un tremblement de terre ; Pfeiffer sauve peut-être sa vie (on n'a pas trace de son exécution), mais avant cela, les tortures redoublent, dépassant l'intensité de ce qu'on fait en principe subir aux enfants, car sa certitude de s'en tirer parait être l'indice d'un renouvellement du pacte avec le diable ; après quelques séances, Pfeiffer n'est plus aussi certain que son "ange" venait bien de la part de Dieu.

Procès d'enfants

Molsheim voit de nombreux procès d'enfants : fillettes accusées de mariage diabolique, et jeunes garçons élèves du collège de Jésuites. Dans ce dernier cas, il y a eu un effet boule de neige, les dénonciations se sont succédé et elles ont porté sur des camarades de classe, vidant ce collège que les Jésuites avaient bâti à grands efforts et grands frais.

Les exécutions d'enfants ne sont pas inscrites au Blutbuch. Les premières apparaissent discrètement en 1629 dans des pièces comptables. L'exécution du petit Michel Hammerer, 9 ans, est connue par les comptes du bailliage ; celle d'un jeune Zimmermann, dont le prénom n'est pas noté, est connue par la requête du bourreau qui réclame son salaire.

Le rythme s'accélère furieusement en 1630. Pour les exécutions dont les dates sont connues, on note :

- Fournée du 20 mars 1630 :

Quatre élèves des Jésuites : Joannes Andreae, Joannes Kleinsberger, Daniel Molitor, Anastasius Leber (son père, boucher, avait été à quatre reprises Sibener au Malefizgericht en 1620)

- Fournée du 20 avril 1630 :

Jacob Brucker, 11 ans, fils d'un mercier ; garnement craint des habitants ; c'est lui qui "avoue" avoir signé le pacte avec le diable de son propre sang.

- Fournée du 17 mai 1630 :

Georg Schultz, dont la mère est apparentée à Christophe Wambster, architecte de l'église des Jésuites ; Hans Zimmermann, dont la mère a déjà été brûlée comme sorcière dix ans plus tôt ; Adam Gottbeg ; Heinrich Walter ; Conrad Rinck, fils d'un tonnelier et d'une sage-femme, dont la mère demande que justice soit faite contre son fils, mais que sa corruptrice Véronique ne soit pas épargnée non plus.

- Fournée du 14 juin 1630 :

Sébastien Geiss, 11 ans, fils de boulanger ; a signé le pacte avec le diable (avec de l'encre) ; dénonce de nombreux condisciples dont une partie sont déjà morts dans les fournées précédentes, mais dont les autres mourront en même temps que lui.

Peter Lichtenauer, 11 ans ; son père, aubergiste à l'Ours, est également juge au Malefizgericht ; il siège le 20 avril, le 25 juin et le 7 septembre 1630, donc avant et après l'exécution de son fils le 14 juin.

Lorenz Keck, 9 ans, fils de cuvelier ; dit avoir été mis sur la mauvaise voie par Hans (ou Michel ?) Hammerer, exécuté l'année précédente ; décrit en détail plusieurs sabbats, un baptême par le diable avec du purin, et un mariage diabolique avec Christina Lichtenauer (qu'il ne reconnaît cependant pas formellement quand il lui est confronté).

Joannes Joesel, 9 ans, dénoncé par plusieurs autres comme ayant été présent au sabbat.

Deux fillettes, Catharina Halter, 8 ans, et Christina Lichtenauer, 10 ans, sont dénoncées à plusieurs reprises comme ayant été le partenaire féminin de mariages diaboliques.

Pacte avec le diable au collège des Jésuites

Schlaefli note que des confessions d'élèves des Jésuites présentent une spécificité : elles incluent la signature d'un pacte avec le diable. Cette particularité ne se retrouve pas dans les autres procès de cette période, du moins pas sous la forme d'un vrai contrat mis par écrit et signé (avec du sang pour Jacob Brucker ; avec de l'encre pour Sebastien Geiss).

On observera qu'un tel pacte suppose que le "sorcier" sache écrire (c'était évidemment le cas des collégiens) ou au moins signer, ce qui en fait un thème relativement tardif.

Schlaefli pense que les élèves ont été influencés par des peintures qui se trouvaient à l'époque dans la chapelle Saint-Ignace (chapelle secondaire à l'intérieur de l'église des Jésuites), représentant une cigogne rapportant dans son bec le pacte avec le diable qu'un jeune homme avait malencontreusement signé. Ces peintures se référaient à des "miracles" supposément survenus en 1613, par l'intercession d'Ignace de Loyola, pour lequel les Jésuites collectaient des éléments en vue de son procès en canonisation. Ces peintures étaient donc bien connues des élèves du collège.

Il est alors possible que ces élèves aient mal évalué les conséquences d'un "aveu" concernant un pacte avec le Diable ; peut-être espéraient-ils bénéficier d'une attention bienveillante de leurs maîtres, voire d'un miracle, comme le jeune homme à qui la cigogne avait gentiment rapporté le pacte suite à la bienveillante, et toute récente (1613) intercession supposée d'Ignace de Loyola (canonisé en 1622).

Une fois quelques élèves pris dans le piège, une bonne partie du collège suivit car, lorsque les jeunes accusés furent interrogés sur d'éventuels complices, et la torture aidant, c'est parmi leurs condisciples que la boule de neige se mit en place, de dénonciation en dénonciation.

Cet exemple montre concrètement comment la situation pouvait échapper aux autorités organisatrices, car c'était un préjudice important, pour l'Église catholique, que de voir le collège qu'elle avait créé à grands frais se vider de sa jeune substance.

Diminution des procès

Les années 1630 et suivantes voient, dans tout l'Europe, les efforts de diverses autorités pour faire décroître l'intensité des procès. À Molsheim, leur nombre décroît fortement. Schaeffli en a trouvé, en nombre moindre, en 1631 et 1647.

Un dernier procès en 1697 se termine sans condamnation à mort. Il concerne Jean-Guillaume Roussel qui, pour faire revenir sa femme infidèle, a accroché à une roue de moulin un bas noir, un ruban rouge, ainsi qu'un billet ; puis il est accusé d'avoir volé un crane dans un ossuaire et de l'avoir fait bouillir, toujours pour faire revenir l'infidèle.

Roussel, incarcéré quatre semaines, s'en tire avec une peine d'amende, et l'obligation de faire amende honorable à l'église, en chemise et un cierge à la main. Il meurt cependant la même année.

Frais de justice et confiscations

Schaefli a trouvé quelques notes de frais. On relève :

- L'achat de paille, ainsi que d'une corde munie d'un crochet (en principe pour descendre les prisonnières dans un cul de basse fosse) ; des chaînes, des entraves, des cadenas ; des travaux de réparation sur une cage.

- Pour l'exécution massive de 1599 : achat de soufre, de fagots, de poudre, de gants, de cordes ; frais de banquet à la Rathstube pour 37 officiels : prêtres, prévôt, membres du magistrat. De leur côté, les bourreaux et leurs aides banquètent à l'auberge de la Clef, le tout passé en notes de frais et pris sur la succession des condamnés.

- En plus des frais de justice, c'est l'ensemble de la succession du condamné qui tombe aux mains de l'évêque, mettant des familles à la rue. En 1589, Hans Noll, infirme, n'obtient qu'à grand peine qu'on lui laisse la succession de sa mère Margaretha Hennig, et encore, parce qu'il est prêtre et qu'il ne faut pas qu'il fasse honte à l'Église en quémandant.

- Lors de la grande fournée de 1599, ce sont plus de mille livres qui tombent dans l'escarcelle de l'évêque, et des opérations immobilières sont facilitées par suite de la confiscation de maisons ; pour autant, les riches n'étaient pas spécialement visés par les procès ; depuis qu'Ursula Reiss leur a montré de quel bois elle se chauffe, les juges évitaient même de s'y frotter.

Source : Wikipedia 

 

Procès du sorcier Nobilibus à Grenoble en 1606

Né à Rome, fils d’un gentilhomme, Nobilibus s’embarqua pour Venise lorsqu’il avait quinze ans, après la mort de son père. Au cours de la traversée, il fut pris par les turcs et vendu comme esclave, mais eut la chance d’être racheté par un Vénitien, un mois plus tard. Il put ainsi rejoindre sa parenté à Rome. Désireux de se rendre en France, il obtint une lettre de recommandation de la part des franciscains pour les communautés de Lyon. De Lyon, il se rendit à Grenoble où il fut reçu par les franciscains dont il portait l’habit, depuis un vœu qu’il avait fait lorsqu’il était entre les mains mahométanes pour être vendu comme esclave ou comme eunuque, après les préparations rituelles dans les souks du Caire ou de Damas.

Nobilibus se fit une réputation d’astrologue, de prestidigitateur, d’alchimiste, et s’était fait ami avec un religieux de l’ordre des récollets qui prétendait tenir du pape, le pouvoir d’absoudre les péchés de sorcellerie. Il usait sans doute aussi de quelque don télépathique, on lui prêtait des savoir-faire médicaux tirés de la Kabbale. On disait qu’il avait le pouvoir de faire entrer un esprit dans une boule de cristal ; de surcroît, il peignait avec minutie des scènes érotiques. Forcément, il attira l’attention sur lui.

Ce Nobilibus avait donc acquis assez de renommée en ses activités sulfureuses, pour œuvrer à la fois à Grenoble et à Lyon, et entre les deux, à la Côte-Saint-André.

Lorsqu’on l’arrêta, on découvrit chez lui quantité d’objets bizarres, des grimoires, des paquets d’épingles, sur l’un d’eux un billet était fiché indiquant : « Ces épingles ont cousu et piqué un homme mort ; cousu et piqué une femme. »

Voici ce qu’écrivait en 1606, au nom des gens tenant la chambre ordonnée en temps de vacations au Parlement du Dauphiné, le sieur Boryn à Monseigneur de Bellièvre, chancelier de France :

« Monseigneur, il y a quelque temps que à Grenoble, des étrangers profitant de notre bon accueil, se glissent parmi nous, avec des habits de religieux, voire même acceptant de servir des cures pour y exercer leur magie. L’un d’eux nous a dit se nommer Nobilibus, qui pourrait être un nom de diable. Quand nous le prîmes, chargé de bagues ou anneaux, de peaux et parchemins cabalistiques, il était vêtu en religieux de l’ordre de Saint-François, et il s’est dit être gentilhomme romain. Même avec lui, nous attrapâmes un autre de ces maléfiques qui tenait la cure de Brezin près de la Côte-Saint-André. En sa chambre, on trouva des tables couvertes de signes bizarres, des livres de magie blanche et de magie noire, et moult autres objets pour jeter sortilèges et crachouillis sulfureux de Belzébuth à gens de Grenoble et de Lyon. »

En même temps que Nobilibus, on arrêta et on tortura Gabriel Castagne, gardien des religieux du couvent Saint-François de Grenoble, Jeanne Bourgade de Lyon. Tous furent soumis à la question extraordinaire. Le procès s’acheva le 14 Août 1606. Nobilibus fut convaincu de sorcellerie : « Outre que son habit de religieux lui sera ôté », il fut condamné à faire amende honorable en chemise, pieds nus, la hart (corde de pendaison) au cou, une torche ardente en main du poids de quatre livres. Il devra à genoux crier merci à Dieu, au Roi, et à la Justice, avant d’être conduit par le bourreau, devant le parvis de l’Eglise Notre-Dame de Grenoble, place du Breuil, lieu accoutumé des exécutions. Il y sera pendu, étranglé, et son corps sera jeté dans le feu pour n’être plus qu’un tas de cendres. Dans ce feu seront jetés les grimoires, billets, gravures obscènes, parchemins et autres choses de sorcellerie que l’on trouva dans sa chambre ; et lisons-nous en cet arrêt du Parlement de Grenoble, « est aussi condamné à cinquante livres d’amende envers le Roy, et aux dépends et frais de justice le concernant. »

Jusqu’au prononcé de son jugement, jusqu’à ce que le bourreau lui passe la corde au cou, Nobilibus clama son innocence, à tel point que Louis XIII s’en émut et que, instruit de ce procès, il désapprouva la conduite du Parlement de Grenoble et accorda des lettres de grâce à Gabriel Castagne et Jeanne Bourgade de Lyon, condamnés avec lui, le premier ayant été condamné aux galères perpétuelles.

Certains s’émurent de la cruauté des interrogatoires infligés à l’accusé : « Les interrogatoires qu’on lui fit subir –écrit un chroniqueur – furent un modèle de cruauté et de sottise judiciaire. C’est un monument des erreurs de la justice humaine. »

Source : http://marie.roca.over-blog.com/article-21015668.html 

 

Affaire des poisons

L'affaire des Poisons est une série de scandales impliquant des empoisonnements survenus entre 1679 et 1682, sous le règne de Louis XIV, qui secouèrent Paris et la Cour. Plusieurs personnalités éminentes de l’aristocratie furent impliquées, et ces affaires installèrent un climat hystérique de « chasse aux sorcières » et aux empoisonneuses.

Au début de l’affaire, une cassette avec neuf lettres et des poisons

En 1672, à la mort naturelle d’un officier de cavalerie et aventurier perclus de dettes, Godin de Sainte-Croix, on découvrit lors de l'inventaire après décès dans ses papiers, dans un coffret, neuf lettres de sa maîtresse, la marquise de Brinvilliers ainsi qu’une reconnaissance de dette de la marquise, d’un montant de 30 000 livres et diverses fioles qui, après avoir été analysées par un apothicaire, révèlent avoir contenu divers poisons laissant peu de traces dans l'organisme. Elle a essayé de tuer son père 10 fois avant d'y arriver.

Dans ses lettres, la marquise reconnaît aussi avoir empoisonné par un mélange d'arsenic et de bave de crapaud son propre père et ses deux frères pour s’approprier leur part d’héritage. Dans la même cassette, la police trouve aussi une procuration du receveur général du clergé, Pierre Louis Reich de Pennautier, datée du 17 février 1669, autorisant un marchand de Carcassonne à recevoir par l’entremise de Godin de Sainte-Croix, de la part de la marquise de Brinvilliers, une somme de 10 000 livres qu’il lui aurait prêtée sous le nom de Paul Sardan.

Sur le paquet est écrit « papiers pour être rendus à M. de Penautier, receveur général du clergé, et je supplie très humblement de bien vouloir les lui rendre en cas de mort, n’étant d’aucune conséquence qu’à lui seul ». Un dernier document, une quittance signée de Cusson, le marchand de Carcassone prouve que la marquise de Brinvilliers a remboursé deux mille livres à Cusson le 30 novembre 1669.

Les créanciers de Godin de Sainte-Croix s'adressent au Procureur du Roi pour réclamer leurs dus, les hautes sphères de l'État s'intéressent dès le début à cette affaire puisque Colbert est un proche de Pennautier.

La fuite en Angleterre et les efforts de Colbert pour que l’enquête avance

Une fois la cassette découverte, la marquise de Brinvilliers est citée à comparaître devant la justice le 22 août 1672, mais se réfugie à Londres. Dès le 3 décembre 1672, Colbert tente d’obtenir le retour en France de la marquise de Brinvilliers mais sans provoquer d’incident diplomatique avec l’Angleterre. Il écrit ainsi à l’ambassadeur de France à Londres pour tenter d’obtenir l’extradition de la marquise de Brinvilliers, en indiquant « Si le roi d’Angleterre voulait bien la faire arrêter, la faire mettre aussitôt en un bâtiment et l’envoyer promptement à Calais, cela serait fait et exécuté auparavant que personne en eût connaissance ». Elle se réfugie alors à Valenciennes, en Hollande puis à Liège, dans un couvent.

La Chaussée, valet de Godin de Sainte-Croix, est lui arrêté dès le 4 septembre 1672. Jugé en février 1673 il est condamné à être rompu vif fin mars, car il est considéré comme le complice de la marquise de Brinvilliers, ayant servi d'abord son frère. Il est également suspecté d'avoir voulu empoisonner le Roi à l'instigation de Godin de Sainte-Croix qui avait cherché à obtenir pour lui une charge d'officier du gobelet avec la caution de Pierre Louis Reich de Pennautier. Enfin après avoir subi la question préalable, La Chaussée a reconnu avoir servi de tueur à gages à de Sainte-Croix.

L’arrestation de la marquise et celle de son ami Pennautier

Après avoir été jugée par contumace en 1673, la marquise de Brinvilliers est retrouvée dans un couvent à Liège et arrêtée le 25 mars 1676 par la ruse d’un exempt de police déguisé en prêtre, François Desgrez, le plus fin limier du lieutenant-général de police de La Reynie. Lors de son arrestation sont retrouvées dans sa chambre des lettres de confession dans lesquelles elle s'accuse d'homicides, d'avortement, de pyromanie mais aussi d'une enfance dévastée par un viol à l'âge de 7 ans et des actes incestueux de la part d'un de ses frères. Il n'est pas possible pour l'historien de démêler la part de vérité et de fantasme dans ces confessions.

La marquise de Brinvilliers est extradée, ramenée en France. Elle est soumise à un premier interrogatoire le 17 avril 1676 et écrouée à la Conciergerie le 26 avril 1676, alors qu’elle refuse d’avouer et déclare que ses lettres de confession ont été écrites lors d'un acte de folie. Sa tentative de suicide échoue. Son long procès (29 avril-16 juillet 1676), sa condamnation et son exécution sont rapportés dans la correspondance de Madame de Sévigné ainsi que dans les Crimes Célèbres d’Alexandre Dumas.

Pierre Louis Reich de Pennautier fut emprisonné le 15 juin 1676 à la Conciergerie, après avoir été mis en cause par la marquise de Brinvilliers, qui déclare aux enquêteurs lors de nouveaux interrogatoires: « s’il dégoutte sur moi, il pleuvra sur Penautier ». Ce dernier est alors cité dans une autre affaire d’empoisonnement : Mme Hanivel de Saint Laurens, alias Marie Vosser, veuve de l’ancien receveur du Clergé de France, l’accuse d’avoir empoisonné son mari le 2 mai 1669, pour pouvoir prendre possession de sa charge, ce qu’il fit effectivement le 12 juin 1669. Pennautier fera intervenir de nombreux ecclésiastiques et fut libéré de prison le 27 juillet 1677 après treize mois dans les geôles.

Le 26 juin 1676, Louis XIV écrit à Colbert : « sur l’affaire de Mme de Brinvilliers, je crois qu’il est important que vous disiez au premier président et au procureur général, de ma part, tout ce que de gens de biens comme eux doivent faire pour déconcerter tous ceux de quelque qualité qu’ils soient qui sont mêlés dans un si vilain commerce ».

Les secrets de Polichinelle

Dans un second temps, sept ans après les faits et trois ans après l’exécution de la Marquise et de son valet La Chaussée, l’affaire rebondit sur le terrain des messes noires. En 1679, l’enquête révéla qu’une certaine Marie Bosse avait fourni des poisons à certaines épouses de membres du Parlement voulant empoisonner leur mari. Marie Bosse dénonça la femme Montvoisin, dite « la Voisin ».

Les « révélations » des inculpés portant sur des personnes de qualité, il fut créé un tribunal spécial : la « Chambre ardente ». De grands personnages, surtout des femmes, furent alors cités : Madame de Vivonne (belle-sœur de Madame de Montespan), Madame de La Mothe, Mesdemoiselles des Œillets et Cato (femmes de chambre de Madame de Montespan), la comtesse de Soissons, la comtesse du Roure, la comtesse de Polignac, le maréchal de Luxembourg, et d’autres encore.

Le lieutenant de police La Reynie peina à trouver des preuves autre que des témoignages parfois farfelus. À l’accusation d’empoisonnement s’ajoutèrent d’autres : meurtres d’enfants lors de messes noires dites par des prêtres débauchés (dont Étienne Guibourg), profanations d’hosties ou même fabrication de fausse monnaie.

Ce zèle de la part de La Reynie vient de la lutte entre Louvois, ministre de la Guerre, et Jean-Baptiste Colbert, Louvois menant une enquête secrète pour le compte du roi, tandis que certains des nouveaux accusés illustres étaient présentés comme des proches de Colbert, dont l’influence sur le roi avait fortement chuté, après avoir été contestée par les milieux catholiques ou économiques dès 1669. Cette contestation s’était amplifiée après la faillite en 1674 de la Compagnie des Indes occidentales, puis la liaison entre le roi et la Marquise de Maintenon, qui reproche par écrit à Colbert de n’être pas assez attentif à la religion.

Après l’exécution de sa mère, la fille de la Voisin mit en cause Madame de Montespan, déjà en disgrâce auprès du roi : celle-ci aurait eu des relations avec la Voisin, sans doute pour obtenir des poudres, propres à lui ramener l’amour du roi, et aurait participé à des cérémonies de conjuration. Il n’existe cependant aucune preuve qu’elle ait pris part à des messes noires ou ait organisé l’empoisonnement de ses rivales, telle Marie Angélique de Fontanges, décédée de mort naturelle mais dans des circonstances jugées à l’époque étranges. Madame de Montespan, mère des enfants du roi, resta à la Cour. Malgré les rumeurs concernant son ancienne favorite, le roi continua à la voir chaque jour, lorsqu’il visitait ses enfants.

La Chambre ardente auditionna 442 accusés, ordonna 367 arrestations et prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, 23 bannissements du royaume et cinq condamnations aux galères. Elle fut dissoute en 1682 par ordre de Louis XIV, sans qu’aient été jugés les accusateurs de Madame de Montespan, qui furent enfermés dans des forteresses royales, comme la forteresse du Saint-André, à Salins-les-Bains.

La Voisin fut brûlée vive en place de Grève le 22 février 1680. Plusieurs condamnées furent enfermées à la citadelle Vauban du Palais, à Belle-Île-en-Mer.

Épilogue

Après avoir relu les pièces une à une de tout le dossier de cette « Affaire des Poisons » contenu dans un coffre scellé que Louis XIV détient depuis 1682, le roi français décide que cette affaire reste dans un « éternel oubli » : un arrêt du Conseil du roi daté du 13 juillet 1709 ordonne de faire brûler les « vingt-neuf gros paquets de divers registres », procès-verbaux et rapports de police. Ceux-ci furent confiés à un valet qui les jeta au feu. Il reste néanmoins des traces écrites de la procédure inquisitoire (copies des actes détenues par le lieutenant de police La Reynie et par la magistrature de la Chambre ardente) qui ont permis aux historiens de reconstituer précisément cette affaire d'État.

Les professionnels incriminés

- Roger, Seigneur de Bachimont, alchimiste, associé de Louis de Vanens : prison à vie par lettre de cachet à St. André de Salins.

- Marie de Bachimont, alchimiste, associée de Louis de Vanens et conjointe de Roger de Bachimont : prison à vie par lettre de cachet à St. André de Salins.

- Mathurin Barenton, empoisonneur : exécuté en septembre 1681.

- La Belliére, diseuse de bonne aventure : prison à vie par lettre de cachet

- François Belot, associé de La Voisin : exécuté en juin 1679.

- Martine Bergerot, diseuse de bonne aventure.

- Betrand, empoisonneur et associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet au Château de Salces.

- Denis Poculot, Sieur de Blessis, alchimiste, amant de La Voisin : condamné aux galères.

- Marie Bosse, diseuse de bonne aventure et empoisonneuse : condamnée au bûcher le 8 mai 1679.

- Marie Bouffet, avorteuse et associée de Marguerite Joly : pendue en décembre 1681.

- Pierre Cadelan (mort en Septembre 1684), associé de Vanens : prison à vie par lettre de cachet.

- Jeanne Chanfrain, maîtresse de Guibourg.

- Magdelaine Chapelain (1658 - juin 1724), diseuse de bonne aventure et associée de Filastre : prison à vie par lettre de cachet à Belle-Île-en-Mer. La dernière condamnée à mourir.

- Anne Cheron, vendeuse de fruits et fournisseur d'objets pour rituels magiques : exécutée en juin 1679.

- Jacques Cotton, officiant aux messes noires et associé de La Voisin : brûlé vif en 1680.

- P. Dalmas, associé de La Chaboissiere : envoyé en maison de correction.

- Giles Davot, officiant aux messes noires et associé de La Voisin : exécuté en 1681.

- Etienne Debray, associé de Deschault : exécuté en septembre 1681.

- Marguerite Delaporte, empoisonneur et associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet à Belle-Île-en-Mer.

- Jacques Deschault, berger et magicien : exécuté en 1681.

- Louison Desloges, associée de Marguerite Joly : pendue en décembre 1681.

- La Dodée, empoisonneur : s'est suicidé en prison.

- Louise Duscoulcye, maîtresse de Dalmas, empoisonneuse

- Françoise Filastre, empoisonneuse : exécutée en 1680.

- Louis Galet, empoisonneur : prison à vie par lettre de cachet au Château de Besançon.

- Mme Guesdon (1640 - août 1717), empoisonneuse : prison à vie par lettre de cachet.

- Étienne Guibourg, officiant aux messes noires et associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet au Château de Besançon.

- Marguerite Joly, diseuse de bonne aventure et empoisonneuse : brûlée vive en décembre 1681.

- Latour, tailleur de pierre et associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet au Château de Salces.

- Catherine Lepère, avorteuse : exécutée en juin 1679.

- Adam Lesage, magicien et officiant aux messes noires, associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet au Château de Besançon.

- Catherine Leroy, associée de La Voisin et de La Chaboissière : prison à vie par lettre de cachet à Belle-Île-en-Mer.

- Jeanne Leroux, associée de La Voisin : exécutée en avril 1680.

- Margot, domestique de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet à St. André de Salins.

- François Mariotte, Abbé, associé de La Voisin et de Lesage : mort dans prison en 1682.

- Anne Meline, empoisonneuse et associée de Marguerite Joly : pendue en décembre 1681.

- François Boucher, Vicomte de Montmayor, astrologue du Luxembourg : prison à vie par lettre de cachet au Château de Salces.

- Marguerite Monvoisin, fille de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet à Belle-Île-en-Mer.

- Christophe Moreau, berger, magicien et empoisonneur : exécuté en septembre 1681.

- Romani, empoisonneur et associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet au Château de Besançon.

- La Pelletière, diseuse de bonne aventure, fournisseur d'enfants pour les messes noires et associée de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet à Belle-Île-en-Mer.

- Maitre Pierre, empoisonneur : prison à vie par lettre de cachet.

- Anne Poligny, empoisonneuse : exécutée en juillet 1681.

- La Poignard, a participé à l'arrangement de messes noires : prison à vie par lettre de cachet.

- La Poulain, associée de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet à Belle-Île-en-Mer.

- Catherine Trianon, empoisonneuse et associée de La Voisin : s’est suicidée en prison début 1681.

- La Salomond, empoisonneuse : prison à vie par lettre de cachet.

- Denise Sandosme, empoisonneuse : pendue en juillet 1681.

- Louis de Vanens (mort en Décembre 1691), alchimiste : prison à vie par lettre de cachet à St. André de Salins.

- Vautier, empoisonneur et associé de La Voisin : prison à vie par lettre de cachet.

- Marie Vigoreaux, associée à de La Bosse : morte sous torture en mai 1679.

- La Voisin, diseuse de bonne aventure et empoisonneuse : condamnée au bûcher le 22 février 1680.

Les clients incriminés

- Benigne, Marquise d'Alluye, cliente de La Voisin : fuite pour éviter le procès. Elle sera autorisée à revenir en France.

- Pierre Bonnard, secrétaire de duc de Luxembourg, client de Lesage : condamné aux galères en mai 1680.

- Marie Brissart, cliente de La Voisin et Lesage : condamnée à une amende et au bannissement.

- Marie de Broglio, Marquise de Canilhac, cliente de La Voisin : n’a jamais participé au procès.

- Anne Carada, cliente de Deschault et Debray : exécutée le 25 juin 1681.

- La Chaboissiere, Jean Bartholominat, valet de Louis de Vanens : le dernier à être exécuté dans l'Affaire des Poisons le 16 juillet 1682.

- Louis de Guilhem de Castelnau, Marquis de Cessac, client de Lesage : Fuite pour éviter le procès. Revint en 1691.

- Mme Cottard, cliente de Lesage : sermonnée et condamnée à une amende.

- Mme Desmaretz, cliente de Lesage : condamnée à une amende.

- Françoise de Dreux, cliente de La Voisin : bannie de la capitale, mais l'exil n'a jamais été mis en application.

- Madeline de la Ferté, Maréchale (morte en 1720), cliente de La Voisin : relaxée.

- Antoine de Primauté, Marquis de Feuquières (mort en 1711), client de La Voisin : jamais appelé en justice.

- Madame Ferry, cliente de La Voisin : exécutée en mai 1679.

- Marguerite Leféron, cliente de La Voisin : bannie de la capitale et condamnée à une amende.

- Mme Lescalopier, cliente de Poligny et Sandosme : fuite pour éviter le procès.

- Jean Maillard, client de Moreau : exécuté en février 1682.

- Olympe Mancini, Comtesse de Soissons, cliente de La Voisin : bannie.

- Marie Anne Mancini, Duchesse de Bouillon, cliente de La Voisin : exilée en Province.

- François Henri de Montmorency-Bouteville, duc de Luxembourg, client de La Voisin : libéré.

- Marquise de Montespan, cliente de La Voisin : jamais jugée.

- Madame Brun épouse de Philippe Rebille Philbert, cliente de La Voisin : pendue.

- Jacqueline du Roure, vicomtesse de Polignac (morte en 1720), cliente de La Voisin et Lesage : fuite pour éviter le procès. Revenue en 1686 mais bannie de la capitale.

- Marguerite de Poulaillon, cliente de Marie Bosse : emprisonnée dans un couvent.

- Claude Marie du Roure, client de La Voisin et Lesage : relaxée en mars 1680, mais malgré tout banni de la capitale.

- Marie Louise Charlotte, Princesse de Tingry, cliente de la Voisin : relaxée.

- Marie Vertemart, cliente de La Voisin : condamnée à la maison de correction.

- Antoinette, Duchesse de Vivonne, cliente de La Voisin et Filastre : jamais appelée en justice.

Sur les 65 personnes condamnées à la prison à vie par lettre du cachet, 6 femmes l’ont été au Château de Villefranche, 18 hommes au Château de Salces, 12 femmes à Belle-Île-en-Mer, 10 hommes au Château de Besançon, 14 femmes à St. André de Salins et 5 femmes à Fort de Bains.

Source : Wikipedia

 

Procès de sorcellerie dans la prévôté-le-comte de Valenciennes

La rubrique des dépenses contient les frais de haute justice engagés par la prévôté-le-comte pour l’exécution de cinq femmes et un homme entre 1350 et 1378.

Le 3 août 1350, une sorcière est brûlée au Parc. En juin 1351, trois femmes sont exécutées vers le dimanche de La Trinité (12 juin) : l’une d’elles meurt sur le bûcher au mont d’Anzin, l’autre est enfouie au Château, la troisième est brûlée au Parc. La même année, trois femmes sont soupçonnées de sorcellerie et bannies de Valenciennes. Un apaisement avec le prévôt-le-comte leur lève ce bannissement moyennant le versement d’une amende collective de 17 écus.

En 1377-1378, un nouveau bûcher s’élève au Parc pour une autre sorcière. Les condamnations pour sorcellerie ont également touché un homme, maître Jehan le Devin, reconnu sorcier, brûlé à Anzin en 1370-1371.

Les investigations du prévôt-le-comte n’aboutissent pas toujours à la tenue d’un procès devant le Magistrat de Valenciennes. Lorsque la culpabilité du prévenu n’est pas clairement démontrée, un doute continue à peser sur lui. Pour l’effacer, l’apaisement, une amende non fixée, établie au gré du prévôt-le-comte, lui permet d’obtenir l’arrêt des poursuites. C’est le cas de Margot de Bliaugies qui choisit de mettre fin aux poursuites moyennant le versement d’une lourde amende en 1376-1377. Le prévôt-le-comte ne parvenait pas à la capturer pour obtenir sa comparution suite à une accusation de sorcellerie. Le greffier nous donne exceptionnellement les détails de cette affaire : elle fait suite aux accusations proférées par une femme médecin qui l’accuse de sortilèges sur un malade du 6 octobre 1376 au 1er mars 1377.

Cette femme médecin prétendument native d’Amiens pratiquait une médecine itinérante et séjourna pendant six semaines dans le Valenciennois. Le Hainaut était alors dévasté par les épidémies. Devant témoins, elle accusa Margot de Bliaugies de l’empêcher de secourir un malade, Grart de Parfontaine, qu’elle aurait aussi ensorcelé. Son état était très inquiétant et faute de soins, il s’avançait vers une mort certaine. Les faits furent rapportés au prévôt-le-comte qui ordonna que lui soient apportés les soins médicaux nécessaires à son bon rétablissement. Mais la femme médecin avait déjà quitté la ville, et la rumeur courut que Margot lui avait offert de l’argent pour obtenir son départ.

À la mort du malade, Margot craignant les poursuites du prévôt-le-comte se garda bien de quitter le territoire de la ville de Valenciennes. Gouverné par un Magistrat indépendant, le territoire urbain échappait à la juridiction du prévôt comtal et Margot y demeurait en sécurité. Par contre, franchir les limites de la banlieue l’exposait à une éventuelle capture suivie de l’épreuve de la question. Le prévôt-le-comte réclama son extradition à plusieurs reprises au Magistrat de Valenciennes. En vain. Le Magistrat estimait les charges trop faibles et ne donna pas suite. Sans doute cet événement donnait-il encore une occasion au pouvoir municipal d’affirmer son indépendance face au pouvoir du duc de Bourgogne. Mais Margot tenait à se mettre en règle avec la justice comtale et elle rechercha un arrangement pécuniaire. Le prévôt était sensible à ce type d’entente. De son point de vue, puisqu’on ne pouvait la saisir pour la juger comme sorcière, une amende valait mieux qu’une totale impunité. Après avoir reçu l’assentiment du duc de Bourgogne, son seigneur, il fixa l’appointement à 200 francs, une somme considérable. 

Le dépouillement de la comptabilité de la prévôté-le-comte permet d’avancer la date des premiers cas de sorcellerie connus dans le Nord de la France. Peut-être même ont-ils existé avant 1350, mais la disparition des registres antérieurs à 1349 empêche toute certitude.[…] A l’exception de l’affaire de Margot de Bliaugies qui pose un problème de ressort avec le Magistrat de Valenciennes, les condamnations pour sorcellerie sont rapportées de façon laconique. Ils ne semblent donc pas avoir causé le moindre embarras judiciaire. Probablement savait-on déjà comment juger des personnes suspectées de sorcellerie avant 1350.

L’irruption de la peste serait donc une coïncidence avec le premier bûcher de sorcière en 1350. Dès 1349, la peste noire entre dans le comté de Hainaut. L’épidémie ne fait qu’aggraver une situation démographique et économique déjà très critique : en 1340 la campagne du duc de Normandie ravage le Hainaut méridional déjà pillé par les troupes anglaises. Les guerres provoquent l’exode massif des paysans dans les villes fortifiées. Et de mauvaises conditions climatiques favorisent la propagation d’épidémies touchant le bétail et les hommes.

La région de Valenciennes est très durement touchée par la crise frumentaire. La population affaiblie est décimée. À ce contexte difficile s’ajoutent encore des accidents climatiques, comme la grande inondation de la rivière Sainte-Catherine survenue à Valenciennes en juin 1351. On rapporte que la rivière s’éleva de 6 pieds au-dessus de la chaussée et deux pans de murs furent abattus près de la porte cambrésienne. Au même moment, trois sorcières sont exécutées : l’une au Parc, l’autre au château et la troisième sur le mont d’Anzin. La population désorientée s’accroche à des raisons irrationnelles pour donner un sens aux épreuves qu’elle traverse.

Les comptes de la prévôté-le-comte n’indiquent pas en quoi consiste exactement l’exercice de la sorcellerie. C’est la pratique de sortilèges qui est sanctionnée. L’intention maléfique suffit à expliquer telle calamité, et la maladie peut être assimilée à une manifestation de sortilège au même titre que les calamités qui s’abattent sur la population. La maladie de Grart est imputée aux sortilèges de Margot. Mais peut-être que Margot tentait simplement de soigner ce malade en usant de magie ? Car magie et médecine coexistent. Les études régionales sur la médecine au Moyen Âge rendent compte du recours courant à la magie médicale parallèlement à l’exercice de la médecine officielle. Et la recherche de causes surnaturelles aux maladies conduit parfois l’entourage du malade à avoir recours au pouvoir des sorciers. Malheur à ces derniers s’ils échouent : en 1403 cinq sorciers invités à soigner Charles VI payent leur échec sur le bûcher.

Les condamnations pour sorcellerie à Valenciennes ne représentent qu’une infime partie des peines prononcées entre 1350 et 1378. Sur cette période qui totalise 184 exécutions, on ne recense que 6 condamnations à mort pour sorcellerie, soit seulement 3 % des peines capitales. Une part encore plus infime revient aux apaisements pour soupçon de sorcellerie avec seulement 2 affaires (une peine collective et une peine individuelle) sur un total de 1394 apaisements. Par la suite, et à l’exception d’un seul procès en 1423-1424 dont l’objet ne semble pas d’abord dû à la sorcellerie, le XVe siècle ne connaît plus de telles poursuites.

Liste des condamnations

  • Katherine (10 mai 1351) : Brûlée au Parc
  • Katherine de Morcourt (10 mai 1352) : Brûlée au Parc
  • Sandrine de Vertaing (10 mai 1352) : Brûlée au Mont d’Anzin
  • Ysabeil, femme Hanin de Viertaing (10 mai 1352) : Enfouie au château
  • Hanett Coulonne (10 mai 1352) : Mise à l’amende
  • Piéronne de Giveri (10 mais 1352) : Mise à l’amende
  • Villon de Lille (10 mai 1352) : Mis à l’amende
  • Maître Jehan le Devin (29 juin 1371) : Brûlé à Anzin
  • Margot de Bilaugnies (1er mars 1377) : Mise à l’amende
  • Marie Darras (15 août 1378) : Brûlée au Parc
  • Jean Ghanielle (31 août 1424) : Décapité et son corps enfoui au château

Annexe

AD Nord, B 11702, f°3 r° (6 oct. 1376-1er mars 1377)

De Margot de Bliaugies pour le raison de chou, que elle a estet souppechonnee de avoir ensorcheret Grart de Parfontaynes, et ossi elle fu acusee par une femme qui vint a Valenchiennes demorer, et y demora environ VI sepmaines, et liquelle se disoit yestre née d’Amiens et se mesloit de medechines. Se ala veir le dit Grart et, quant veut l’eut, elle raporta et dist a plusieurs que elle lui avoit offiert a warir de se maladie, et que il estoit envoutés, et oultre plus que, se il n’estoit aidiés, il moroit devens les octaves de le Saint Remi ensuivant [8 octobre], et que li dite Margos n’avoit point volut que elle li aidast. Et ces parolles ensi dittes par ledite femme et rapportees as proismez (=proches) doudit Grart et, present proprement le prevost monseigneur, les dist elle, se parti de le ditte ville devens les VIII jours aprés, et courut renommee que lidite Margos lui avoit donnet de l’argent et fait partir, car li prevos monseigneur avoit le dite femme commandet de aidier ledit Grart et de esprouver se sienche. Or avint que le dite femme partie, si que dit est, endevens le terme que dit avoit que, se aidiés n’estoit, il morroit, lidis Grars ala de vie a trespassement ; pour chou fu il que li dite Margos qui savoit que de chou li prevos monseigneur estoit infourmés, se warda grant tamps d’aler hoers de le banlieuwe car, se on le peust avoir euwe au dehoers, li prevos monseigneur l’eust fait prendre et l’en eust misse a question, mais avoir on ne li pooit. Et pour chou ne demora mie que li prevos monseigneur n’en fesist plusieurs fies mention en le dite ville mais, pour chou que dou fait riens on ne pooit monstrer, n’en pooit avoir raison ne ne pooit venir a coron (=enir à bout) que pugnicions en fust faite ; nient mains elle ne se oza sur chou aseurer, ains fist traitier au prevost monseigneur d’apointement. Et li prevos monseigneur, qui conssidera que au dehors avoir ne le pooit ne ossi n’en pooit avoir bien raison en le dite ville, il lui sanlla que mieux valloit encore que elle en fust pugnie de pecune, puisque de corps n’en pooit yestre pugnicions faite que dont qu’elle en demorast paisiule, remonstra che fait au tres redoubtet signeur monseigneur le duc, que bien on n’en pooit avoir le somme de IIC frans et ossi comment dou corps on ne pooit avoir raison. Et tant que il acorda que on empresist l’apointement ainschois que elle en demourast quitte, puisque le corps on ne pooit tenir. Si l’apointa et apaisa pour celi fait, et plus on n’en peult avoir, en le somme de IIC frans dou roy, valent au fuer devant dit…………………….. IIC XXV lb. t.

Sources

Catherine Pavot

http://www.cairn.info/revue-du-nord-2005-4-page-753.htm

 

Procès des sorcières masquées

La Cour prenait bonne note de tous les noms et les femmes dénoncées étaient à leur tour arrêtées, soumises à la torture et très souvent exécutées à la suite de leurs aveux volontaires ou forcés. C'est ainsi qu'un procès de sorcellerie provoquait une véritable chaîne de procès qui se succédaient à courts intervalles. Afin d'éviter d'être dénoncées par d'autres, il vint à l'idée de plusieurs femmes, désireuses d'assister aux danses nocturnes, de se masquer.

Ce fait est constaté dans un procès de sorcellerie intenté fin novembre 1604 à Magritte, fille de feu Collette Bricquellet de Habiemont.

Après les confessions habituelles, qui figurent dans tous les procès de sorcellerie, elle déclare s'être rendue avec son galand appelé Verdolet, sur les fagnes au dessus du bois de Chauveheid où ils dansèrent plusieurs danses avec grand nombre de personnes qu'elle dit luy être inconnues, pour être icelles masquées et estoupées aux Visages (estoupées aux visages : le visage noirci).

Elle ajoute ceci : « Puis après les danses, se trouva sur un chêne, ne sachant par quel moyen elle y venait. »

Source : http://users.skynet.be/maevrard/processorcellerie.html

 

Procès de sorcellerie de Sugny

Pour la région de la Basse-Semois, une documentation assez complète a été gardée concernant les procédures conduites à Sugny en 1657. C'était vers la fin d'une période de chasse aux sorcières, qui a sévi dans toute l'Europe du XVe au XVIIIe siècle. Pour le petit comté de Namur tout proche, qui comptait cent mille habitants, on a dénombré de 1 500 à 1 650 bûchers sur la place publique, quarante-neuf acquittements et près de deux cents expulsions.

Devant la Haute Cour de Sugny

La procédure était, habituellement, expéditive, non par mauvaise conscience des « magistrats » et des autorités, mais par absence de doutes. Ainsi, pour les femmes accusées de sorcellerie à Sugny, l'enquête fut ordonnée le 10 mars 1657 et la sentence rendue le 21 du même mois.

Mais que s'était-il passé pour motiver une procédure de ce genre? Sugny fut longtemps un village farouchement isolé dans les forêts et les landes arides où ne poussaient que genêts et bruyères.

En 1657, le petit village de Sugny semblait frappé par une malédiction. Nombreux étaient ceux qui avaient vu, par beau temps, sous un ciel bleu, un brouillard s'élever à la lisière du bois. Des rumeurs circulaient: des esprits hantaient la forêt, aux chemins écartés surgissaient des êtres monstrueux, mi-hommes, mi-bêtes (deux siècles plus tard, d'ailleurs, la croyance au verbouc restait tenace dans la région). Et des sabbats démoniaques étaient, disait-on dansés, la nuit, au clair de lune.

Quatre accusées

Dans le climat, quatre femmes de Sugny, suspectées de magie noire, furent arrêtées, sur dénonciation, par décret de la cour de Bouillon. Elles se nommaient Jennette Huart, Jenne Pilhart, Jennette Petit et Marson Huart.

La cour de Bouillon envoya, le 10 mars 1657, au procureur de Sugny, les trente articles, chefs d'accusation et questions concernant Marson Huart. Marson Huart avait soixante ans ; ses habits étaient simples et prosaïques. Son esprit semblait borné ; sa folie, ou son inexplicable crédulité, n'avait rien d'original car, bien qu'elle s'avouât possédée du démon, ses réponses n'étaient pas dictées par un esprit aliéné et elle n'employait aucun de ces mots inconnus et cabalistiques qu'affectaient de prononcer les prétendus sorciers des temps antérieurs.

Les questions essentielles posées par les échevins venus trouver l'accusée à la prison étaient classiques dans les procédures de ce genre : L'accusée a-t-elle su que des membres de sa famille avaient été exécutés comme sorciers ? La question avait son importance car la sorcellerie était souvent une tradition familiale. L'accusée est-elle elle-même sorcière ? N'a-t-elle pas eu copulation charnelle avec le diable? A-t-elle été aux danses diaboliques, et que s'y passait-il ? A-t-elle fait mourir des hommes et des animaux, et de quels maléfices a-t- elle usé à cet effet ? Connaît-elle les autres prisonnières, les a-t-elle fréquentées et suivies à la danse du sabbat ?

Le caractère précis des questions posées montre combien la cour de Bouillon, comme tous les tribunaux de l'époque, croyait à la réalité des sabbats, maléfices mortels et relations charnelles avec le diable.

La suite de l'enquête obéit à un mécanisme à première vue surprenant. Marson Huart commence par nier ou répondre de façon évasive. Mais confrontée avec elle, une autre accusée, Jennette Petit déclare l'avoir vue aux danses diaboliques. Cela suffit à amener un revirement qui refermera le piège sur elle. Elle déclare vouloir faire des aveux. L'accusation de sa concitoyenne a suffi à la faire paniquer. Craint-elle d'être soumise à la torture ?

De façon apparemment spontanée, la malheureuse Marson Huart fait l'aveu fatal : « Avoir été deux fois aux danses diaboliques avec Jennette Petit au lieu de la Goutelle, et que le démon avait eu une fois copulation avec elle, lequel démon s'appelle Belzébuth, qui est le même que ladite Petit avait, et n'avaient que lui à elle deux (sic) comme maître. »

Marson Huart dit avoir remarqué à la Goutelle Catherine Robert, femme à Husson Jadin, et Jenne Jadin. Les autres, elle ne les a pas reconnues, car elles étaient masquées.

Ces aveux, envoyés à la cour souveraine suffisent à faire condamner Marson Huart « à la torture, à quoi l'on conclut, afin d'avoir plus d'éclaircissements sur ses dernières confessions, pour la condamner à mort et savoir ses compagnes aux danses. »

N'ayant plus rien à perdre, la pauvre accusée, pour s'épargner les horreurs épouvantables de la torture, avoua tout ce que les juges lui avaient imputé. On lit donc, dans les conclusions de « Messieurs de la haute Justice de Sugny » qu'« elle a renoncé à Dieu et au saint sacrement du baptême, pour adhérer au diable; qu'elle a fait mourir avec poison Marie et Jeanne Dubière, comme aussi Elisabeth Michel, un enfant et deux vaches appartenant à Thomas Lefort, et enfin qu'elle a été plusieurs fois aux danses diaboliques et s'est servie de poudre et graisse que son démon familier lui donnait ; qui sont des actions et crimes suffisants pour la condamner à être étranglée, puis brûlée et ses biens acquis au seigneur. À quoi ils conclurent. »

De fil en aiguille, le même document conclut à l'arrestation de Catherine Robert et Jenne Jadin accusées par ladite Marson d'avoir été aux danses. Le texte note : « L'on espère que la cour ne fera pas de difficulté de s'accorder contre la dernière, vu qu'elle est encore chargée dans l'enquête par la déposition de Poncelet Lambert, témoin dix-neuvième, et que sa mère et sa tante ont été exécutées pour sorcières, et en outre, encore accusées par Jennette Petit exécutée. »

L'ordre des aveux

On remarquera l'ordre dans lequel les aveux sont obtenus. D'abord le choix du diable contre Dieu et le baptême, ensuite des empoisonnements de trois adultes, un enfant et une vache, enfin seulement l'aveu spontané, obtenu avant la menace de torture : « a été aux danses diaboliques », à quoi s'ajoute : « s'est servie de poudre et graisse que son démon familier lui donnait ».

Le contexte des autres procès de Sugny montre que ces substances sont indiquées comme poisons. Mais il reste possible que des « démons familiers » - en fait d'astucieux compères - fournissaient des drogues hallucinogènes rustiques pour les sabbats. Vu l'esprit du temps, les fantasmes qui en résultaient étaient diaboliques. Les accusées et leurs juges considéraient ces pratiques comme un crime suprême.

Droguées ou non, de mentalité fruste certainement, mais point toutes aliénées, car leurs réponses n'étaient pas incohérentes, la grande Marson Huart (de haute taille et célibataire) et les autres accusées se trouvaient dans de bien mauvais cas.

Selon le code pénal moderne, les seules inculpations sérieuses concernaient d'éventuels empoisonnements. Jennette Petit, battue par son mari, s'était sauvée dans le foin, sur le fenil. Elle « avoue » que, là, « le diable vint la trouver et lui dit qu'elle se mariât avec lui et lui donnerait les moyens de vivre à son aise ». Ce diable se nommait Belzébuth. Elle n'était pas étonnée de la compagnie des diables : elle allait danser avec eux en quatre endroits du voisinage de Sugny : aux Hatterelles, à la Goutelle (citée par Marson Huart), au pré du Foux et à Soffa.

Avec Jennette Petit, cinq villageoises de Sugny y allaient aussi, plus deux de Pussemange dont elle ignorait l'identité, mais elles partaient dans cette direction une fois les danses terminées. Car on allait à pied et non porté par le « malin esprit ». Toujours est-il que le diable « avec qui elle s'était mariée » lui a conseillé de faire mourir Nicolas Pierret, son mari. Il lui a donné pour cela un poison sous forme de graisse, qu'elle lui a fait prendre dans du fromage mou. Il a survécu quinze jours environ puis est « morruz ». Jennette Petit a avoué également avoir empoisonné « la Bertholet » avec de la poudre qu'elle mêla à de la bière, et l'enfant de celle-ci. Pour ce dernier, elle ne savait plus de quel genre de poudre elle s'était servie.

Lors de l'interrogatoire suivant, Jennette Petit avoua un détail important à l'époque : son diable lui avait « donné une marque », au dos « entre les deux espalles » (épaules). Avec quoi le diable lui a fait ladite marque ? Avec de la graisse, dans sa propre maison. On peut se demander si cette « marque à la graisse » n'était pas l'imposition d'une drogue, par onguent rustique, à proximité de la colonne vertébrale.

Le docteur Delogne note que lorsque l'accusé était déclaré « marqué », il y avait demi-preuve de culpabilité contre lui. Il pouvait dès lors être mis à la torture. L'aveu joint à la marque suffisait pour le faire condamner à mort. Ce qui fut le cas de Jennette Petit, qui était soit une hallucinée, soit une empoisonneuse, soit les deux.

Pour d'autres cas de Sugny, la seule dénonciation de « danses diaboliques » suffit à donner importance et gravité à des ragots de sorcellerie comme il en a traîné dans maints racontars villageois jusqu'avant la guerre 1914-1918.

Ainsi Jenne Pihart, femme de Jean Moùet, prisonnière - dont la mère avait été soupçonnée d'être sorcière -, avait fait une pâtée pour le chien de Jean Dubier, un voisin, et le chien était mort. Elle a « défaché » (démailloté) un enfant de Jacques Pierret et est revenue le mailloter. Ledit enfant devint fort enflé puis mourut. Mais Jenne nia avoir fait à cette occasion un maléfice. De même, elle admit avoir donné de la bière à boire à Jean Loison, de Bagimont, avec qui elle s'était querellée peu auparavant pour une affaire de mariage manqué d'une de ses nièces. Mais l'accusée dit avoir versé cette bière avec de bonnes intentions, sans vouloir causer sa mort : il devint malade, vomissant et mourut environ huit jours après. Elle affirma n'y être pour rien, pas plus que dans la mort des chèvres d'un autre voisin, Pierre Deù, près desquelles elle était passée.

Il était aussi reproché à Jenne Pihart d'avoir été voir, sans y être appelée, Anne Piérard, femme de Jacques Lamblot, pendant son accouchement. Or, le soir même, celle-ci devint malade et en mourut. L'accusée nia que ce soit par ses maléfices. La suite de cette affaire est plus curieuse. L'enfant de la défunte Anne Piérard avait été confié à sa grand-mère. Celle-ci se trouvait devant sa porte, tenant dans ses bras le bébé bien portant. Jenne Pihart vint le regarder : « Le lendemain, la grand-mère de l'enfant, s'en allant à la messe, ferma toutes les portes de la maison où l'enfant était couché. À son retour, elle constata nonobstant que ladite accusée avait pénétré dans la maison pendant la messe, avait donné et fait avaler de la bouillie à l'enfant, qui depuis se porta mieux et entra en convalescence. » Étrange reproche: avoir donné, puis enlevé une maladie, alors qu'il s'agissait sans doute d'un malaise passager du petit. La prisonnière, bien sûr, nia tout.

Les autres accusations sont toutes aussi mal prouvées ou inconsistantes : « Un autre enfant mort, de même qu'un veau, après qu'elle fut entrée dans l'étable pour y poursuivre une de ses poules qui s'y était égarée, avoir « averti » son mari, vers minuit que leur fils était en peine, et que ses bœufs étaient pris, au bois de Mont-Dieu, en France. » L'accusée nie cette divination magique. Simplement, une nuit de mauvais temps où le chariot n'était pas rentré, elle avait dit à son mari : « Nous dormons dans notre lit, pendant que nos gens sont restés quelque part, dans quelque trou. » Elle n'a appris le lieu et les circonstances que le lendemain, par un témoin.

La fin de l'interrogatoire est périlleuse pour la prisonnière : il s'agit de sabbats et de potion magique. On dit à Jenne Pihart « qu'elle revenait un jour, de grand matin, avec sa fille, toute délabrée, par le chemin des Aubroyes des danses du diable ».

Elle répond « qu'il est vrai qu'un jour elle revenait par là, mais avait été à la recherche de leur cavale, qui était égarée. Elle n'a jamais été aux danses diaboliques. »

Il est enfin question d'une autre prisonnière pour sorcellerie, Jennette Huart, « qui l'aurait ensorcelée, puis guérie, au moyen d'une certaine drogue ».

Ici aussi, l'accusée avance une version plausible : « Un jour qu'elle était malade, Jennette Huart vint lui apporter une cassette (petite tasse) renfermant de petits blancs noyaux (grumeaux) comme de la présure. Alix Millet, femme de Jacques Lambert, demeurant dans leur fournil (annexe, remise), prit la cassette et lui dit qu'elle devait en avaler le contenu et que c'était son retour (guérison) ou sa mort; elle s'exécuta et elle eut une sueur des plus abondantes, s'élevant comme une buée au-dessus d'elle et parmi ses robes et se guérit. »

Après de minutieuses confrontations avec les témoins à charge, ayant toujours « la pièce pour le trou », comme on dit : réponse à tout, l'accusée persista à nier tout fait de sorcellerie, maléfice ou empoisonnement, bien que soumise à la torture.

Elle jugea prudent de se sauver. « Elle a rompu les prisons par violence et force », mentionne le jugement final qui la condamne à un exil perpétuel du duché. Le texte ajoute que « telle effraction de prison la rend passible d'être punie corporellement ou par bannissement », avec ceci, qui relève d'un droit pénal peu orthodoxe : « car, ce qu'elle a souffert n'a été que pour se purger des indices ».

Toujours est-il que, dans les procès de Sugny de 1657, la seule prévenue qui eut la vie sauve, fut l'évadée, femme décidée, capable de ne rien avouer sous la menace ou les souffrances atroces de la torture et de « rompre les prisons par violence et force ».

Sa condamnation, sans preuves ni aveux, resta pourtant capitale : un bannissement perpétuel du duché de Bouillon, à peine d'être appréhendée et exécutée et ses biens confisqués. Elle n'eut garde d'en courir le risque.

Les sept coaccusées de Jenne Pihart - dont plusieurs, chose classique en la matière, étaient parentes entre elles : sœurs, nièces ou filles - furent étranglées et brûlées. Contre l'une des accusées, Jennette Huart, l'enquête fut particulièrement minutieuse. Les racontars fournissant les chefs d'accusation sont plus inconsistants - et parfois plus pittoresques - les uns que les autres: sorts jetés en « hossant » (remuant) le doigt, par menaces, en lavant des «drapeaux» (langes) d'enfants, en « pitant » (donnant des coups de pied à) des chèvres, en toussant près d'un bœuf (chaque fois, les bêtes périssent), avoir fait « sécher de son lait » une vache, avoir envoyé une « zizanie de houlines » (chenilles) dans du chanvre.

Parfois, le maléfice est plus circonstancié et recoupe des thèmes connus de la magie rurale : « Un jour, étant venue s'accouvissy (s'accroupir) au coin des espalis (clôture en pieux ou pierres dressées) du Paquis de Labroye, alors que le temps était coy (calme) et doux, elle fit se jeter un brouillard et lever un vent à l'entour d'elle, ledit vent se jetant dans le chapeau (porche) de la maison de Mathieu Lambert, où étaient deux filles qui pilaient du chanvre; vent et brouillard dont elles furent si épouvantées qu'elles se cachèrent derrière le pot dans lequel elles pilaient ledit chanvre. »

Tout cela est pris gravement en considération, parce que la prisonnière est accusée d'avoir été aux « danses infernales ». Et le tribunal exhume une vieille accusation dont elle avait été précédemment acquittée en justice, en ayant obtenu réparation. Jennette Huart aurait été trouvée, dans la maison de Thomas Gérardin, greffier de Sugny, un nommé Petit Jean Millart, mayeur du village de Laviot, qui y était couché sur une paillasse, auprès du feu. Elle lui aurait dit que « s'il voulait se mettre avec elle et avec celui qui était avec elle (on suppose que ceci désigne le diable), elle lui donnerait de l'argent à suffisance pour payer ses dettes ». Et, poursuit l'accusation, « lui ayant jeté le poison, elle lui dit qu'elle le lui ôterait, à condition qu'il la laisserait aller, quand elle le lui aurait ôté. Elle lui fit faire serment, puis lui frotta le ventre avec les deux mains, en descendant, et lui dit qu'elle avait ôté le poison, mais qu'il serait bien longtemps malade. »

L'accusée nie le tout, est confrontée avec de nombreux témoins. La torture est ordonnée pour quatre raisons citées dans un ordre significatif. D'abord parce qu'elle a déjà été prisonnière pour faits de ce genre « et relaxée soit par argent, comme étant "comodieuse" ou par faveur. Du reste, elle est plus que famée de tel crime, née d'une mère exécutée comme sorcière, et ayant en outre, sa tante brûlée, ce qui sont des indices très violents, qu'elle ne peut être que sorcière.»

Le motif suivant vise des variations dans ses dires lorsqu'elle fut confrontée à des témoins, « donc pour avoir la lumière suffisante en telle matière, la torture n'étant que trop nécessaire ». Ensuite viennent le grand nombre de témoignages à charge et l'accusation de Jennette Petit de « l'avoir vue en divers lieux, dansant aux assemblées des sorcières ».

Sous la torture, la malheureuse a tout « avoué »: danses diaboliques à la Goutelle, aux Hatterelles et à Soffa, rencontre d'un diable appelé Souffoque, qui « l'a fait renoncer à Dieu et au saint sacrement de baptême, et lui a donné de la poudre dont elle s'est servie, en entrant dans la nuit dans la maison de Thomas Gérardin, greffier, où elle trouva le maïeur de Laviot, sur lequel elle jeta ladite poudre, dont il devint malade; et, pour lui ôter le poison, lui frotta le ventre. » Suivent les confessions de tout, sorts jetés aux chèvres, fait mourir un bœuf, etc.

En foi de quoi, ayant persisté dans ses dires, elle fut condamnée « à être estranglée à un potteau, et son corps réduit en cendres ».

Ce qui fut fait.

On ne peut mieux avouer que, en matière de sorcellerie, les indices à eux seuls suffisent déjà à créer la faute. Être sorcière, en fait, c'est être soupçonné d'être sorcière...

 

Les procès de Templeuve

Le village de Templeuve est surnommé la ville des sorcières dû à son histoire très liée aux nombreux procès en sorcellerie qui s'y sont déroulées. En 1656, notamment, de nombreux sorciers et sorcières furent condamnés et exécutés, dont Marie Navart, la plus célèbre. C'est ainsi que, tous les ans, a lieu la fête des sorcières.

L'histoire de Marie Navart

Marie avait subi l'accusation de sorcellerie de la part du frère de son premier mari et de la femme de celui-ci. Cette dernière, notamment, l'accuse de la mort de son fils Charles. Marie, venue prêter son aide pour l'accouchement, aurait recouvert le visage de la mère de sa jupe et aurait ainsi jeté un sort à l'enfant à naître. D'autres accusations sont portées par le frère de son deuxième mari, qui estime avoir été ensorcelé par un craquelin (pain constellé de pépites de sucre, recette belge) qu'elle lui aurait donné. D'autres habitants se plaignent d'avoir subi un sort, qui par l'intermédiaire d'un fromage, qui par celle du pomme, qui par un coup porté par Marie.

Marie décide de s'enfuir pour échapper au procès. Elle veut gagner la Belgique. Elle est arrêtée le 10 novembre 1656, et placé dans un panier bénit suspendu au-dessus du sol. On veut éviter qu'elle reçoive des pouvoirs magiques par son contact avec la terre ferme. L'inquisiteur demande qu'elle soit rasée et placée sous camisole. Pour la déclarer sorcière, il faut trouver le stigma diabolique. C'est un point insensible duquel le sang ne coule pas. Le barbier du village, qui fait ici office de « chirurgien », pique Marie entre les épaules. Seul un liquide jaune est retiré, pas de sang.

Le moment est venu pour Marie de se défendre. Elle ne peut que nier, car si elle présentait des témoins à décharge, ceux-ci seraient accusés de sorcellerie. Le 11 décembre, elle est confrontée aux témoins à charge. Le 16 décembre, elle subit la question extraordinaire. Elle est condamnée et brûlée vive.

Les lieux « ensorcelés » de Templeuve

À l'époque où la place publique de Templeuve était encore un cimetière, entre la rue d'Orchies et le presbytère, se trouvait une pierre rectangulaire, marquée d'un tau. Elle était appelée pierre aux sorcières. On y exposait les sorciers avant de les mener à l'exécution. Ce serait une pierre de sacrifice, destinée à recueillir le sang des victimes. Elle se trouve aujourd'hui derrière le monument aux morts.

Le lieu d'exécution, appelé aussi lieu patibulaire, est situé au lieu-dit des Solières près de la rue de Lille. Une sorcière subsiste encore en ces lieux sous la forme d'une girouette placée sur le toit d'une des maisons de l'endroit.

Source : Wikipedia

 
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